Edition n° 150 du 02 février 2013
(Édition LVD écrite du dimanche 02 février 2013)
Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com et le site www.lavoixdedjibouti. Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime : http://lavoixdedjibouti.mirror.tengu.ch
DAF à Djibouti : un retour actif
Comme prévu, le président du MRD, Daher Ahmed Farah dit DAF, est bien rentré au pays natal, Djibouti. L’avion le ramenant d’Europe a atterri à l’Aéroport international d’Ambouli dimanche 13 janvier 2013 à 6 heures. Il a été accueilli à l’Aéroport par une forte délégation du MRD et du reste de l’Opposition emmenée par les vice-présidents du MRD, Mohamed Ahmed Kassim et Souleiman Farah Lodon. Dehors, empêchés d’accéder à l’Aéroport par un imposant dispositif de la police et de la Garde dite républicaine, de nombreux Djiboutiennes et Djiboutiens attendaient DAF. Ils se sont rassemblés devant le siège du MRD à Avenue Nasser, puis se sont déplacés à Maka-Moukarama au domicile de celui qu’ils accueillaient. Là, depuis la terrasse du logement, le président du MRD s’est adressé aux nombreux partisans venus lui souhaiter la bienvenue. Il les a chaleureusement remerciés et dit tout son bonheur d’être à nouveau parmi eux et parmi tous les autres Djiboutiens. Il leur a redit sa fidélité à la lutte pour le salut national, leur donnant rendez-vous pour les semaines à venir. Entre eux et lui, le contact était immédiat et la complicité forte en ce 13 janvier 2013. C’était un moment fort dont beaucoup se souviendront, à commencer par DAF. De l’émotion en abondance. De la joie sur les visages. Souvent jusqu’aux larmes.
Sans tarder, et avec les autres dirigeants du MRD et de l’Opposition qui l’attendaient, DAF s’est jeté à corps perdu dans le travail avec pour priorité des priorités l’unité de l’Opposition. Objectif partagé par tous les partis djiboutiens d’opposition. Dès lors, par un effort collectif, par un travail d’équipe méritoire, les six partis politiques de l’opposition djiboutienne ont retrouvé leur unité. Ils se sont rassemblés sous la bannière d’une coalition unique, l’Union pour le salut national (USN), proclamée le 16 janvier 2013. L’USN s’est d’abord donné un porte-parole en la personne de DAF, puis un président en celle d’Ahmed Youssouf Houmed, président de l’ARD. Elle a aussi annoncé sa volonté collective de participation aux élections législatives du 22 février 2013, ce qui est un défi de taille compte tenu des conditions peu démocratiques dans lesquelles ce scrutin va se tenir. Un défi de taille mais point impossible à relever si le brave peuple djiboutien décide de reprendre ses droits de peuple souverain. L’emblème de l’USN est un soleil qui point à l’horizon, symbole de la lumière qui s’oppose à la nuit dictatoriale.
