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Le ‘’Que pouvons-nous ensemble ? ‘’ est en réalité une injonction à soi. C’est un ‘’Que puis-je faire de responsable et d’utile avec mes concitoyens pour notre pays et donc pour moi-même’’ ?  Oui, parce que la situation ne laisse pas le choix de la résignation au peuple : les souffrances qu’il endure, lui enjoignent de réagir et d’agir avec responsabilité. Devenant ainsi acteur responsable de sa lutte, le peuple va évoluer dans son rapport aux partis politiques et à leurs dirigeants. Il ne sera plus englué en une position de demandeur passif mais occupera son espace de patron légitime, écouté et respecté comme tel

 

Ce changement de perspective nous semble d’autant plus pertinent que notre pays est de taille modeste et que le peuple djiboutien, un peu plus de huit cent mille habitants selon les plus hautes estimations, vit pour l’essentiel dans la capitale et les chefs-lieux de province. C’est un atout en termes de possibilités d’interaction citoyenne et participative.

 

Bien entendu, un tel changement de perspective ne s’adresse pas seulement aux anonymes de la masse populaire, il s’adresse aussi aux moins anonymes. Il s’adresse aux cadres et aux moins cadres. Il s’adresse aux intellectuels, aux écrivains, aux artistes, aux commerçants, aux religieux, aux coutumiers, aux journalistes et autres défenseurs des droits humains. Il s’adresse aux femmes et aux hommes, à la jeunesse dans toutes ses composantes. Il s’adresse à tous celles et ceux qui n’abdiquent pas la raison. Il s’adresse à tous puisque, encore une fois, le salut responsable de ce pays est l’affaire de tous : nous sommes, tous, si concernés qu’en cas de péril nous y perdrons tous, les mieux lotis perdant encore plus que les autres.

 

Nous pensons qu’il n’y a pas d’humains souhaitant se nuire à eux-mêmes, du moins pas consciemment et pas en nombre significatif, qu’il n’y en a pas qui souhaitent se priver du présent et de l’avenir. Nous pensons que tout Djiboutien rêve d’avancer, d’améliorer sa situation et d’envisager l’avenir avec sérénité. Nous pensons que personne, quelle que soit sa situation, n’aime vivre la peur au ventre et que tout un chacun préfère la quiétude à l’angoisse. Pour lui-même comme pour tous les êtres chers. Voilà pourquoi, pour chaque membre du corps social djiboutien, un regard sur soi est indispensable. Il y a urgence pour un examen de soi, un bilan de soi et un nouveau départ de soi.

 

Collectivement, cela implique de rompre avec le modèle peu autonomisant ‘’locomotive-wagons’’ pour un modèle plus autonomisant, c’est-à-dire participationniste et responsabilisateur. Pour le dire autrement, il est temps que le peuple prenne toute sa place dans la lutte pacifique et responsable pour le changement national en bien.

 

Que tu sois jeune ou moins jeune, que tu sois homme ou femme, concitoyen, il est plus que jamais dans ton intérêt de te réveiller. Il est grand temps que tu comprennes que nous autres modestes militants de la liberté ne gagnons pas plus que toi au salut de ce pays. Djibouti n’est pas plus à nous qu’à toi. Sa perte te portera autant préjudice qu’à nous, et même plus si tu es mieux loti que nous. Nous autres avons beaucoup fait depuis toutes ces années, nous avons beaucoup donné, et nous continuerons, instruits de l’expérience accumulée. Mais il est temps que chacun prenne ses responsabilités et sauve sa part de ce pays qui nous est si cher.

 

Toi qui nous réprimes, toi le cadre aveuglé par le confort personnel du moment, toi le cadre plus conscient mais entravé par la peur, toi le commerçant qui ne penses qu’à tes affaires du jour, toi l’entrepreneur lucide mais indécis, toi le religieux qui courbes l’échine et te prosternes devant le pouvoir, toi l’écrivain, l’artiste ou l’intellectuel complaisant ou silencieux, toi le coutumier qui renonces à dire la vérité, toi le journaliste encenseur, toi le magistrat aux ordres, toi le député qui dis oui à tout, toi l’opposant sans convictions, tu fais fausse route car tu contribues à la perte de ton pays et donc à ta perte. Toi le chômeur tout à tes pleurs, toi le jeune tout à tes gémissements, toi le parent désespéré, toi le démuni qui ne demande rien, tu entretiens tes souffrances par ta passivité si tu n’uses pas de tes droits démocratiques et constitutionnels.  

