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UNE PERCEPTION ERRONEE DE L’ETAT DEPUIS LA PERIODE COLONIALE 

L’Etat moderne, tel que nous le voyons fonctionner à travers l’Afrique et le monde, avec plus ou moins d’appropriation, et donc avec plus ou moins de succès, est, sur nos contrées, un phénomène récent de provenance occidentale puisqu’il nous est parvenu dans les bagages de la colonisation.

Pour contrôler au mieux les lointains territoires et peuples soumis, les puissances européennes ont en effet recouru à leur modèle d’organisation politique et économique pour le plaquer sur ces sociétés, pour lesquelles cette rencontre n’a pas été, c’est le moins qu’on puisse dire, sans impact. Les colonisateurs ont ainsi créé des villes, cadre géographique de base pour l’Etat moderne, afin d’y déployer le dispositif de sécurité et les services de l’administration, indispensables au projet colonial, quel qu’en soit l’habillage idéologique.

Cela a fait que c’est d’abord sous ses aspects administratif et sécuritaire (l’armée sera progressivement complétée par un mini-appareil judiciaire et une force de l’ordre) que l’Etat colonial est apparu chez nous.

Il n’apparaîtra que plus tard un début de vie politique pour tenir compte du réveil des peuples colonisés, qui, surtout au lendemain des deux Guerres Mondiales durant lesquelles colonisés et colonisateurs auront combattu et souffert ensemble, se radicaliseront dans la revendication de leurs droits.

Extérieur dans ses origines, l’Etat colonial nous était aussi étranger dans sa finalité profonde qui en faisait un instrument au service des intérêts des puissances occupantes. De sorte que la perception, par les populations autochtones, de l’idée même d’Etat (dans sa version moderne, s’entend) et de celle sous-jacente de pouvoir étatique et de puissance publique, en était faussée. Cet Etat leur apparaissait, d’un côté, comme un phénomène abstrait aux règles complexes, et partant difficile à appréhender selon les schémas traditionnels d’analyse de la vie collective, et, de l’autre, comme une réalité concrète dispensatrice de privilèges pour ses détenteurs-les colonisateurs et leurs alliés locaux- et oppressive pour les autres, les masses indigènes.

C’est dans le cadre d’un tel Etat dévoyé, de cet Etat instrumentalisé à souhait, que nos premiers hommes politiques, auront fait leurs classes et acquis leur culture politique.

C’est aussi cet Etat-là qui nous sera légué plus tard, au moment de la décolonisation.

 Or si, pour des raisons évidentes de nécessité pratique, nous devions conserver l’Etat colonial, il n’en demeurait pas moins impérieux de le repenser en fonction des intérêts des peuples émancipés. Le repenser notamment par la redéfinition claire de ses objectifs- gérer les affaires de la collectivité nationale dans l’intérêt bien compris de ses membres, œuvrer au plein épanouissement de la première comme des seconds- et corriger ainsi la perception du phénomène étatique dans les cœurs et les esprits.

C’est dire si la question devait faire l’objet du premier débat national du peuple souverain et déboucher sur un consensus fondateur.

Il n’en fut rien et ce fut lourd de conséquences puisque nous en vivons les effets jusqu’à nos jours.

A Djibouti, comme sous d’autres cieux, le nouvel Etat, issu de l’Indépendance, n’a pas seulement continué celui colonial, il l’a aggravé. Dans les textes, mais surtout dans la pratique du pouvoir, il a débouché sur une caricature d’Etat. Tout s‘est articulé autour de la personne du chef, devenu ainsi l’Etat. Ou, pour le dire autrement, L’Etat s’est réduit à un homme et à son système fondé sur l’exclusion. Ce qui ne pouvait bien entendu corriger la perception populaire façonnée par la colonisation.

Les autochtones qui se sont retrouvés aux divers rouages du nouvel Etat, se sont rarement illustrés par leurs compétences techniques ou par la hauteur de leurs vues. Ils n’ont pas su se hisser au-dessus des logiques sectaires. Ils se sont identifiés ou soumis au chef suivant la distance tribale à sa personne. En le chef, ils voyaient, non un simple détenteur d’un mandat populaire, et partant responsable devant le peuple souverain, mais plutôt le successeur omnipotent du puissant gouverneur colonial, avec ce que cela signifie d’abusif et de malsain.