Bien entendu, le retour de DAF n’a pas fait la joie du régime. De sorte que celui-ci n’a pas pu résister à ses réflexes répressifs. Aussi a-t-il ciblé le journaliste en DAF, exhibant un prétendu délit de presse datant de 2003 et qui a fait l’objet d’une condamnation par la Cour suprême de Djibouti le 19 septembre 2004. Au profit du général Zakaria Cheik Ibrahim, numéro 2 de l’Armée, et de cinq membres ou ex-membres de la militaire Troupe Harbi. DAF a été convoqué et entendu par la Section de recherches et de documentation (SRD), unité de la Gendarmerie, le 17 janvier 2013 sur une plainte pour refus d’exécution. DAF a aisément réfuté cette accusation de refus d’exécution puisqu’il était tout simplement absent du pays pour cause d’exil lorsque cet arrêt a été rendu le 19 septembre 2004. Il est ressorti libre de cette audition et a pu se présenter en homme libre devant le procureur de la République, Maki Omar Abdoulkader, le samedi 19 janvier 2013. Au procureur, il a déclaré que, en dépit de son sentiment d’injustice à l’égard de cette condamnation, le caractère exécutoire et définitif de la décision de la Cour suprême ne lui laissait pas de choix et qu’il allait, selon ses possibilités, payer l’amende (20 000 francs Djibouti, soit plus de 100 dollars) et les dommages et intérêts (3 500 000 francs Djibouti, soit 20 000 dollars environ). Grâce à la générosité populaire, il a commencé à le faire, versant mardi 29 janvier 2013, par voie d’huissier, la somme de 350 000 francs Djibouti sur les 3 500 000 de dommages et intérêts. Il a également remis le reste des dommages et intérêts, soit 3 150 000 francs Djibouti, à un huissier pour paiement aux intéressés. Et il n’oublie pas l’amende. Mais le régime n’en est pas resté là et a de nouveau fait convoquer DAF par la SRD qui lui a demandé pourquoi il ne payait pas des dommages et intérêts à 17 autres militaires du Camp Cheik Osman, soit un montant de 17 x 500 000 francs Djibouti = 8 500 000 francs Djibouti. DAF a tout simplement renvoyé les enquêteurs à l’arrêt 88/P/AG/04 du 19 septembre 2004 qui casse et annule l’arrêt 128/03 du 9 juillet 2003 qui accordait à pas moins de 23 militaires de la Troupe Harbi des dommages et intérêts d’un montant total de 12 millions de francs Djibouti, ne retenant que six personnes dont le général Zakaria Cheik Ibrahim qui s’est vu accorder un million de francs Djibouti. Le conseil du général Zakaria et de la Troupe Harbi dans cette affaire, est Maître Aref Mohamed Aref.
Cette affaire, qui rappelle que le régime ne recule devant rien, y compris le ridicule le plus bas, pour nuire aux combattants de la liberté tels que DAF, restera gravée dans les mémoires comme l’une des illustrations de l’injustice dans ce pays.
La lutte continue. A suivre.
Naissance de l’Union pour le salut national
L’Union pour le salut national (USN) est donc née le 16 janvier 2013. Elle est née de la volonté des partis djiboutiens d’opposition de se retrouver et d’unir leurs forces au service du pays. Or, plus que jamais, le pays est à sauver de l’explosion et du chaos. D’où le choix de la dénomination Union pour le salut national. L’USN est composée de six partis, à savoir le MRD, l’ARD, l’UDJ, le PND, le PDD et le MoDel.
Elle s’est donné pour premier président Ahmed Youssouf Houmed, président de l’ARD, pour porte-parole Daher Ahmed Farah, président du MRD, et pour trésorier Sougueh Ahmed Robleh, président du MoDel.
La tête de liste de l’USN aux élections législatives du 22 février 2013 pour la principale circonscription du pays, Djibouti, est Ismaël Guedi Hared, président de l’UDJ et ancien président de l’ex-coalition Union pour l’alternance démocratique (UAD).
Cette unité retrouvée a été chaleureusement accueillie par le peuple djiboutien qui entend voter massivement pour l’USN le 22 février 2013 prochain. Elle a pris le régime au dépourvu car il tablait sur la division de l’Opposition.
Bon vent à l’USN.
