Mercredi, Septembre 03, 2014
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La voix de Djibouti

Edition n° 150 du 02 février 2013

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 02 février 2013)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com et le site www.lavoixdedjibouti. Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime : http://lavoixdedjibouti.mirror.tengu.ch

 

DAF à Djibouti : un retour actif

Comme prévu, le président du MRD, Daher Ahmed Farah dit DAF, est bien rentré au pays natal, Djibouti. L’avion le ramenant d’Europe a atterri à l’Aéroport international d’Ambouli dimanche 13 janvier 2013 à 6 heures. Il a été accueilli à l’Aéroport par une forte délégation du MRD et du reste de l’Opposition emmenée par les vice-présidents du MRD, Mohamed Ahmed Kassim et Souleiman Farah Lodon. Dehors, empêchés d’accéder à l’Aéroport par un imposant dispositif de la police et de la Garde dite républicaine, de nombreux Djiboutiennes et Djiboutiens attendaient DAF. Ils se sont rassemblés devant le siège du MRD à Avenue Nasser, puis se sont déplacés à Maka-Moukarama au domicile de celui qu’ils accueillaient. Là, depuis la terrasse du logement, le président du MRD s’est adressé aux nombreux partisans venus lui souhaiter la bienvenue. Il les a chaleureusement remerciés et dit tout son bonheur d’être à nouveau parmi eux et parmi tous les autres Djiboutiens. Il leur a redit sa fidélité à la lutte pour le salut national, leur donnant rendez-vous pour les semaines à venir. Entre eux et lui, le contact était immédiat et la complicité forte en ce 13 janvier 2013. C’était un moment fort dont beaucoup se souviendront, à commencer par DAF. De l’émotion en abondance. De la joie sur les visages. Souvent jusqu’aux larmes. 

Sans tarder, et avec les autres dirigeants du MRD et de l’Opposition qui l’attendaient, DAF s’est jeté à corps perdu dans le travail avec pour priorité des priorités l’unité de l’Opposition. Objectif partagé par tous les partis djiboutiens d’opposition. Dès lors, par un effort collectif, par un travail d’équipe méritoire, les six partis politiques de l’opposition djiboutienne ont retrouvé leur unité. Ils se sont rassemblés sous la bannière d’une coalition unique, l’Union pour le salut national (USN), proclamée le 16 janvier 2013. L’USN s’est d’abord donné un porte-parole en la personne de DAF, puis un président en celle d’Ahmed Youssouf Houmed, président de l’ARD. Elle a aussi annoncé sa volonté collective de participation aux élections législatives du 22 février 2013, ce qui est un défi de taille compte tenu des conditions peu démocratiques dans lesquelles ce scrutin va se tenir. Un défi de taille mais point impossible à relever si le brave peuple djiboutien décide de reprendre ses droits de peuple souverain. L’emblème de l’USN est un soleil qui point à l’horizon, symbole de la lumière qui s’oppose à la nuit dictatoriale.

Bien entendu, le retour de DAF n’a pas fait la joie du régime. De sorte que celui-ci n’a pas pu résister à ses réflexes répressifs. Aussi a-t-il ciblé le journaliste en DAF, exhibant un prétendu délit de presse datant de 2003 et qui a fait l’objet d’une condamnation par la Cour suprême de Djibouti le 19 septembre 2004. Au profit du général Zakaria Cheik Ibrahim, numéro 2 de l’Armée, et de cinq membres ou ex-membres de la militaire Troupe Harbi. DAF a été convoqué et entendu par la Section de recherches et de documentation (SRD), unité de la Gendarmerie, le 17 janvier 2013 sur une plainte pour refus d’exécution. DAF a aisément réfuté cette accusation de refus d’exécution puisqu’il était tout simplement absent du pays pour cause d’exil lorsque cet arrêt a été rendu le 19 septembre 2004. Il est ressorti libre de cette audition et a pu se présenter en homme libre devant le procureur de la République, Maki Omar Abdoulkader, le samedi 19 janvier 2013. Au procureur, il a déclaré que, en dépit de son sentiment d’injustice à l’égard de cette condamnation, le caractère exécutoire et définitif de la décision de la Cour suprême ne lui laissait pas de choix et qu’il allait, selon ses possibilités, payer l’amende (20 000 francs Djibouti, soit plus de 100 dollars) et les dommages et intérêts (3 500 000 francs Djibouti, soit 20 000 dollars environ). Grâce à la générosité populaire, il a commencé à le faire, versant mardi 29 janvier 2013, par voie d’huissier, la somme de 350 000 francs Djibouti sur les 3 500 000 de dommages et intérêts. Il a également remis le reste des dommages et intérêts, soit 3 150 000 francs Djibouti, à un huissier pour paiement aux intéressés. Et il n’oublie pas l’amende. Mais le régime n’en est pas resté là et a de nouveau fait convoquer DAF par la SRD qui lui a demandé pourquoi il ne payait pas des dommages et intérêts à 17 autres militaires du Camp Cheik Osman, soit un montant de 17 x 500 000 francs Djibouti = 8 500 000 francs Djibouti. DAF a tout simplement renvoyé les enquêteurs à l’arrêt 88/P/AG/04 du 19 septembre 2004 qui casse et annule l’arrêt 128/03 du 9 juillet 2003 qui accordait à pas moins de 23 militaires de la Troupe Harbi des dommages et intérêts d’un montant total de 12 millions de francs Djibouti, ne retenant que six personnes dont le général Zakaria Cheik Ibrahim qui s’est vu accorder un million de francs Djibouti. Le conseil du général Zakaria et de la Troupe Harbi dans cette affaire, est Maître Aref Mohamed Aref.