Proche du chef, proche du butin laissé par le colonisateur, tel semblait être le maître mot pour la plupart des commis du nouvel Etat. D’où la course aux postes et autres privilèges. Très courant, le « Je veux une belle villa, une grosse voiture, un budget substantiel » !

A cette situation, le peuple souverain, lui-même peu averti de la problématique étatique moderne, comme de ses propres prérogatives, et qui n’est pas sorti indemne du long diviser-pour-régner  colonial, n’a pas réagi comme il le fallait.

Pour leur part, les rares personnalités éclairées n’avaient pas assez d’influence dans les cercles de décision pour bâtir une République digne de ce nom.

Le premier ministre, le regretté Ahmed Dini Ahmed, démissionnait dès décembre 1977, pour marquer son opposition à une dérive autoritaire qui se manifestait déjà et instrumentalisait la diversité ethnique.

Cependant, tant qu’il disposait de ressources matérielles suffisantes, auxquelles l’aide extérieure, notamment de l’ancienne puissance coloniale et de quelques autres pays amis ou frères (arabes et autres), contribuait grandement, l’Etat vicié parut fonctionner. En réalité, il fonctionna en vache à lait pour son maître et ses clients, livrant la majorité silencieuse aux miettes ou à la misère.

Cette situation ne pouvait, l’on s’en doute, perdurer, et le pouvoir allait avoir à s’inquiéter.

Sous les assauts de l’injustice, de la prédation et de la mauvaise gestion, la déception populaire commença à se faire jour. Le régime, d’autant plus paniqué que les opposants ne manquaient pas, se réfugia alors dans la fuite en avant et dans le durcissement. Il créa dès 1979 le mal nommé Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), mettant, de facto, fin au pluralisme politique et aux libertés publiques. Dans la foulée, en 1981, le système du Parti Unique était officiellement imposé par une loi dite de mobilisation nationale.

 Cela n’arrangea évidemment rien et eut plutôt pour effet d’accélérer la dégradation publique et le mécontentement populaire.

Le ras-le-bol des Djiboutiens allait s’exprimer de façon spectaculaire à la faveur du vent planétaire de démocratisation né de l’effondrement du bloc communiste de la fin des années 1980. Le conflit armé de 1991 opposant les combattants du Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD) aux troupes gouvernementales et l’action de l’opposition civile menée par le père fondateur du premier et principal parti légalisé non gouvernemental, le Parti du Renouveau Démocratique (PRD), le regretté Mohamed Djama Elabé, allaient remarquablement illustrer cette contestation d’autant plus vive que longtemps étouffée.

 Sous la pression des événements, le président Hassan Gouled Aptidon se verra contraint d’octroyer, en septembre 1992, la première Constitution du pays depuis l’Indépendance. Il en résultera une timide ouverture démocratique que le régime, qui abhorre la liberté et ses effets bénéfiques, s’acharnera à supprimer dans les faits.

Au plan économique, le pays passera sous les fourches caudines du Fonds monétaire international et de son programme d’ajustement structurel (PAS), engagé en désespoir de cause en 1996. Mohamed Djama Elabé n’était plus au gouvernement pour venir à la rescousse de finances en piteux état !

Se sentant libre de conduire comme il l’entend les prescriptions du FMI, le gouvernement, loin de remettre en cause ses habitudes de prédation, a fait en sorte de ne pas desservir ses intérêts. S’il s’est, en effet, jeté à bras raccourcis sur les agents de l’Etat, les appauvrissant par des réductions salariales drastiques dépassant les 30 %, il a laissé perdurer ses pratiques néfastes : opacité, promesses et projets sans lendemain, corruption, népotisme, incurie, etc.

L’arrivée au pouvoir en mai 1999 du successeur de l’inamovible président Hassan Gouled Aptidon, en la personne de son neveu Ismaël Omar Guelleh, imposé par lui au crépuscule de sa vie, n’a pas marqué un tournant. Le système a continué de plus belle. Il a aggravé ses méfaits et menace sérieusement la survie collective.

