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Mais un Etat par trop centralisateur, un Etat qui bâillonne son peuple, qui ne l’associe à la gestion publique ni n’encourage la prise de responsabilités, tend à infantiliser ses citoyens et à compromettre leur épanouissement. Ce n’est pas l’Etat que nous appelons de nos vœux. Ce n’est pas celui que souhaitent nos concitoyens, pas celui auquel aspirent ces femmes et hommes dont l’action est vitale pour la collectivité et la valorisation porteuse de progrès inestimable. Trop centraliser n’est pas responsabiliser. Ce n’est pas une marque de confiance dans le génie populaire.

C’est pourquoi, à notre sens, l’Etat djiboutien doit développer le sens des responsabilités et de l’intérêt général à tous les échelons de son action et développer une véritable culture citoyenne.

 

1 - Responsabiliser par la démocratie

 

La première des choses à faire, pour responsabiliser les Djiboutiennes et Djiboutiens, c’est de leur permettre d’exercer leurs droits démocratiques. La démocratie doit avoir droit de cité en République de Djibouti, se traduire dans les faits. Elle n’a que faire des apparences ridicules et de la mascarade.

Oui l’exercice démocratique est une bonne école pour cultiver le sens du devoir et l’esprit citoyen. Nos ancêtres le savaient qui étaient épris de liberté. Contrairement à certains préjugés d’Outre-mer, nés de l’ignorance et du mépris frileux du colonialisme, loin de ces hordes de sauvages qu’une certaine littérature coloniale s’est évertuée à inventer, nos pères, comme on dit chez nous, fonctionnaient en hommes libres. Ils étaient respectueux d’eux-mêmes et d’autrui. A condition, comme pour tout groupement humain, que ce soit réciproque.

Dans les rapports entre leurs membres comme dans le processus collectif de décision, nos communautés traditionnelles ont le souci de l’humain, de sa dignité et de sa liberté. Elles savent que le recours à la force ne vaut pas la recherche de l’adhésion, que l’abus engendre la haine, que c’est par la fraternité et le respect que l’on construit.

 Wilwaal, personnage mythique de nos contrées, pourtant guerrier hors pair,  bardé de gloires militaires, après avoir tout tenté dans ses rapports avec ses semblables, s’exprime en ces termes : « De tout ce que j’ai essayé sur l’Homme, y compris les pires sévices, comme par exemple le forcer à s’accoupler avec sa propre mère, je parviens à la conclusion que rien ne vaut que de le traiter en frère».

Il faut observer attentivement le Xeer (Cafareh en afar, curuf en arabe), voir fonctionner la vie publique communautaire, pour se rendre compte du souci démocratique en milieu rural, voir à l’œuvre l’idée de démocratie. Il est instructif de considérer le consensus qui entoure la désignation du chef de la communauté, combien il se soucie de l’intérêt de ses gouvernés, comment il est payé de retour en termes d’attachement populaire. Instructif d’observer la manière libre et transparente dont se prennent les décisions dans les assemblées représentatives, et elles n’ont rien d’un ramassis d’obligés du chef, le débat qui y préside. L’on ne cherche point  à cacher, ni à imposer, mais à convaincre ses interlocuteurs par des arguments. Il est édifiant de voir comment la règle de la majorité est respectée, le consensus recherché, de savoir de quelle manière se construisent les règles de droit.

De regarder les magistrats traditionnels (généralement bénévoles) juger des litiges, avec un sens aigu de la Loi et de l’équité, ne permet point le doute. Dispositions légales (Dhagale), affaire sans précédent (Ugub), cas sur lequel une jurisprudence existe (Curad), la cour délibère (Waa la gudiyaya), défenseur (et garant du respect du verdict par le justiciable concerné (Aabo), greffier (Qore), degré de juridiction (Geed), faire appel ou former un recours (Geed kale), etc. etc., toutes ces notions que l’on connaît à la justice démocratique sont familières à la société traditionnelle. Les droits de la défense sont garantis, le débat contradictoire, le verdict exécutoire (à moins d’un recours). C’est tellement démocratique que, dans certaines communautés, le justiciable dispose jusque de douze recours possibles. Tellement démocratique qu’il n’est point besoin d’une force publique pour assurer l’exécution des peines. Le justiciable s’y plie naturellement. Et de toute façon, c’est le aabo du condamné qui garantit l’exécution du jugement. C’est une question d’honneur, et on ne transige pas avec l’honneur.