Un poète djiboutien arrêté et torturé pour sympathie à l’égard du MRD
Farah Moussa Bouh (alias Farah Hassan Bouh), c’est son nom, vit à Balbala sur le lieu dit Bildigo (Bildhiqo en somali), non loin du parc à bestiaux. Il est poète et prône la démocratie, ce qui le rapproche de l’Opposition : il est sympathisant du MRD. Comme tel, il a fait partie du grand nombre de citoyens qui ont accueilli DAF dimanche 13 janvier 2013, psalmodiant des vers engagés de sa composition sur la terrasse du domicile du populaire chef du MRD. Cet engagement a fait de Farah Moussa Bouh une cible de la répression du régime. Aussi a-t-il été arrêté jeudi 17 janvier 2013 vers 8h 30 par des policiers du commissariat de Hodan à Balbala. Suite à une dénonciation par un indicateur du quartier, les policiers l’accusaient d’avoir rassemblé des centaines de copies de cartes d’identité nationale d’habitants de Bildigo, alors que, pour prouver leur citoyenneté et faire valoir leurs droits auprès de l’Etat, ces copies avaient été volontairement fournies par leurs titulaires à leur association locale de fait dont Farah est l’un des dirigeants. Le poète a été battu lors de son arrestation par le sergent-chef Ahmed Abdou Saïd dit Chari. Son épouse, Hawa Omar Abdillahi, qui a assisté à son arrestation, a été elle aussi battue par ce même sous-officier qui arbore sa qualité d’officier de police judiciaire comme un permis de torturer. Hawa Omar a perdu deux dents molaires et une troisième a été sérieusement abimée. Farah Moussa n’a pu se retenir face à cette violence sur son épouse et a tenté de s’interposer. Il a été maitrisé par d’autres policiers et n’a pu rien faire. Finalement, Hawa a été abandonnée sur place sans soins tandis que son époux était conduit au Commissariat de Hodan commandé par le commandant Elmi Daher Miguil dit Elmi Gess. Là, Farah Moussa, les mains attachées sur le dos et jeté à terre, a été violemment torturé par le sergent-chef Chari. Tout au long de la torture, le sergent-chef lui répétait qu’il pouvait lui faire ce qu’il voulait. Vers minuit, le poète a été transféré au poste de police de Hayabley dans un état lamentable. Il se tordait de douleur lorsque, vendredi 18 janvier 2103, un reporter de La Voix de Djibouti a réussi à le localiser et à lui parler. Il est resté détenu là, sans assistance médicale ni judiciaire jusqu’au dimanche 20 janvier 2013, date à laquelle il a été présenté à un substitut du procureur de la République. Le parquet l’a libéré.
Mardi 22 janvier 2013, Farah Moussa et son épouse Hawa Omar ont été examinés par un médecin dont le diagnostic est sans appel. Chez l’épouse, le médecin constate «une contracture cervicale douloureuse, des plaies gingivo-buccales et l’absence de deux molaires et la fragilité de la onzième». De sorte que son cas «nécessite une prise en charge odonto-stomatologique et un repos médical avec ITT de 25 jours sauf complications». Chez Farah Moussa Bouh, il constate «des douleurs apneïsantes, associées à des ecchymoses au niveau de l’hypochondre droit et du flanc homolatéral. Il ajoute : «A la palpation, il existe une douleur exquise». Il prescrit la «réalisation d’une radio thoracique, d’une ASP, d’une échographie abdomino-pelvienne et une consultation en chirurgie viscérale ainsi qu’un repos médical avec ITT de 30 jours sauf complications». Farah souffre encore des séquelles de la torture subie.
Voilà qui se passe de commentaire et rappelle qu’à Djibouti la torture est une pratique courante. A suivre.
Violée par six garçons restés impunis, elle s’est donné la mort
Elle s’appelait Aïcha Souleiman Ahmed et habitait à Balbala. Elle s’est immolée par le feu lundi 21 janvier 2013. Pourquoi ? Parce qu’elle avait été violée jeudi 17 janvier 2013 par une bande de six garçons suite à un guet-apens et que ces violeurs couraient encore, impunis. Cette double injustice (le viol et l’impunité des violeurs) lui a rendu la vie impossible, l’amenant à prendre la décision désespérée de mettre fin à ses jours. Dans la fleur de l’âge. Dans quel pays sommes-nous ? Ce qui est arrivé à la jeune Aïcha Souleiman Ahmed Foureh, est tout simplement révoltant. Cela révulse tout cœur et tout esprit normalement constitués.
La Voix de Djibouti présente ses condoléances à ses proches désemparés et éplorés. Allah l’accueille en son Paradis Eternel. Amin.