Aujourd’hui, bien que l’argent afflue au pays (le port en génère beaucoup, la base française rapporte 30 millions d’euros par an, celle des Etats-Unis d’Amérique pas moins de 15 millions de dollars US, un dollar valant près de 178 francs Djibouti, sans parler des dépenses induites, des prêts et aides en tous genres), que la masse salariale grève bien moins le budget de l’Etat, les difficultés n’ont jamais été aussi graves pour le plus grand nombre. 75 % des six à sept cent mille Djiboutiens connaissent la pauvreté selon une récente étude financée par le PNUD et publiée en juillet 2004, chiffre sans doute encore plus élevé au jour d’aujourd’hui. Le chômage est tout simplement indescriptible : 70% selon les chiffres officiels. Les tarifs des denrées alimentaires de première nécessité et autres produits de base n’en finissent pas de grimper. L’électricité s’est tout simplement indexée sur le cours du pétrole, sans pour autant être plus fiable. L’eau de la capitale est devenue peu potable : elle ne répond plus aux normes de l’Organisation mondiale de la santé, nous expliquent certains experts. De sorte que certains d’entre nous, qui le peuvent encore, ne la boivent plus. La jeunesse se retrouve à l’abandon, les écoles en perdition. La santé relève non seulement du mouroir mais elle est payante. Le SIDA nous décime dans l’indifférence. L’insécurité fait couler régulièrement notre sang. Tout comme la répression. Et, signe des plus éloquents, la fuite hors du pays des énergies et des intelligences est une réalité…

Oui, la sécheresse rurale et urbaine a continué de plus belle sous Ismaël Omar Guelleh. Elle a continué de se généraliser et de se faire dévastatrice.

C’est que les promesses économiques et sociales ronflantes, faites par celui que manifestement rien prédestinait à d’aussi hautes responsabilités, n’ont pas été tenues. Soit elles ont revêtu la forme de projets juteux pour les profiteurs mais sans lendemain pour le plus grand nombre, soit elles en sont restées aux mots.

Il en va de même dans le domaine de la liberté et de la démocratie. La promesse de paix et de démocratie n’a pas été traduite dans les actes. L’accord de paix et de concorde civile signé le 12 mai 2001 avec le FRUD du regretté Ahmed Dini Ahmed n’a pas été respecté. Le verrouillage politique reste total, le contrôle de l’Etat par Ismaël Omar et son système à 100%, et les bruits de bottes sont à nouveau perceptibles au Nord du pays.

A l’évidence, le pouvoir en place n’a ni la mentalité, ni la volonté politique, ni la capacité de redresser la situation et de construire une société juste, libre et fraternelle.


REDECOUVRIR L’ETAT ET LE REPENSER AU SERVICE DE LA SOCIETE

 

Voilà dans quel contexte national, à travers le Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement, nous prenons à cœur de proposer aux Djiboutiennes et Djiboutiens d’en finir avec les errements anciens et de réhabiliter l’Etat et la chose publique. Le projet de re-fondation que nous soumettons à l’attention du peuple djiboutien dans son ensemble, s’articule en effet autour d’un Etat repensé au service d’une société juste, libre et fraternelle, en paix avec elle-même comme avec l’Autre, et soucieuse de son développement harmonieux.

Repenser l’Etat passe d’abord par la réappropriation du concept d’intérêt général qui fonde l’idée d’Etat et, par voie de conséquence, la notion de service public (activité d’intérêt général, s’entend).

Les ruraux d’origine (pasteurs nomades et autres) que nous sommes savent bien que la vie en collectivité suppose des règles, un code de conduite admis et respecté de tous pour le bon fonctionnement de l’ensemble.

Nous savons que garantir la marche harmonieuse de la collectivité, c’est garantir l’intérêt général, l’intérêt de tous, sans lequel il ne peut décemment y avoir d’intérêt particulier.

De là notre Xeer, Cafareh ou Curuf (termes désignant notre code coutumier respectivement en langue somalie, en afar et en arabe), patiemment élaboré par la sagesse clairvoyante de nos ancêtres et sans lequel les communautés composant aujourd’hui le peuple djiboutien n’auraient traversé les siècles. Les règles de droit régissant les rapports entre les individus membres de la communauté traditionnelle, et qui contribuent aux relations avec les autres communautés, les organes communautaires de représentation politique tels que l’Ougas (titre que porte le chef suprême de la communauté pour certaines composantes djiboutiennes), le Sultan ou l’Assemblée des Sages, pour ne citer que ces aspects du Xeer, démontrent clairement la nécessité, et le besoin consubstantiel ressenti par nos pères fondateurs, d’un minimum d’organisation collective. Ces règles et ces organes, reflet du pacte communautaire, témoignent du souci de l’intérêt général. L’on peut dire qu’ils incarnent, à l’échelle de la communauté, un embryon d’Etat.