Cette affaire, qui rappelle que le régime ne recule devant rien, y compris le ridicule le plus bas, pour nuire aux combattants de la liberté tels que DAF, restera gravée dans les mémoires comme l’une des illustrations de l’injustice dans ce pays.

La lutte continue. A suivre.

Naissance de l’Union pour le salut national

L’Union pour le salut national (USN) est donc née le 16 janvier 2013. Elle est née de la volonté des partis djiboutiens d’opposition de se retrouver et d’unir leurs forces au service du pays. Or, plus que jamais, le pays est à sauver de l’explosion et du chaos. D’où le choix de la dénomination Union pour le salut national. L’USN est composée de six partis, à savoir le MRD, l’ARD, l’UDJ, le PND, le PDD et le MoDel.

Elle s’est donné pour premier président Ahmed Youssouf Houmed, président de l’ARD, pour porte-parole Daher Ahmed Farah, président du MRD, et pour trésorier Sougueh Ahmed Robleh, président du MoDel.

La tête de liste de l’USN aux élections législatives du 22 février 2013 pour la principale circonscription du pays, Djibouti, est Ismaël Guedi Hared, président de l’UDJ et ancien président de l’ex-coalition Union pour l’alternance démocratique (UAD).

Cette unité retrouvée a été chaleureusement accueillie par le peuple djiboutien qui entend voter massivement pour l’USN le 22 février 2013 prochain. Elle a pris le régime au dépourvu car il tablait sur la division de l’Opposition.

Bon vent à l’USN.

Un poète djiboutien arrêté et torturé pour sympathie à l’égard du MRD

Farah Moussa Bouh (alias Farah Hassan Bouh), c’est son nom, vit à Balbala sur le lieu dit Bildigo (Bildhiqo en somali), non loin du parc à bestiaux. Il est poète et prône la démocratie, ce qui le rapproche de l’Opposition : il est sympathisant du MRD. Comme tel, il a fait partie du grand nombre de citoyens qui ont accueilli DAF dimanche 13 janvier 2013, psalmodiant des vers engagés de sa composition sur la terrasse du domicile du populaire chef du MRD. Cet engagement a fait de Farah Moussa Bouh une cible de la répression du régime. Aussi a-t-il été arrêté jeudi 17 janvier 2013 vers 8h 30 par des policiers du commissariat de Hodan à Balbala. Suite à une dénonciation par un indicateur du quartier, les policiers l’accusaient d’avoir rassemblé des centaines de copies de cartes d’identité nationale d’habitants de Bildigo, alors que, pour prouver leur citoyenneté et faire valoir leurs droits auprès de l’Etat, ces copies avaient été volontairement fournies par leurs titulaires à leur association locale de fait dont Farah est l’un des dirigeants. Le poète a été battu lors de son arrestation par le sergent-chef Ahmed Abdou Saïd dit Chari. Son épouse, Hawa Omar Abdillahi, qui a assisté à son arrestation, a été elle aussi battue par ce même sous-officier qui arbore sa qualité d’officier de police judiciaire comme un permis de torturer. Hawa Omar a perdu deux dents molaires et une troisième a été sérieusement abimée. Farah Moussa n’a pu se retenir face à cette violence sur son épouse et a tenté de s’interposer. Il a été maitrisé par d’autres policiers et n’a pu rien faire. Finalement, Hawa a été abandonnée sur place sans soins tandis que son époux était conduit au Commissariat de Hodan commandé par le commandant Elmi Daher Miguil dit Elmi Gess. Là, Farah Moussa, les mains attachées sur le dos et jeté à terre, a été violemment torturé par le sergent-chef Chari. Tout au long de la torture, le sergent-chef lui répétait qu’il pouvait lui faire ce qu’il voulait. Vers minuit, le poète a été transféré au poste de police de Hayabley dans un état lamentable. Il se tordait de douleur lorsque, vendredi 18 janvier 2103, un reporter de La Voix de Djibouti a réussi à le localiser et à lui parler. Il est resté détenu là, sans assistance médicale ni judiciaire jusqu’au dimanche 20 janvier 2013, date à laquelle il a été présenté à un substitut du procureur de la République. Le parquet l’a libéré. 

Mardi 22 janvier 2013, Farah Moussa et son épouse Hawa Omar ont été examinés par un médecin dont le diagnostic est sans appel. Chez l’épouse, le médecin constate «une contracture cervicale douloureuse, des plaies gingivo-buccales et l’absence de deux molaires et la fragilité de la onzième». De sorte que son cas «nécessite une prise en charge odonto-stomatologique et un repos médical avec ITT de 25 jours sauf complications». Chez Farah Moussa Bouh, il constate «des douleurs apneïsantes, associées à des ecchymoses au niveau de l’hypochondre droit et du flanc homolatéral. Il ajoute : «A la palpation, il existe une douleur exquise». Il prescrit la «réalisation d’une radio thoracique, d’une ASP, d’une échographie abdomino-pelvienne et une consultation en chirurgie viscérale ainsi qu’un repos médical avec ITT de 30 jours sauf complications». Farah souffre encore des séquelles de la torture subie.

Voilà qui se passe de commentaire et rappelle qu’à Djibouti la torture est une pratique courante. A suivre.