L’eau manque dans la capitale même en saison fraîche
Bien que nous soyons en saison fraîche, l’eau manque à Djibouti-ville. Les Djiboutois connaissent une situation de pénurie d’eau. Les robinets restent secs, désespérément secs, des heures, voire des jours, de sorte qu’il faut veiller la nuit durant dans l’espoir de quelque borborygme. Espoir trop souvent déçu. Devant la soif, l’impossible de se laver et de laver ses effets, il ne reste plus qu’à se tourner vers les citernes à eau. Des citernes qui, elles, ne manquent pas d’eau et qui appartiennent pour beaucoup à des dignitaires du régime. La rumeur grouille de noms. D’où la question de savoir ce que fait cet organisme au nom ronflant, l’Office national des eaux et de l’assainissement de Djibouti (ONEAD). Que font ses cadres ? Que fait le ministère de tutelle ? La soif, voilà une question d’une actualité sans cesse plus brûlante depuis plus de 37 ans. En 1977, déjà, il était question de lutter contre la soif dans le discours officiel. En 1999, le candidat Ismaël Omar Guelleh promettait de lutter contre la soif. En vain.
Dans la gestion de cette pénurie, certains secteurs de la capitale semblent volontairement défavorisés. C’est le cas du secteur où habite DAF à Maka Moukarama qui ne reçoit quasiment plus la moindre goutte d’eau. Tous les moyens sont bons aux yeux du régime…
La lutte contre la soif est l’un des nombreux échecs majeurs et socialement dévastateurs de ce régime.
Accident grave de la circulation près de Yoboki
Mercredi 30 janvier 2013, un véhicule transportant de jeunes Dikhilois invités à des activités pseudo-sportives organisées à Dikhil-ville par le Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, Djama Elmi Okieh, s’est renversé entre Yoboki et Dikhil-ville. L’accident a fait six blessés dont un grièvement. Il s’agit d’Amine Aden Ahmed. A suivre.
Message de condoléances
Le président du MRD, Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du parti présentent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Saïd Mohamed Kahin dit Saïd Pecoul, décédé dimanche 27 janvier 2013 en France. Ce fils du pays et haut fonctionnaire à la retraite avait servi au ministère de la Santé publique. Le défunt a été inhumé à Djibouti vendredi 1er février vers 4 heures. Il laisse une épouse et des enfants ainsi que le souvenir d’un homme attachant. Allah l’accueille en son Paradis Eternel. Amin.
Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),
Président du MRD
Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011
«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»
De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.
Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.
Le Renouveau Djiboutien :
D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.
Daher Ahmed Farah (DAF) :
Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.
Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.
Le Renouveau Djiboutien :
La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?
Daher Ahmed Farah :
Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.
Le Renouveau Djiboutien :
Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?
Daher Ahmed Farah :
Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.
Le Renouveau Djiboutien :
Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?
Daher Ahmed Farah :
La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.
Le Renouveau Djiboutien :
Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?
Daher Ahmed Farah :
C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.
Le Renouveau Djiboutien :
Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.
Daher Ahmed Farah :
Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques.
Le Renouveau Djiboutien :
Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?
Daher Ahmed Farah :
Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée.
Le Renouveau Djiboutien :
Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?
Daher Ahmed Farah :
Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.
Le Renouveau Djiboutien :
Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner?
Daher Ahmed Farah :
C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.
Le Renouveau Djiboutien:
Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?
Daher Ahmed Farah :
Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama.
Le Renouveau Djiboutien :
Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?
Daher Ahmed Farah :
Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011.
Le Renouveau Djiboutien :
Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?
Daher Ahmed Farah :
Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.
Le Renouveau Djiboutien :
L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?
Daher Ahmed Farah :
Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.
Le Renouveau Djiboutien :
Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?
Daher Ahmed Farah :
C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.
Le Renouveau Djiboutien :
Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?
Daher Ahmed Farah :
Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience.
Le Renouveau Djiboutien :
Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?
Daher Ahmed Farah :
Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.
Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.
Le Renouveau Djiboutien :
Merci, Monsieur le président.
Daher Ahmed Farah :
C’est moi qui vous remercie.