Ce sont, voyons-nous, par rapport à la justice dans un Etat moderne de droit, la langue et les conditions de travail qui changent, point la matière. C’est une différence de forme, non de fond.

C’est ainsi, et quiconque en est informé ne peut en douter. Qui n’a pas, du reste, entendu, n’entend pas autour de lui, l’éloquente expression : «(Waa la iga bate : ma position n’a pas emporté la majorité, j’ai été mis en minorité)» ?

Ce n’est point un hasard si l’on parle de démocratie pastorale. Loin d’être un coup de force, la formule reflète une évidence qui a fini par s’imposer aux observateurs honnêtes. Elle exprime une réalité, d’où notre emploi dans ces développements.

 Il est donc temps de redonner sa liberté au peuple djiboutien, de lui permettre d’exercer son sens démocratique. Il doit, dans le cadre de l’Etat moderne, retrouver une vie collective libre, ses droits et devoirs démocratiques.

Il doit pouvoir choisir ses dirigeants, leur demander des comptes et les renvoyer au besoin. C’est le nécessaire contrôle démocratique sans lequel la souveraineté du peuple n’a point de sens.

Cela implique une séparation effective des pouvoirs, implique des libertés fondamentales réelles, un pluralisme politique qui ne soit pas de façade mais authentique, exempt d’entraves malintentionnées.

Cela suppose des élections libres et démocratiques, des scrutins transparents, qui reflètent sans ambiguïté la volonté populaire.

Sans séparation des pouvoirs, sans que le pouvoir exécutif, celui législatif et le judiciaire ne soient indépendants les uns des autres, point de démocratie. Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir, que l’idée salutaire de contre-pouvoir puisse normalement fonctionner. C’est vital pour l’équilibre institutionnel, pour la prévention des dérives autoritaires et autres régressions dictatoriales. Sans cette séparation, c’est la concentration des pouvoirs et la confiscation de la liberté. Ce qu’aucun peuple ne peut accepter.

Nous insistons pour dire, même s’il n’est pas besoin d’être grand clerc pour le comprendre, qu’en démocratie les pouvoirs séparés se contrôlent entre eux. Sous le contrôle du peuple qui en est la source, la source de tout pouvoir. Aussi sont-ils bien plus à même de répondre aux aspirations populaires et aux exigences de l’intérêt général que des pouvoirs concentrés entre les mains d’un groupe ou d’un individu. Les pouvoirs concentrés, parce qu’ils passent outre à la volonté populaire, ne se sentent guère responsables devant leurs gouvernés. Ils se servent au lieu de servir. A l’inverse, les autres, les pouvoirs séparés par la démocratie, se savent responsables devant le peuple. Ils se savent comptables de leurs actes, de leur bilan. Un pouvoir exécutif élu (un président de la République élu au suffrage universel ou un premier ministre issu d’une majorité parlementaire) sait qu’il a intérêt à donner un contenu concret à son discours s’il veut battre son opposition et être reconduit aux affaires lors des élections suivantes. Des députés élus savent qu’ils ont des comptes à rendre à leurs électeurs et se soucient, dès lors, d’exercer leurs prérogatives. Ils le font notamment en légiférant et en contrôlant l’action gouvernementale. Dans le même esprit, une justice indépendante accomplit bien mieux sa mission que celle aux ordres de l’exécutif en place. Elle fait mieux respecter la loi, sécurise les justiciables et entretient ainsi la confiance en elle. Elle est bien plus crédible.

 Point de démocratie non plus -et partant de responsabilisation populaire- si les libertés fondamentales ne peuvent s’exercer. Un pays où les libertés publiques sont garanties est un pays libre. C’est un pays où les citoyens électeurs sont en situation de prendre leurs responsabilités. Il s’ensuit une presse indépendante, qui remplit son devoir d’information et sa liberté de critique, un multipartisme en bonne santé qui joue son rôle de transformation (en actes) des attentes du corps social, un mouvement syndical libre qui veille sur les intérêts de ses membres, un tissu associatif actif, une vie culturelle digne de ce nom, etc. Ce sont autant d’indicateurs, autant de baromètres de la démocratie.