Violée par six garçons restés impunis, elle s’est donné la mort

Elle s’appelait Aïcha Souleiman Ahmed et habitait à Balbala. Elle s’est immolée par le feu lundi 21 janvier 2013. Pourquoi ? Parce qu’elle avait été violée jeudi 17 janvier 2013 par une bande de six garçons suite à un guet-apens et que ces violeurs couraient encore, impunis. Cette double injustice (le viol et l’impunité des violeurs) lui a rendu la vie impossible, l’amenant à prendre la décision désespérée de mettre fin à ses jours. Dans la fleur de l’âge. Dans quel pays sommes-nous ? Ce qui est arrivé à la jeune Aïcha Souleiman Ahmed Foureh, est tout simplement révoltant. Cela révulse tout cœur et tout esprit normalement constitués.

La Voix de Djibouti présente ses condoléances à ses proches désemparés et éplorés. Allah l’accueille en son Paradis Eternel. Amin.

L’eau manque dans la capitale même en saison fraîche

Bien que nous soyons en saison fraîche, l’eau manque à Djibouti-ville. Les Djiboutois connaissent une situation de pénurie d’eau. Les robinets restent secs, désespérément secs, des heures, voire des jours, de sorte qu’il faut veiller la nuit durant dans l’espoir de quelque borborygme. Espoir trop souvent déçu. Devant la soif, l’impossible de se laver et de laver ses effets, il ne reste plus qu’à se tourner vers les citernes à eau. Des citernes qui, elles, ne manquent pas d’eau et qui appartiennent pour beaucoup à des dignitaires du régime. La rumeur grouille de noms. D’où la question de savoir ce que fait cet organisme au nom ronflant, l’Office national des eaux et de l’assainissement de Djibouti (ONEAD). Que font ses cadres ? Que fait le ministère de tutelle ? La soif, voilà une question d’une actualité sans cesse plus brûlante depuis plus de 37 ans. En 1977, déjà, il était question de lutter contre la soif dans le discours officiel. En 1999, le candidat Ismaël Omar Guelleh promettait de lutter contre la soif. En vain.

Dans la gestion de cette pénurie, certains secteurs de la capitale semblent volontairement défavorisés. C’est le cas du secteur où habite DAF à Maka Moukarama qui ne reçoit quasiment plus la moindre goutte d’eau. Tous les moyens sont bons aux yeux du régime…

La lutte contre la soif est l’un des nombreux échecs majeurs et socialement dévastateurs de ce régime.

Accident grave de la circulation près de Yoboki

Mercredi 30 janvier 2013, un véhicule transportant de jeunes Dikhilois invités à des activités pseudo-sportives organisées à Dikhil-ville par le Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, Djama Elmi Okieh, s’est renversé entre Yoboki et Dikhil-ville. L’accident a fait six blessés dont un grièvement. Il s’agit d’Amine Aden Ahmed. A suivre.

Message de condoléances

Le président du MRD, Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du parti présentent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Saïd Mohamed Kahin dit Saïd Pecoul, décédé dimanche 27 janvier 2013 en France. Ce fils du pays et haut fonctionnaire à la retraite avait servi au ministère de la Santé publique. Le défunt a été inhumé à Djibouti vendredi 1er février vers 4 heures. Il laisse une épouse et des enfants ainsi que le souvenir d’un homme attachant. Allah l’accueille en son Paradis Eternel. Amin.

Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),

Président du MRD

Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011

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«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»

De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.

Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.

Le Renouveau Djiboutien :

D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.

Daher Ahmed Farah (DAF) :

Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.

Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.

Le Renouveau Djiboutien :

La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?

Daher Ahmed Farah :

Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.

Le Renouveau Djiboutien :

Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?

Daher Ahmed Farah :

Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.

Le Renouveau Djiboutien :

Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?

Daher Ahmed Farah :

La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.

Le Renouveau Djiboutien :

Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.

Le Renouveau Djiboutien :

Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.

Daher Ahmed Farah :

Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques.

Le Renouveau Djiboutien :

Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?

Daher Ahmed Farah :

Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée.

Le Renouveau Djiboutien :

Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?

Daher Ahmed Farah :

Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.

Le Renouveau Djiboutien :

Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.

Le Renouveau Djiboutien:

Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?

Daher Ahmed Farah :

Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama.

Le Renouveau Djiboutien :

Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011.

Le Renouveau Djiboutien :

Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?

Daher Ahmed Farah :

Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.

Le Renouveau Djiboutien :

L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.

Le Renouveau Djiboutien :

Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?

Daher Ahmed Farah :

C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.

Le Renouveau Djiboutien :

Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?

Daher Ahmed Farah :

Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience.

Le Renouveau Djiboutien :

Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?

Daher Ahmed Farah :

Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.

Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.

Le Renouveau Djiboutien :

Merci, Monsieur le président.

Daher Ahmed Farah :

C’est moi qui vous remercie.

Trois dossiers de partis politiques, une seule autorisation

Depuis quelques mois, l’envie de créer un parti politique, s’est emparé de certains compatriotes djiboutiens. Certains semblent plutôt encouragés par le régime, d’autres, non. Une première formation, qui s’est baptisée Centre des démocrates unifiés (CDU), présidé par Omar Elmi Khaireh, ancien indépendantiste aujourd’hui rallié au régime, a obtenu sa légalisation en septembre 2012, tandis qu’une autre formation ayant pour président-fondateur un ancien notaire qui a été un temps actif dans les rangs de l’opposition, Djama Abdourahman Djama dit Andoleh, attend tranquillement sa légalisation. Il est une troisième création de parti politique qui retient notre attention : Mouvement pour le développement et la liberté (Model). Il s’agit d’une formation dont le dossier de légalisation, déposé jeudi 29 novembre 2012 par un groupe de cadres djiboutiens, composé en majorité d’oulémas (religieux), se heurte à l’hostilité du régime. L’indépendance d’esprit que manifestent les fondateurs ne semble point plaire au président Guelleh qui cherche vainement le moyen de les faire renoncer à leur initiative. Les offres habituelles d’argent public et de promotion professionnelle ne fonctionnent pas. Les proposions de sièges de député au titre du parti au pouvoir, le vomi RPP, non plus. Pas plus que les menaces et autres intimidations verbales. Probablement encouragés par le Printemps arabe, ces Djiboutiens maintiennent fermement leur demande de légalisation du parti, et la Loi les y autorise. D’où l’hostilité du régime dont l’accès de peur et de violence face à tout ce qui résiste, n’est jamais loin. A suivre.