Trois dossiers de partis politiques, une seule autorisation
Depuis quelques mois, l’envie de créer un parti politique, s’est emparé de certains compatriotes djiboutiens. Certains semblent plutôt encouragés par le régime, d’autres, non. Une première formation, qui s’est baptisée Centre des démocrates unifiés (CDU), présidé par Omar Elmi Khaireh, ancien indépendantiste aujourd’hui rallié au régime, a obtenu sa légalisation en septembre 2012, tandis qu’une autre formation ayant pour président-fondateur un ancien notaire qui a été un temps actif dans les rangs de l’opposition, Djama Abdourahman Djama dit Andoleh, attend tranquillement sa légalisation. Il est une troisième création de parti politique qui retient notre attention : Mouvement pour le développement et la liberté (Model). Il s’agit d’une formation dont le dossier de légalisation, déposé jeudi 29 novembre 2012 par un groupe de cadres djiboutiens, composé en majorité d’oulémas (religieux), se heurte à l’hostilité du régime. L’indépendance d’esprit que manifestent les fondateurs ne semble point plaire au président Guelleh qui cherche vainement le moyen de les faire renoncer à leur initiative. Les offres habituelles d’argent public et de promotion professionnelle ne fonctionnent pas. Les proposions de sièges de député au titre du parti au pouvoir, le vomi RPP, non plus. Pas plus que les menaces et autres intimidations verbales. Probablement encouragés par le Printemps arabe, ces Djiboutiens maintiennent fermement leur demande de légalisation du parti, et la Loi les y autorise. D’où l’hostilité du régime dont l’accès de peur et de violence face à tout ce qui résiste, n’est jamais loin. A suivre.
Quand le Trésor public affiche l’insolvabilité de l’État de Djibouti
Nous l’écrivons depuis des mois, l’argent public vient à manquer en République de Djibouti, asséché par la corruption tous azimuts qui caractérise ce régime. De sorte que l’État ne parvient plus à payer ses salariés, ce que vient de rendre public le Trésor national en affichant une note annonçant la suspension du paiement de toutes les factures de fournisseurs jusqu‘à la fin de l’année 2012. Ce, dans l’espoir de payer, avec le peu d’argent public qui échappe à la corruption, les salaires des agents de l’administration. Nombre de ces derniers, notamment au ministère des Affaires étrangères, connaissent en effet des retards de salaires.
Les commerçants de la place Harbi se plaignent
A la Place Mahamoud Harbi de la capitale, les commerçants n’en peuvent plus. Ils sont harcelés de toutes parts par le régime qui est en mal d’argent suite aux ponctions massives qu’opère la corruption autorisée sur les deniers publics. «Pas un jour ne se passe sans que des agents de l’administration ne viennent nous demander de payer, nous confie un commerçant. Patente, bénéfice, voirie…les appellations fiscales changent, mais pas l’injonction à payer, alors que nous sommes en règle».
Halte à la corruption et au racket qu’elle entraîne et place à la bonne gestion !
Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti
Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:
Ø Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;
Ø Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;
Ø Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;
Ø Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.
Dikhil : le racket au timbre de la carte nationale d’identité
Selon nos informations, le préfet de Dikhil, Mohamed Cheiko Hassan, un habitué de nos colonnes, fait payer 8000 francs Djibouti de timbre aux administrés qui viennent se faire délivrer leur carte nationale d’identité. Au lieu des 2000 francs Djibouti légaux. Soit 6000 francs de racket par carte demandée. Halte au racket !
Recrutement des élèves instituteurs session 2012 :
Un curieux concours
La semaine dernière, ont été publiés sur le site internet du Centre de formation du personnel de l’éducation nationale (CFPEN), les résultats du concours de recrutement des élèves instituteurs, session 2012. Des résultats bien curieux. Ce qui est curieux dans ce concours c’est que plus le diplôme détenu par les candidats était élevé (il le reste), plus leurs chances de réussite se sont révélées faibles. Ainsi, des bacheliers ont surclassé des titulaires de licence. Est-ce à dire que trois ans d’études universitaires ont abouti à une sérieuse baisse de niveau chez ces candidats titulaires d’une licence ? Ou les lauréats bacheliers ont bénéficié de fuites d’épreuves, comme le murmurent certains ? Lien du site du CFPEN: http://www.cfpen.dj/index.php?option=com_content&task=view&id=32&Itemid=63).