Sous le règne de Ismaël Omar Guelleh, l’on en est loin, bien loin de ce climat sain. Avec son système, tout se conjugue à la première personne du singulier. La liberté est déniée, le pluralisme banni, le débat craint comme un danger de mort. C’est le gouvernement d’un homme seul s’aidant de sbires, par le mensonge et la répression, pour son intérêt particulier et au détriment du peuple. C’est la négation de la démocratie. Bilan : misère politique, économique et sociale.

Sous nos cieux, c’est triste à dire, nous assistons, jusque dans les apparences, à une caricature d’Etat. Pour ne pas dire un non-Etat.

 

2 - Responsabiliser c’est aussi déléguer

 

D’abord au niveau administratif. L’administration djiboutienne doit apprendre à rompre avec le piège de la concentration, apprendre à déléguer les responsabilités. Faire tout remonter au plus haut placé crée encombrement chez lui, démission chez ses subordonnés. Combien d’agents de valeur se morfondent dans les bureaux de notre administration, ne font rien, parce que le chef accapare tout ? Combien de «bras croisés» et de «bras cassés», pour reprendre certaines expressions familières,  compte-t-elle, cette administration ? Pourquoi ce gâchis ? Pourquoi cette destruction à petit feu, car c’est à cela que revient cette pratique : un agent payé à ne rien faire est condamné à l‘ennui, au mauvais moral et au dépérissement.

La concentration excessive est un frein à la bonne marche des services administratifs. Elle nuit à la rapidité et à l’efficacité de l’action administrative. C’est une source d’insatisfaction pour les usagers qui pâtissent des lenteurs et autres voies de faits inhérentes à tout accaparement de prérogatives.

Le rôle du chef n’est pas de tout s’arroger. Il est d’orienter, de coordonner, d’animer et de contrôler. Il est de savoir associer, faire participer, déléguer. Prêt à se remettre en question, à s’améliorer et à améliorer les autres, tel est le chef. C’est un rôle positif, de moteur vers le progrès.

De même, l’administration doit cesser d’être lointaine, intimidante même, pour le public. C’est contraire à l’esprit comme à la lettre de sa mission d’intérêt général, de service public. Elle doit se rapprocher des administrés, être à leur écoute. C’est ce que permet la déconcentration.

Déconcentrer les services de l’Etat est une urgence. Il n’est pas normal que tout ou presque soit concentré dans la capitale, que les chefs de district, ces représentants de l’Etat, gèrent une pénurie d’Etat. Il est, par exemple, scandaleux qu’aucun juge ne siège en province, qu’aucune antenne judiciaire n’y existe. Que la direction de la Population, qui délivre les pièces nationales d’identité, n’ait point ses services extérieurs, comme on dit dan le jargon administratif, dans les régions de l’Intérieur. Scandaleux que le peu d’antennes administratives, tous départements confondus, qui opéraient hors de Djibouti-Ville, périclitent. Nous pensons aux antennes de la Santé publique, de l’Education. Nous pensons à celles des Travaux publics, de l’Office de l’eau. A celles de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche. Et même à celles de l’administration territoriale.

Il est urgent de déconcentrer notre administration pour mieux servir le peuple et le pays.

De décentraliser aussi.

 

3 - Responsabiliser par la décentralisation

 

Responsabiliser, c’est aussi décentraliser pour l’Etat repensé. C’est traduire dans les faits ce que le pouvoir autocratique promet depuis l’Indépendance de 1977 sans jamais le tenir.  C’est en finir avec la centralisation du pouvoir politique à un seul niveau. En finir avec un Etat à la fois étouffant de prérogatives et peu efficace dans l’action publique.

Oui, nous pensons qu’il est grand temps de mettre en place des collectivités locales, de faire confiance aux populations, à ces femmes et hommes las de tout attendre d’en haut. Las d’une situation absurde où la moindre école, la moindre motopompe, le moindre groupe électrogène, ou encore la moindre ambulance, dépendent de l’Etat central et de son administration. Il nous appartient de faire en sorte que les Djiboutiennes et Djiboutiens bénéficient à leur tour des bienfaits du pouvoir de proximité.

Décentraliser. Un thème bien récurrent en effet. Un thème qui, encore une fois, ces jours-ci, revient sur les lèvres et sous la plume à Djibouti.  Le régime de monsieur Ismaël Omar Guelleh fait un tapage insistant sur le sujet. Non, bien entendu, pour bien faire, mais plutôt, nous semble-t-il, afin d’essayer encore une fois d’abuser l’opinion publique et la communauté internationale.