Quand le Trésor public affiche l’insolvabilité de l’État de Djibouti

Nous l’écrivons depuis des mois, l’argent public vient à manquer en République de Djibouti, asséché par la corruption tous azimuts qui caractérise ce régime. De sorte que l’État ne parvient plus à payer ses salariés, ce que vient de rendre public le Trésor national en affichant une note annonçant la suspension du paiement de toutes les factures de fournisseurs jusqu‘à la fin de l’année 2012. Ce, dans l’espoir de payer, avec le peu d’argent public qui échappe à la corruption, les salaires des agents de l’administration. Nombre de ces derniers, notamment au ministère des Affaires étrangères, connaissent en effet des retards de salaires.

Les commerçants de la place Harbi se plaignent

A la Place Mahamoud Harbi de la capitale, les commerçants n’en peuvent plus. Ils sont harcelés de toutes parts par le régime qui est en mal d’argent suite aux ponctions massives qu’opère la corruption autorisée sur les deniers publics. «Pas un jour ne se passe sans que des agents de l’administration ne viennent nous demander de payer, nous confie un commerçant. Patente, bénéfice, voirie…les appellations fiscales changent, mais pas l’injonction à payer, alors que nous sommes en règle».

Halte à la corruption et au racket qu’elle entraîne et place à la bonne gestion !

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti

Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

Ø Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

Ø Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

Ø Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

Ø Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Dikhil : le racket au timbre de la carte nationale d’identité

Selon nos informations, le préfet de Dikhil, Mohamed Cheiko Hassan, un habitué de nos colonnes, fait payer 8000 francs Djibouti de timbre aux administrés qui viennent se faire délivrer leur carte nationale d’identité. Au lieu des 2000 francs Djibouti légaux. Soit 6000 francs de racket par carte demandée. Halte au racket !

Recrutement des élèves instituteurs session 2012 :

Un curieux concours

La semaine dernière, ont été publiés sur le site internet du Centre de formation du personnel de l’éducation nationale (CFPEN), les résultats du concours de recrutement des élèves instituteurs, session 2012. Des résultats bien curieux. Ce qui est curieux dans ce concours c’est que plus le diplôme détenu par les candidats était élevé (il le reste), plus leurs chances de réussite se sont révélées faibles. Ainsi, des bacheliers ont surclassé des titulaires de licence. Est-ce à dire que trois ans d’études universitaires ont abouti à une sérieuse baisse de niveau chez ces candidats titulaires d’une licence ? Ou les lauréats bacheliers ont bénéficié de fuites d’épreuves, comme le murmurent certains ? Lien du site du CFPEN: http://www.cfpen.dj/index.php?option=com_content&task=view&id=32&Itemid=63).

Ali Abayazid, directeur-adjoint de la BCI dans la tourmente

Ali Abayazid Moussa, le plutôt jeune directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti (BCI), principal établissement bancaire de notre pays, dont l’actionnaire majoritaire est une banque française, la Banque régionale d’escompte et de dépôt (BRED), laquelle en détient 51%, serait dans la tourmente, accusé de corruption. Il lui serait notamment reproché par la BRED de s’être octroyé un vrai faux loyer au titre d’une parcelle de terrain nu lui appartenant et sise au quartier Salines-Ouest de la capitale, parcelle qu’il aurait fait passer pour le siège d’une antenne de la BCI. La supercherie lui aurait rapporté un loyer mensuel substantiel que certaines sources évaluent à quelques millions de francs Djibouti (par mois). Le sieur Ali Abayazid a de qui tenir puisqu’il a été à l’école d’un ancien ministre et ambassadeur à Bruxelles, Mohamed Moussa Chehem, qui ne passe pas pour un modèle d’intégrité, et qu’il est actuellement protégé par un certain Djama Mahamoud Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti.

Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent

Notre concitoyen et gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, par ailleurs beau-frère du président Ismaël Omar Guelleh, Djama Mahamoud Haïd, qui nous a pourtant interpellés par ses tweets, se mure encore dans le silence face à nos questions. En bons démocrates, nous n’en poursuivons pas moins nos questions. Aujourd’hui, c’est sur le troisième tweet que nous interrogeons l’influent beau-frère. Revoici le tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales». Nos lecteurs le remarquent, ce tweet suggère que son auteur détient des informations précises et qu’il sait que des Djiboutiens fortunés ont des comptes secrets dans des banques de Genève en Suisse. Nous lui demandons qui sont ces Djiboutiens. Nous lui demandons aussi pourquoi ils n’ont pas confiance dans les banques djiboutiennes dont il exerce la supervision en tant que patron de la Banque centrale de Djibouti. Autre question, quel effet lui fait-il de prendre connaissance de cette défiance ? S’il pense qu’il s’agit plutôt de l’argent mal acquis que l’on cherche à mettre à l’abri, pourquoi n’agit-il pas au lieu de se contenter d’un tweet vague ? Nous lui demandons enfin s’il ne fait pas lui-même partie de ces Djiboutiens fortunés qui cachent de l’argent à l’étranger. Pourquoi ne publiez-vous pas votre fortune, cher concitoyen, vous qui occupez un poste financièrement sensible et qui donnez des leçons de patriotisme économique ? De combien êtes-vous riche et depuis quand ? Nous vous attendons, concitoyen.