Le caractère volontairement dépouillé de l’organisation de la vie collective traditionnelle n’enlève rien à sa valeur, ni à son efficacité. Que cette organisation tranche avec la complexité du phénomène étatique moderne, s’explique par la nature même de la société traditionnelle. Elle est de type rural et pastoral, s’articule autour du lien communautaire (ethnique, tribal ou clanique) et vit selon un mode qui commande sobriété et économie des moyens. En dehors du Xeer, des solidarités et des organes qu’il prévoit (Ougas, Sultan, Assemblée des Sages, etc.), les biens communs partagés par les membres de la communauté traditionnelle, sont limités. Ils essentiellement l’eau (le puits) et la terre (le pâturage).

A l’inverse, la collectivité moderne est sédentaire et fondamentalement urbaine, c’est-à-dire bien plus concentrée dans l’espace. Le nombre d’individus en une portion donnée (village, ville) y est bien plus élevé que dans le système traditionnel d’occupation des sols fondé sur le campement pastoral ou son équivalent agricole. Cela engendre bien plus de besoins et requiert bien plus de moyens. La vie en société moderne requiert des moyens infrastructurels, économiques, sociaux, sécuritaires et autres peu familiers à notre monde traditionnel.

De plus, à la différence de la brousse, où les communautés occupent l’espace selon un découpage qui assure à chacune d’elles la prépondérance sur une partie du territoire global, et donc une certaine autonomie, l’agglomération urbaine est par excellence le lieu du rassemblement intercommunautaire, où coexistent les membres des différentes communautés traditionnelles, avec les exigences, les mutations et les difficultés inhérentes.

Soulignons déjà que cette co-existence est plus ou moins douce suivant les circonstances (par exemple, la colonisation et l’obscurantisme politique post-colonial ne sont pas propices à l’enracinement unitaire) mais aussi selon le degré de l’aspiration collective à transcender les rivalités traditionnelles et à se penser en ensemble national.

La ville, ce symbole de l’Etat moderne, est aussi le lieu de l’ouverture à l’extérieur, c’est-à-dire à la scène internationale, qui a ses propres règles et joue un rôle sans cesse accru dans la vie des Etats et des nations. Tant le monde des humains s’interpénètre, sous l‘influence des progrès techniques, des intérêts et de l’évolution des mentalités.

En fait, ce sont les enjeux inhérents à la formule de vie collective qui déterminent simplicité organisationnelle et sobriété matérielle en notre brousse, complexité et grande consommation de moyens en milieu moderne.

Il ressort de ce qui précède que, contrairement à certaines sirènes, notre rencontre avec la notion d’intérêt général dans le cadre de la société moderne, où elle fonde le concept d’Etat, comme principe d’organisation politique de la collectivité, relève plutôt des retrouvailles. Puisque, comme rappelé plus haut, cette notion fait bien partie de notre héritage traditionnel commun. Pour le dire en d’autres termes, l’Etat moderne, au-delà des circonstances historiques de son apparition sous nos cieux,  n’est, au fond, que l’enfant de cette bonne vieille notion d’intérêt général si chère à notre Xeer, Cafareh ou Curuf.

Cet Etat s’incarne dans ses institutions : judiciaire (justice), législatif (parlement), exécutif (présidence de la République, gouvernement, administration, armée, police). Sans oublier les collectivités locales quand il y en a. Ces organes, ce sont, bien entendu, des femmes et des hommes, membres de la communauté nationale, qui, directement ou indirectement, sont mandatés par cette dernière pour les faire fonctionner.

Or l’intérêt général, cette mère de l’Etat, est, on ne le répétera jamais assez, l’affaire de tous. C’est l’intérêt de tous, qui garantit les droits et les devoirs de chacun ainsi que le pérennité de la collectivité.

De là, l’exigence démocratique qui fait émaner du peuple souverain le pouvoir d’Etat, c’est-à-dire les prérogatives de puissance publique. Quoi d’ailleurs de plus normal que ce soit le peuple dont il est censé servir l’intérêt (général), qui, après l’avoir fondé (par un acte souverain transcrit dans une charte Nationale, une Loi Fondamentale ou une Constitution, selon la terminologie employée), investisse les organes de l’Etat de son pouvoir selon les modalités qu’il fixe ?

L’Etat n’est donc ni quartier de viande (cad en somali) ni quelque autre butin à arracher à son profit exclusif, en dépit de ce que puisse suggérer la pratique prédatrice du pouvoir politique par des gouvernants sans véritable culture publique.