Certes, le pouvoir en place peut difficilement tromper qui que ce soit : son passé et son présent plaident contre lui. L’on ne peut impunément discourir, promettre, s’engager même et n’en rien faire ou en faire l’inverse. Prétendre changer sans rien changer à ses pratiques, n’est pas une attitude crédible. Tant il est vrai que c’est sur les actes que l’on juge les femmes et les hommes. Mais il n’en persiste pas moins dans sa singulière posture.

La politique, n’en déplaise à certains, n’est pas l’art de la mauvaise  foi, du cynisme, encore moins du ridicule. C’est l’art de gérer la vie collective. Ce qui suppose une légitimité populaire, la prise de bonnes décisions et leur bonne mise en œuvre, le respect de ses engagements. La politique suppose d’être responsable dans sa réflexion comme dans son action. D’être responsable devant le peuple au nom duquel et pour lequel l’on prétend agir.

Toutes choses que ne reflète guère la vie publique à Djibouti, telle qu’elle s’exerce par les acteurs au pouvoir. Cela vaut pour le politique, pour l’économique comme pour le social.

            La décentralisation, précisons-le d’emblée, ne se conçoit pas sans démocratisation. Point de décentralisation digne de ce nom sans un véritable cadre démocratique. C’est-à-dire sans libertés individuelles et collectives, sans respect des droits humains, sans système électoral juste et libre. Pas de décentralisation sans séparation effective des pouvoirs (législatif, judiciaire et exécutif) avec ce que cela implique d’indépendance et de contre-pouvoir.

Décentraliser, cela est clair comme le sable de nos plages, ne va pas sans volonté politique effective des décideurs.

Or, ouvrir la vie publique, la démocratiser, est perçu par Ismaël Omar Guelleh et ses amis comme une menace, un risque inacceptable. La moindre parcelle de pouvoir remise entre les mains du peuple, considèrent-ils, risquerait de se retourner contre le système. Car elle risquerait de tomber entre des mains indépendantes de lui, susceptibles de montrer qu’il est possible de faire la politique autrement, de mieux gérer la chose publique.

Décentralisation, disons-nous. Mais en quoi consiste-t-elle concrètement ?  Eh bien, c’est un mode de gestion des affaires publiques. Elle procède de l’idée que le tout centralisé, la concentration des compétences entre les mains du seul Etat central (et centralisateur), que ce mode de gestion qui réserve le pouvoir d’Etat à une seule entité, ne répond pas comme il se doit aux exigences de l’intérêt général. Même déconcentré, c’est-à-dire prolongé par ce que l’on appelle les services extérieurs (services publics de province et autres arrondissements de la région de la capitale), censés rapprocher l’administration des populations, l’Etat centralisé n’est pas à même de satisfaire les besoins divers et variés de la communauté nationale. Chaque région, chaque portion du territoire, voire chaque citoyen, ont leurs attentes. A l’échelle d’un pays, cela donne une somme de choses et de spécificités que l’Etat centralisé ne peut valablement embrasser. Cela devient tout simplement trop complexe, et le maintenir en l’état engendrerait force frustrations.

 Dès lors, transférer une partie des compétences de l’Etat à d’autres entités, bien locales celles-là, et partant plus proches des gens que l’Etat centralisé, s’impose. Au mode de gestion étatique centralisé succède ainsi un autre, décentralisé, qui, sans remettre en cause l’unité de l’ensemble, répartit la gestion des affaires publiques entre l’Etat central et les collectivités locales. Juridiquement parlant, ces collectivités jouissent de la personnalité morale, c’est-à-dire de la capacité juridique d’être titulaire de droits, tenu à des devoirs, d’agir en justice. A l’instar de toute autre personne morale, qu’il s’agisse de l’Etat central, d’un service public autonome comme Electricité de Djibouti ou Djibouti-Télécom, d’une entreprise privée, d’un parti politique, d’une association apolitique, ou de toute autre organisation dotée de la personnalité morale.

Les entités décentralisées sont, ce n’est point inutile de le souligner, la région et la commune, et parfois le département qui, comme en France, se situe entre les deux premières. Etant entendu que d’autres architectures sont possibles. Chez nous, la mise en place d’institutions décentralisées, devrait, pour produire un impact significatif,  s’opérer à l’échelon régional (actuel district) pour les conseils régionaux, des arrondissements et des postes administratifs pour les conseils municipaux. Ce serait gérable.