Message de condoléances

Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du MRD, adressent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Ahmed Assoweh Rirache, décédé en Belgique jeudi 29 novembre 2012. Allah accueille en son Paradis Éternel ce démocrate djiboutien. Amin.

Erratum

Le sieur Béchir, qui rédige le bulletin peu connu sur la place publique du fantomatique parti Union des partisans de la réforme (UPR), dont la création a été suscitée par le RPP au pouvoir dont il est l’un des satellites, s’appelle Béchir Maki et non Béchir Omar Abdoulkader. Il n’est donc pas le frère du procureur Maki Omar Abdoulkader mais politiquement et familialement proche de lui. Cette petite coquille ne dispense pas notre concitoyen Béchir de cesser ses agissements du ventre au détriment de la jeunesse et de la région de Tadjourah.

Lire dans la prochaine édition de La Voix de Djibouti :

En raison de la densité de notre présent numéro de LVD, nous avons décidé de reporter à la semaine prochaine la publication de l’interview que nous a accordée la grande Tawakkol Karman, journaliste et activiste pro-démocratie yéménite, qui avait été hautement distinguée par le Prix Nobel de la Paix 2011. Que nos lecteurs veuillent bien nous en excuser.
   

Edition n° 149 du 06 janvier 2013

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 06 janvier 2013)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com et le site www.lavoixdedjibouti. Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime : http://lavoixdedjibouti.mirror.tengu.ch

 

La répression du régime a fait un mort et plusieurs blessés à Obock


Pour dimanche 30 décembre 2012, à Obock, dans le nord de Djibouti, le sous-ministre Djama Elmi Okieh, en charge de la Jeunesse et des Sports, a voulu organiser ce qu’il appelle des journées omnisports, initiative qui n’a pas apporté la preuve de son authenticité sportive dans les régions qui l’ont jusqu’ici accueillie. http://www.lavoixdedjibouti.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/wordpress/img/trans.gifLes Obockois ont, par avance, exprimé leur opposition à ces journées, invoquant notamment l’insuffisance des installations sportives locales, le dernier entrepreneur choisi par le régime n’ayant jamais achevé ses travaux. Mais le sous-ministre s’est braqué et a maintenu l’organisation de ses douteuses journées omnisports. Alors, le jour du lancement des dites journées, dimanche 30 décembre 2012, les Obockois ont manifesté contre ce maintien qu’ils ont perçu comme un signe de mépris. Des gendarmes que le sous-ministre Okieh a fait venir de la capitale, ont réprimé la manifestation. La plupart des gendarmes ont fait usage de gaz lacrymogène mais certains ont tiré des balles réelles. Cette violence gratuite a tué un jeune collégien de 13 ans, Hafez Mohamed Hassan, atteint par un tir à bout portant de gaz lacrymogène, et a fait une vingtaine de blessés dont l'un, un autre adolescent de 13 ans, Hachim Mohamed Hassan, est dans le coma depuis lors. Deux autres blessés, Ahmed et Omar Ali Mohamed, ont été grièvement touchés. En outre, une vingtaine d’arrestations ont été opérées par les gendarmes.

Nos sincères condoléances à la famille du jeune Hafez Mohamed Hassan et notre sympathie aux familles des blessés. Lire en fin de journal le communiqué de presse du MRD sur cette répression. 


Accident meurtrier de la circulation dans la capitale


Un accident meurtrier de la circulation s’est produit hier samedi 5 janvier 2013 dans la capitale suite à une collision entre un minibus et un bus. Survenu sur la route d’Arta devant la caserne centrale de la police, le sinistre a coûté la vie à une personne, un fonctionnaire de la direction de la Population, Hassan Wadad, et en a grièvement blessé plusieurs autres. Disposant de peu de sang testé faute de réactifs (incroyable mais vrai), l’hôpital général Peltier a peiné pour secourir les blessés. Nos sincères condoléances à la famille et aux proches du défunt et prompt rétablissement aux blessés.


Dopée par le retour imminent de DAF, l’UAD réussit son meeting du 1er Janvier 2013


La coalition Union pour l’alternance démocratique (UAD), qui regroupe notamment l’Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared et le MRD dont le président Daher Ahmed Farah (DAF) rentre bientôt d’exil, a organisé un meeting populaire le 1er Janvier 2013 dans la capitale, Avenue Nasser, devant les sièges de ces deux formations. Les Djiboutiens sont venus nombreux, nettement plus nombreux qu’au dernier rassemblement en date. Ils se sont déplacés par milliers. Les dirigeants présents se sont succédés au micro. Le dynamique Farah Abadid Hildid a été le premier à prendre la parole. En tant que vice-président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH), il a dénoncé avec vigueur la violence de la répression que le régime a perpétrée à Obock. Cette violence a tué un jeune de 13 ans, Hafez Mohamed Hassan, et en a blessé une autre vingtaine dont un autre adolescent de 13 ans, Hachim Hassan Mohamed, plongé depuis lors dans le coma. Abadid a demandé que les responsabilités soient établies dans cette affaire et que tous les coupables soient punis. Signalons que les organisations de défense des droits humains (lire sur notre site les communiqués de la FIDH, de la LDDH, de l’ORDHD, ou encore de l’ODDH) ont vivement réagi à cette violence sanglante et gratuite, qui ne doit pas rester impunie. Farah Abadid a passé le microphone au vice-président du MRD, Souleiman Farah Lodon, qui a démystifié ce que le régime entend par dose de proportionnelle de 20%, dose applicable aux prochaines élections législatives du 22 février 2013. S’exprimant à son tour, le président de l’UDJ, Ismaël Guedi Hared, a fustigé la malgouvernance chronique et le vol à grande échelle des biens de l’État.