Si l’Etat est la conséquence de l’intérêt général, il en est aussi le garant. Il lui revient de garantir l’Indépendance nationale, la cohésion du corps social, le respect de la loi et de la liberté (démocratie), le progrès harmonieux du pays.

La question se pose alors, à ce stade de l’analyse, de savoir ce que commande concrètement, sur le terrain, l’intérêt général aujourd’hui. En quoi doit-il consister dans le milieu urbain moderne où nous évoluons de plus en plus de nos jours ?

L’intérêt général commande d’abord, au plan de l’intellect comme de l’affect, la prise de conscience des changements, des ruptures comme des permanences, que notre nouvelle vie en collectivité urbaine, par définition plurielle et ouverte, implique par rapport au milieu traditionnel rural. L’horizon ethnique ou clanique traditionnel doit s’enrichir ici d’une nouvelle dimension, d’un nouveau sentiment, celui d’appartenance à un ensemble plus grand que la communauté d’origine, qui est l’ensemble national. Ensemble qui se doit de fédérer et d’intégrer nos communautés traditionnelles qui certes coexistent depuis longtemps mais sans véritable implication dans un réel projet national.

La nouvelle appartenance, cette appartenance supérieure, porte un nom qui doit résonner en nous : la citoyenneté djiboutienne. Laquelle doit s’enraciner dans les cœurs et les esprits. Elle doit déboucher sur une claire conscience nationale.

Il nous est impérieux de prendre conscience que, si en venant nous mêler dans les agglomérations de ce qui allait devenir la République de Djibouti, nous étions Afars, Arabes, Somalis ou autres, ayant généralement en partage un certain nombre de choses fortes tels que le milieu naturel, le mode de vie rural, des éléments culturels, des traits physiques ou l’Islam, pour ne citer que ces aspects, nous sommes désormais membres d’une communauté nationale, citoyens d’un pays, engagés dans un exaltant destin commun. Il nous faut saisir, au plus profond de nous, que nous avons acquis une richesse dynamique qui nous ouvre d’immenses perspectives et nous invite à une formidable aventure collective. 

A l’évidence, cette prise de conscience ne peut se concevoir sans la vie concrète. Elle ne peut véritablement s’opérer sans contenu, sans incitation du vécu. Pour favoriser la prise de conscience, l’intérêt général commande à notre nouvelle vie collective de résolument privilégier l’adhésion, la concorde, le progrès harmonieux. Les membres de la communauté nationale, les Djiboutiens, qui ont nécessairement les mêmes droits et les mêmes devoirs, doivent se voir traités sur le même pied d’égalité. Ils doivent recevoir les bonnes réponses à leurs attentes. A commencer par la satisfaction des besoins. Besoins de travail, de logement, de santé. Besoins d’éducation, de culture, de sécurité. Besoins de liberté, de respect, de justice. Besoins de participation à la vie collective, d’identité, d’épanouissement. Etc.

Il s’agit, voyons-nous, de nous faire saisir, de nous faire mieux appréhender, de nous faire assimiler, les enjeux du «être ensemble» moderne à l’expérience de la vie concrète.

C’est donc à une redécouverte concrète et constructive de l’Etat que nous vous invitons, une redécouverte que nous souhaitons heureuse et susceptible de profondément réconcilier les Djiboutiens. Les réconcilier avec eux-mêmes, en dépassant les logiques sectaires handicapantes que cultivent ces êtres égoïstes et incapables que sont les politicards. Les réconcilier avec l’Etat moderne.

Nous sommes pour une redécouverte qui replace l’Etat à sa juste place, au service de tous, loin de l’exécrable pratique actuelle du pouvoir et du spectacle de la prédation effrénée. Pour une redécouverte qui nous permette de reconquérir notre dignité de peuple adulte, en mesure de décider de son destin.

Nous sommes pour un Etat repensé dans ses objectifs et dans sa finalité profonde. Pour un Etat qui nous aide à bâtir une société juste et fraternelle, prospère et ancrée dans ses valeurs fondamentales, en paix avec elle-même comme avec l’Autre. Pour un Etat, en clair, qui nous permette de rattraper le rendez-vous manqué de l’édification.

 Cet Etat-là passe par des missions essentielles clairement affirmées et par une pratique publique bâtisseuse.

DAF au micro de LVD 14/02/2016

Afhayeenka daladda Mucaaradka Jabuuti oo ka hadlay Musharaxa Mucaaradka

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Janvier 2011 : Message de DAF aux Djiboutiens

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