Ali Abayazid, directeur-adjoint de la BCI dans la tourmente
Ali Abayazid Moussa, le plutôt jeune directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti (BCI), principal établissement bancaire de notre pays, dont l’actionnaire majoritaire est une banque française, la Banque régionale d’escompte et de dépôt (BRED), laquelle en détient 51%, serait dans la tourmente, accusé de corruption. Il lui serait notamment reproché par la BRED de s’être octroyé un vrai faux loyer au titre d’une parcelle de terrain nu lui appartenant et sise au quartier Salines-Ouest de la capitale, parcelle qu’il aurait fait passer pour le siège d’une antenne de la BCI. La supercherie lui aurait rapporté un loyer mensuel substantiel que certaines sources évaluent à quelques millions de francs Djibouti (par mois). Le sieur Ali Abayazid a de qui tenir puisqu’il a été à l’école d’un ancien ministre et ambassadeur à Bruxelles, Mohamed Moussa Chehem, qui ne passe pas pour un modèle d’intégrité, et qu’il est actuellement protégé par un certain Djama Mahamoud Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti.
Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent
Notre concitoyen et gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, par ailleurs beau-frère du président Ismaël Omar Guelleh, Djama Mahamoud Haïd, qui nous a pourtant interpellés par ses tweets, se mure encore dans le silence face à nos questions. En bons démocrates, nous n’en poursuivons pas moins nos questions. Aujourd’hui, c’est sur le troisième tweet que nous interrogeons l’influent beau-frère. Revoici le tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales». Nos lecteurs le remarquent, ce tweet suggère que son auteur détient des informations précises et qu’il sait que des Djiboutiens fortunés ont des comptes secrets dans des banques de Genève en Suisse. Nous lui demandons qui sont ces Djiboutiens. Nous lui demandons aussi pourquoi ils n’ont pas confiance dans les banques djiboutiennes dont il exerce la supervision en tant que patron de la Banque centrale de Djibouti. Autre question, quel effet lui fait-il de prendre connaissance de cette défiance ? S’il pense qu’il s’agit plutôt de l’argent mal acquis que l’on cherche à mettre à l’abri, pourquoi n’agit-il pas au lieu de se contenter d’un tweet vague ? Nous lui demandons enfin s’il ne fait pas lui-même partie de ces Djiboutiens fortunés qui cachent de l’argent à l’étranger. Pourquoi ne publiez-vous pas votre fortune, cher concitoyen, vous qui occupez un poste financièrement sensible et qui donnez des leçons de patriotisme économique ? De combien êtes-vous riche et depuis quand ? Nous vous attendons, concitoyen.
Message de condoléances
Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du MRD, adressent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Ahmed Assoweh Rirache, décédé en Belgique jeudi 29 novembre 2012. Allah accueille en son Paradis Éternel ce démocrate djiboutien. Amin.
Erratum
Le sieur Béchir, qui rédige le bulletin peu connu sur la place publique du fantomatique parti Union des partisans de la réforme (UPR), dont la création a été suscitée par le RPP au pouvoir dont il est l’un des satellites, s’appelle Béchir Maki et non Béchir Omar Abdoulkader. Il n’est donc pas le frère du procureur Maki Omar Abdoulkader mais politiquement et familialement proche de lui. Cette petite coquille ne dispense pas notre concitoyen Béchir de cesser ses agissements du ventre au détriment de la jeunesse et de la région de Tadjourah.
Lire dans la prochaine édition de La Voix de Djibouti :
En raison de la densité de notre présent numéro de LVD, nous avons décidé de reporter à la semaine prochaine la publication de l’interview que nous a accordée la grande Tawakkol Karman, journaliste et activiste pro-démocratie yéménite, qui avait été hautement distinguée par le Prix Nobel de la Paix 2011. Que nos lecteurs veuillent bien nous en excuser.