Lors de ce meeting réussi, dont le retour annoncé de DAF a contribué au succès selon de nombreux observateurs, les dirigeants de l’UAD ont confirmé aux participants que le président du MRD rentre à Djibouti dans les jours qui viennent. Cette confirmation a été chaleureusement accueillie, ce qui augure d’un accueil populaire massif en faveur de DAF. Lire notre article ci-après.


Le président du MRD rentre à Djibouti le 13 janvier 2013


La date est précisée, le président du MRD, Daher Ahmed Farah, rentre le 13 janvier 2013 à 6 heures du matin à Djibouti. Il rentre d’un long exil qui l’a éloigné du pays durant près de dix ans. Il avait en effet quitté Djibouti en janvier 2004 et vivait exilé en Belgique depuis lors. Inutile de vous rappeler que, durant son exil, le président du MRD n’a pas ménagé ses efforts pour l’avènement de la démocratie et de la justice à Djibouti. Là-bas, il a continué de consacrer son temps et son énergie à la lutte pour le changement démocratique dans notre pays. Il a beaucoup agi auprès de la diaspora, faisant par exemple du MRD le premier parti djiboutien à étendre et à ancrer sa présence à l’extérieur de nos frontières. Il a aussi agi auprès des démocrates du monde, qu’ils soient décideurs politiques ou membres de la société civile. Actif à la fois sur le terrain politique, dans l’espace journalistique et dans la défense des droits humains, il n’a jamais dévié de son engagement au service de son peuple malmené par le déni de liberté et ses multiples méfaits. Il rentre aujourd’hui, la foi toujours ardente en la justesse de la cause du changement démocratique et en la capacité des Djiboutiens à forger leur destin. Dans l’unité imaginative et l’effort soutenu.

Bienvenu au pays bien aimé, DAF. Bienvenu parmi tes concitoyens. Tu es accueilli à bras, cœurs et esprits ouverts.

La lutte continue.

Les jeunes de Djibouti manifestent leur solidarité avec ceux d’Obock


Depuis la répression sanglante qui s’est abattue sur la ville d’Obock dimanche 30 décembre 2012, répression exécutée par des gendarmes, la colère gronde dans la capitale, jeunesse en tête. Ainsi, les élèves du lycée d’État de Djibouti se sont mis en grève jeudi 3 Janvier 2013 pour protester contre la violence de l’arbitraire qui a tué le jeune Hafez Mohamed Hassan à Obock et en a blessé de nombreux autres. Le régime a bloqué les lycéens à l’intérieur de l’établissement en déployant sa police tout autour. Des débuts de manifestations de solidarité avec Hayou (l’autre nom d’Obock) ont également été signalés à Balbala et à Arhiba.


Santé publique :

Les paramédicaux attendent leur prime de garde depuis cinq mois


Selon des informations de première main parvenues à La Voix de Djibouti, le personnel paramédical (infirmiers, aide-infirmiers, sages-femmes, etc.) de la Santé publique, n’a pas touché sa prime de garde depuis cinq mois. Ces agents de santé attendent les primes d’août, septembre, octobre, novembre et décembre 2012. S’ils continuent d’assurer leur tour de garde dans les centres de santé auxquels ils sont affectés, par conscience professionnelle et dans l’intérêt des malades, ils n’en restent pas moins mécontents. L’idée d’une grève de protestation contre ce retard, commence même à germer dans certains esprits. Voilà qui soulève la question de l’usage de l’argent public que collecte le ministère des Finances et qui est censé couvrir les dépenses publiques. Où va donc cet argent, ministre Ilyas Moussa Dawaleh ? Les caisses du Trésor sont-elles à ce point vides ? Si oui, vous devez des explications aux contribuables djiboutiens dont vous êtes censé gérer l’argent.


Trois personnes arrêtées aux Quartiers 4 et 5 de la capitale par les services secrets du régime


Quelques jours après la répression qui a endeuillé Obock le 30 décembre 2012, soit le jeudi 3 janvier 2013, trois paisibles habitants des quartiers populaires 4 et 5 de la capitale, ont été arrêtés par des agents des services spéciaux, le sinistre Service de documentation et de Sécurité (SDS), escortés de gendarmes du détachement GIGN (Notons ce copier-coller). Il s’agit de Houssein Abdillahi, qui vit au Quartier 5 et travaille pour la Société Djib-Clean, de Mohamed Ahmed Nour, ressortissant éthiopien qui travaille dans une boulangerie du Quartier 4, et d’une troisième personne dont nous recherchons l’identité. Houssein Abdillahi aurait été relâché samedi soir, mais pas les deux autres. Leurs proches sont sans nouvelles d’eux depuis leur arrestation. Ces personnes doivent probablement être détenues et torturées dans les sinistres locaux du SDS.