Mais la décentralisation ne saurait être vue comme une simple question de technique administrative, elle comporte une éminente dimension politique. Elle associe étroitement les populations à la conduite des affaires publiques, particulièrement à la gestion des affaires liées à leurs besoins concrets de proximité. L’école du coin, le centre de santé, le service de voirie, l’eau et l’électricité s’il le faut, l’assainissement, la culture, la jeunesse, le sport, la gestion foncière du secteur, le développement local voire l’état civil, etc. sont autant d’activités que l’on peut difficilement laisser à de lointains décideurs ou à leurs distants représentants. Cela touche beaucoup à la vie de tous les jours, et l’on n’est généralement pas mieux servi que par soi-même.

Ce faisant, la décentralisation encourage les gens à s’impliquer, à se prendre en charge. Elle leur apprend à se mêler de ce qui les regarde, à devenir acteurs de leur vie, de la vie collective. Avec elle, les populations se sentent responsabilisées, plus concernées. Le sentiment d’être utile à la collectivité s’en trouve raffermi et elles gagnent en confiance. S’enclenche alors la démystification du phénomène du pouvoir et se décomplexe le peuple.

Il s’ensuit que, actives au présent, les populations revisitent leur passé, ce passé que l’on s’évertue à voiler, et préparent d’autant mieux l’avenir.

En d’autres termes, par ce mouvement de retour d’une partie du pouvoir, jusque-là exclusivement exercé en son nom par une minorité, le citoyen rompt avec sa posture passive et se réapproprie une chose publique qui lui a toujours paru, sinon mystérieuse, du moins peu lisible, car perçue à travers l’action d’agents étatiques plus ou moins honnêtes et autres politiques à la moralité publique généralement douteuse.

L’importance politique de la décentralisation, de cette source auto-centrée de maturation populaire,  ne fait point, on le voit, l’ombre d’un doute.

Administrative, politique, la décentralisation est également démocratique. Oui, décentraliser relève de l’exigence démocratique. En permettant aux populations de choisir en leur sein celles et ceux qu’elles jugent capables de gérer les affaires locales sous leur contrôle, la décentralisation répond au besoin éminemment démocratique de choix de proximité, d’alternatives locales, de saine émulation entre les idées. Elle diffuse et enracine l’exercice démocratique : elle permet une sorte de gouvernement des locaux par les locaux pour les locaux. Elle renforce ainsi la culture démocratique d’une dimension jusque-là peu connue : la dimension locale. Elle crée, en définitive, la démocratie locale qui consolide la nationale.

La décentralisation présente aussi un intérêt économique. De ce point de vue, et pour fonctionner, les collectivités locales doivent recevoir certaines ressources de l’Etat central, sous forme de subventions et de reversement d’une partie des taxes d’origine locale. Cela est tout à fait normal dans la mesure où ces nouvelles entités héritent d’activités qui ressortissaient jusque-là à l’Etat central qui les budgétisait.  En se transférant, ces matières emportent en quelque sorte leurs crédits.

Mais la décentralisation n’est pas condamnée à ce seul financement par l’Etat central, aux possibilités par ailleurs limitées. Elle peut et doit faire preuve d’imagination pour accroître sa marge de manœuvre publique. Elle doit s’attacher à instaurer les conditions d’une vie économique locale. Attirer des investisseurs pour valoriser le potentiel local, encourager l’initiative locale dans le même sens, s’appuyer sur la coopération décentralisée (ONG, villes et régions du monde, institutions internationales, aide publique décentralisée, etc.), recourir aux caisses nationales de développement quand elles existent au pays, etc. sont autant de leviers possibles pour que marche l’échelon économique local. Et qui dit activités économiques, dit emplois et revenus, dit impôts locaux susceptibles de financer de nouvelles activités publiques et de créer de nouveaux emplois et pouvoirs d’achat. Ces derniers stimulant à leur tour la consommation et la vie économique locales. Le phénomène du multiplicateur économique décrit par les économistes, se déploie ainsi au profit des collectivités décentralisées. L’espoir et la confiance en l’avenir des locaux s’en nourrissent.

Indiscutablement, donc, de la même manière qu’aux niveaux politico-administratif et démocratique, la décentralisation, forte de ses prérogatives fiscales et d’impulsion économique, est capable de contribuer significativement au développement économique local.