 

Toi la sœur ou le frère qui nous déteste parce que ta famille soutient le régime et qu’elle te raconte que nous sommes en guerre contre vous, ou parce que tu as peur pour ta place du moment, réveille-toi, nous ne sommes en guerre contre personne, nous avons d’ailleurs les mains nues. Nous ne voulons point de place, il n’y a d’ailleurs rien à prendre mais tout à sauver. Ce qui nous fait courir c’est le salut de ton pays, de notre pays, et donc notre salut à tous. Salut contre quoi ? Salut contre ce danger qui te guette et guette le pays mais sur lequel ton regard glisse parce que tu es justement trop concentré sur ta place du jour et sur sa défense contre nous autres qui pointons le danger du doigt.Salut contre ce danger que tu ne perçois pas parce que tu prends les pointeurs de danger que nous sommes pour le danger lui-même ! Ouvre donc les yeux sur les réalités, regarde autour de toi, regarde la misère sociale généralisée, regarde l’état de ta famille élargie, regarde l’état des autres familles élargies si tu estimes que la tienne s’en tire mieux. Regarde nos paysages urbains et ruraux, regarde nos rues, nos nuits, nos jours. Regarde l’exode rural, regarde cette jeunesse désœuvrée en proie à tous les risques et à toutes les manipulations. Regarde ce qui se passe dans notre région afro-arabe, regarde vers ce passé récent et lointain qui nous parle. Regarde les frustrations et les rancœurs s’accumuler dans le pays, regarde les menaces qui se profilent à l’horizon, regarde cet avenir incertain. Regarde encore et encore.

 

Toi le haut dignitaire qui t’auto-suggères que ce régime est tien ou vôtre, qu’il est invincible, qu’il surmontera tous les obstacles et régnera toujours, tu n’es pas lucide. Tu es comme anesthésié par le court terme et ne rends service ni à ta personne, ni aux tiens, ni au pays. Regarde en toi, autour de toi et plus loin.

 

Encore une fois, toi Djiboutien, toi Djiboutienne, quelle que soit ta généalogie, quelle que soit ta situation sociale, que tu manges à ta faim ou non, un regard sur toi-même est indispensable. Prends le temps d’un effort de réflexion sur toi-même comme sur l’état des choses et des êtres dans notre pays. Prends le temps d’un recul par rapport au quotidien anesthésiant. Fais de l’exercice physique si tu n’en fais pas et aère-toi l’esprit pour réfléchir plus sainement. Tu ne peux pas continuer à fonctionner comme un automate, tout absorbé par tes routines. Tu ne le peux pas car tu cours, nous courons tous vers le mur. Oui, vers le mur.

 

Dans un monde sans cesse plus difficile, sans cesse plus impitoyable, qui voit les périls de toutes sortes s’amonceler, qu’ils viennent du gaspillage de l’environnement et de ses ressources (y compris l’eau) ou d’autres défaillances humaines et de leurs conséquences en tous genres, périls par lesquels les contrées les plus fragiles telles que la nôtre sont déjà et seront les plus touchées, nous ne pouvons pas ne pas réagir. Ce qui est en jeu n’est pas Ali ou Omar, Aicha ou Madina, ce qui est en jeu n’est pas telle ou telle famille, telle ou telle communauté, ce qui est en jeu c’est notre sort à tous, c’est nous tous. Des vivants d’aujourd’hui aux générations à venir. Nous tous.

 

C’est dire s’il est urgent que chacun, dans son esprit comme dans son action, soit à la hauteur des enjeux et prenne sa place, toute sa place dans le vital et responsable sursaut pour un pays meilleur, pour une République de Djibouti où il fasse bon vivre pour tous. Aujourd’hui comme demain.

 

Vœu pieux que tout cela ? Ce ne sera un vœu pieux que si nous abdiquons la raison et que nous continuons de nous laisser dériver vers les eaux sombres du naufrage. Or, à la lumière de notre modeste expérience de l’Homo-Djiboutanus, personne ne souhaite sombrer, car nous aimons tous la vie. Les bien lotis la veulent sans peur et les mal lotis la veulent à la fois décente et sans peur. Nous voulons tous une vie digne et décente, une vie où démocratie rime avec responsabilité, une vie fraternellement inclusive.

 

Changeons donc de perspective avec le ‘’Que pouvons-nous ensemble ?’’ pour changer la donne. Dans l’intérêt de tous.

 

 

Merci de votre fraternelle attention.

Le projet politique

02/05/15 : DAF au micro de Nabad-Nantes

Janvier 2011 : Message de DAF aux Djiboutiens

Afhayeenka dallada Mucaaradka ah ee USN Daahir Axmed Faarax Oo Ka Hadlay Xadhiga Dr