La soirée dansante du sous-ministre Okieh rejetée à Damerjog

Après la jeunesse d’Obock le 30 décembre 2012, les jeunes de Damerjog ont vivement rejeté l’idée de soirée dansante que leur a proposée le sous-ministre agité de la Jeunesse et des Sports, Djama Elmi Okieh. Ils lui ont rappelé qu’ils ont besoin, non pas de danser, mais de liberté d’expression, de formation, d’emploi, de logement, de santé, bref d’avenir. Belle leçon de dignité et de solidarité de la part de ces jeunes de Damerjog.

Des travailleurs de Damerjog s’estiment lésés

Les employés du centre d’exportation de bétail de Damerjog, dont le patron officiel est un certain Abou Yasser, et de la société de droit yéménite qui construit la route devant relier Damerjog à la capitale, se plaignent. Ils dénoncent des retards de salaires, des salaires trop bas et d’autres mauvaises conditions de travail.

Damerjog : la secrétaire d’État à la pauvreté parle d’embaucher des habitantes alors que celles déjà au travail ne sont pas payées

Jeudi 3 Janvier 2013, la Secrétaire d’État à la lutte contre la pauvreté, Zahra Youssouf Kayad, flanquée de cadres de l’Agence djiboutienne de développement social (ADDS) et d’officiels de la région Arta/Wea, s’est rendue à Damerjog. En bon soldat du régime, elle a proposé à 200 habitantes de Damerjog et des localités voisines un modique salaire mensuel en échange d’un travail de nettoyage de l’environnement local. Longtemps négligé, celui-ci est colonisé, on le sait, par les sacs en plastique et autres détritus en tous genres. Or, les officiels de Damerjog ont déjà embauché des dizaines d’habitantes locales pour l’enlèvement des ordures, c’est-à-dire comme employées de voirie, travail dont elles attendent toujours le salaire. Cela fait des mois qu’elles triment sans rien toucher. La secrétaire d’État doit donc commencer par dégager des ressources financières pour ces pauvres femmes déjà en service. A moins que, comme nous le soupçonnons, il ne s’agisse encore une fois de mentir pour les besoins de la campagne électorale que le régime peine à lancer. A suivre.

Communiqué de presse du MRD sur la violence du régime à Obock

«La violence de l’arbitraire a tué un collégien et blessé de nombreux autres jeunes à Obock

Dans un geste irresponsable, le secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, Djama Elmi Okieh, a voulu imposer, dimanche 30 décembre 2012, ce qu’il appelle des journées omnisports à la population d’Obock, chef-lieu appauvri du district non moins appauvri du même nom, où l’argent public finançant cette opération douteuse aurait pu être dirigé vers des besoins plus urgents. La jeunesse de cette ville peu pourvue d’équipements sportifs, a manifesté contre l’arrogance du secrétaire d’État. En représailles, les gendarmes que ce membre du gouvernement a fait venir de la capitale, ont chargé les manifestants, à la fois au gaz lacrymogène et à balles réelles. Cette violence aveugle a tué un collégien de 13 ans, Hafez Mohamed Hassan, mortellement touché par une grenade lacrymogène tirée à bout portant (selon nos informations). Une vingtaine d’autres manifestants dont un autre collégien de 13 ans, Hachim Hassan Mohamed, plongé dans le coma depuis lors, et deux frères (Ahmed et Omar Ali Mohamed) grièvement atteints, ont été blessés. Très peu de blessés ont été évacués vers la capitale pour des soins appropriés. Les gendarmes ont aussi arrêté plus d’une vingtaine de manifestants.

A ce jour, aucune sanction n’a été prise à l’encontre des décideurs comme des auteurs de cette violence d’État gratuite. C’est totalement inacceptable. Toute la lumière doit être faite sur cette tragique affaire et la loi appliquée à ceux qui ont fauté.

Au nom du MRD comme en mon nom de citoyen et de père, je présente mes sincères condoléances à la famille du jeune Hafez Mohamed Hassan, injustement mort avant d’avoir vécu. Aux familles des blessés et des manifestants arbitrairement interpellés, j’adresse notre sympathie et notre solidarité. Toutes les personnes injustement arrêtées doivent être libérées sans condition.

L’injustice sanglante qui vient de s’abattre sur Obock, nous rappelle l’urgence d’une autre gouvernance dans ce pays. Le jeune Hafez et tous les autres compatriotes tombés comme lui la dignité haut brandie, ne doivent pas être morts pour rien.

Bruxelles, le 2 Janvier 2013

Daher Ahmed Farah

Président du MRD»


Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti


Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indhabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

-Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

-Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

-Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

-Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

 

Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),

Président du MRD

Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011

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«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»

De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.

Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.

Le Renouveau Djiboutien :

D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.

Daher Ahmed Farah (DAF) :

Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.

Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.

Le Renouveau Djiboutien :

La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?

Daher Ahmed Farah :

Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.

Le Renouveau Djiboutien :

Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?

Daher Ahmed Farah :

Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.

Le Renouveau Djiboutien :

Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?

Daher Ahmed Farah :

La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.

Le Renouveau Djiboutien :

Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.

Le Renouveau Djiboutien :

Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.

Daher Ahmed Farah :

Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques.

Le Renouveau Djiboutien :

Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?

Daher Ahmed Farah :

Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée.

Le Renouveau Djiboutien :

Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?

Daher Ahmed Farah :

Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.

Le Renouveau Djiboutien :

Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.

Le Renouveau Djiboutien:

Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?

Daher Ahmed Farah :

Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama.

Le Renouveau Djiboutien :

Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011.

Le Renouveau Djiboutien :

Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?