Et, bien entendu, tout cela n’est point sans impact sur l’épanouissement du corps social. Ce lui est bénéfique. Gérer ses affaires de proximité, contrôler au plus près la satisfaction des besoins essentiels, réagir et rectifier le tir en cas de nécessité, développer une culture de résultat, voilà qui améliore les conditions d’existence. C’est un gage de mieux-être, de plus de qualité de vie, de plus d’épanouissement populaire. Que ce soit du point de vue sanitaire, éducatif, infrastructurel (eau, électricité, routes, etc.), culturel et sportif, de l’emploi ou du logement, une décentralisation bien conduite ne peut qu’entraîner des effets positifs, produire des fruits.

Y compris, d’ailleurs, au plan de l’ouverture à l’extérieur, à d’autres sociétés, à l’Autre. Car entrer en relations de partenariat, de co-développement avec d’autres acteurs de la vie locale à travers le monde, n’est pas seulement source d’apports matériels, mais permet d’échanger idées et expériences, de faire de fructueuses découvertes sur le reste du monde, de s’instruire d’autres façons de voir et de faire. Connaître l’Autre, c’est le lire sous un jour moins empreint de préjugés, mieux l’accepter dans sa différence, apprendre de lui, comme il apprend de soi. Connaître l’Autre, c’est, pour reprendre le joli mot de l’écrivain français Antoine de Saint-Exupéry, s’enrichir.

Tout cela est bien beau, nous rétorqueront certains esprits frileux, mais en a-t-on le capital humain ? Nous n’hésitons pas à leur répondre par un oui franc. Oui, nous disposons aujourd’hui d’assez de gens instruits, de cadres, qui, en dépit de la mal-gouvernance, ont pu émerger par la force du courage et de la persévérance. Qu’ils vivent à l’intérieur ou à l’extérieur de la mère patrie. Ces concitoyens, portés par une volonté populaire que nous savons grande, et sous le contrôle démocratique du bon sens pastoral, sont à même de relever les défis.

Dès lors qu’une volonté politique effective impulse les choses d’en haut, que rien n’interdit de s’appuyer sur l’aide, l’expertise et l’expérience d’autres cieux, avancer en matière de décentralisation est tout à fait possible.

Nous insistons pour dire que le peuple djiboutien, non la petite minorité d’alimentaires et autres égarés de la facilité, mais le vrai peuple, avec lequel nous nous sentons en communion, est capable de grandes choses. Bien dirigé, il surprendrait plus d’un pessimiste. Mettons-le seulement en situation.

Voilà en quelques mots les enjeux de la décentralisation. Ils sont importants, essentiels. Ils sont vitaux.

Et c’est justement parce qu’il en est ainsi, que c’est une affaire trop importante pour être manquée, qu’il nous faut l’exiger dans les règles. L’exiger, non en forme de mascarade, mais réelle. La vouloir comprise et partagée de tous. La vouloir transparente et harmonieuse, consciente et volontaire. La vouloir proche des cœurs et des esprits, libératrice des énergies. La vouloir moteur du développement.

L‘exiger tout simplement fraternelle et démocratique. Ce qui est à mille lieues d’une certaine conception de la problématique chère à nos gouvernants du moment. Tout indique qu’ils cherchent plutôt à escamoter la décentralisation et à la vider de sa substance. Le cas des conseils régionaux, nommés et censés ouvrir la voie aux collectivités locales, mais qui n’ont brillé ni par la compétence des hommes ni par l’honnêteté de la gestion, nous a donné un avant-goût de leurs intentions. Dans la même veine, les textes qu’ils ont concoctés pour régir les entités décentralisées, ne sont pas de nature à rassurer les gouvernés. Ils n’élaborent pas la décentralisation comme un projet national de première importance. Ils la plombent comme une opération sans lendemain. De là, le rejet par l’opposition comme par le peuple.

Le fait que les conseils locaux prétendument élus, issus des pseudo-élections locales de mars 2006, boycottées par l’opposition, ne fonctionnent pas plus d’un an après, se passe de commentaire.

            A nous de poursuivre nos efforts pour l’avènement de la démocratie et de l’Etat de droit, condition sine qua none d’une véritable décentralisation.

 

C’est dans l’intérêt général.

DAF au micro de LVD 14/02/2016

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