Daher Ahmed Farah :

Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.

Le Renouveau Djiboutien :

L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.

Le Renouveau Djiboutien :

Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?

Daher Ahmed Farah :

C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.

Le Renouveau Djiboutien :

Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?

Daher Ahmed Farah :

Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience.

Le Renouveau Djiboutien :

Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?

Daher Ahmed Farah :

Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.

Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.

Le Renouveau Djiboutien :

Merci, Monsieur le président.

Daher Ahmed Farah :

C’est moi qui vous remercie.

Trois dossiers de partis politiques, une seule autorisation

Depuis quelques mois, l’envie de créer un parti politique, s’est emparé de certains compatriotes djiboutiens. Certains semblent plutôt encouragés par le régime, d’autres, non. Une première formation, qui s’est baptisée Centre des démocrates unifiés (CDU), présidé par Omar Elmi Khaireh, ancien indépendantiste aujourd’hui rallié au régime, a obtenu sa légalisation en septembre 2012, tandis qu’une autre formation ayant pour président-fondateur un ancien notaire qui a été un temps actif dans les rangs de l’opposition, Djama Abdourahman Djama dit Andoleh, attend tranquillement sa légalisation. Il est une troisième création de parti politique qui retient notre attention : Mouvement pour le développement et la liberté (Model). Il s’agit d’une formation dont le dossier de légalisation, déposé jeudi 29 novembre 2012 par un groupe de cadres djiboutiens, composé en majorité d’oulémas (religieux), se heurte à l’hostilité du régime. L’indépendance d’esprit que manifestent les fondateurs ne semble point plaire au président Guelleh qui cherche vainement le moyen de les faire renoncer à leur initiative. Les offres habituelles d’argent public et de promotion professionnelle ne fonctionnent pas. Les proposions de sièges de député au titre du parti au pouvoir, le vomi RPP, non plus. Pas plus que les menaces et autres intimidations verbales. Probablement encouragés par le Printemps arabe, ces Djiboutiens maintiennent fermement leur demande de légalisation du parti, et la Loi les y autorise. D’où l’hostilité du régime dont l’accès de peur et de violence face à tout ce qui résiste, n’est jamais loin. A suivre.

Quand le Trésor public affiche l’insolvabilité de l’État de Djibouti

Nous l’écrivons depuis des mois, l’argent public vient à manquer en République de Djibouti, asséché par la corruption tous azimuts qui caractérise ce régime. De sorte que l’État ne parvient plus à payer ses salariés, ce que vient de rendre public le Trésor national en affichant une note annonçant la suspension du paiement de toutes les factures de fournisseurs jusqu‘à la fin de l’année 2012. Ce, dans l’espoir de payer, avec le peu d’argent public qui échappe à la corruption, les salaires des agents de l’administration. Nombre de ces derniers, notamment au ministère des Affaires étrangères, connaissent en effet des retards de salaires.

Les commerçants de la place Harbi se plaignent

A la Place Mahamoud Harbi de la capitale, les commerçants n’en peuvent plus. Ils sont harcelés de toutes parts par le régime qui est en mal d’argent suite aux ponctions massives qu’opère la corruption autorisée sur les deniers publics. «Pas un jour ne se passe sans que des agents de l’administration ne viennent nous demander de payer, nous confie un commerçant. Patente, bénéfice, voirie…les appellations fiscales changent, mais pas l’injonction à payer, alors que nous sommes en règle».

Halte à la corruption et au racket qu’elle entraîne et place à la bonne gestion !

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti

Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

Ø Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

Ø Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

Ø Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

Ø Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Dikhil : le racket au timbre de la carte nationale d’identité

Selon nos informations, le préfet de Dikhil, Mohamed Cheiko Hassan, un habitué de nos colonnes, fait payer 8000 francs Djibouti de timbre aux administrés qui viennent se faire délivrer leur carte nationale d’identité. Au lieu des 2000 francs Djibouti légaux. Soit 6000 francs de racket par carte demandée. Halte au racket !

Recrutement des élèves instituteurs session 2012 :

Un curieux concours

La semaine dernière, ont été publiés sur le site internet du Centre de formation du personnel de l’éducation nationale (CFPEN), les résultats du concours de recrutement des élèves instituteurs, session 2012. Des résultats bien curieux. Ce qui est curieux dans ce concours c’est que plus le diplôme détenu par les candidats était élevé (il le reste), plus leurs chances de réussite se sont révélées faibles. Ainsi, des bacheliers ont surclassé des titulaires de licence. Est-ce à dire que trois ans d’études universitaires ont abouti à une sérieuse baisse de niveau chez ces candidats titulaires d’une licence ? Ou les lauréats bacheliers ont bénéficié de fuites d’épreuves, comme le murmurent certains ? Lien du site du CFPEN: http://www.cfpen.dj/index.php?option=com_content&task=view&id=32&Itemid=63).

Ali Abayazid, directeur-adjoint de la BCI dans la tourmente

Ali Abayazid Moussa, le plutôt jeune directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti (BCI), principal établissement bancaire de notre pays, dont l’actionnaire majoritaire est une banque française, la Banque régionale d’escompte et de dépôt (BRED), laquelle en détient 51%, serait dans la tourmente, accusé de corruption. Il lui serait notamment reproché par la BRED de s’être octroyé un vrai faux loyer au titre d’une parcelle de terrain nu lui appartenant et sise au quartier Salines-Ouest de la capitale, parcelle qu’il aurait fait passer pour le siège d’une antenne de la BCI. La supercherie lui aurait rapporté un loyer mensuel substantiel que certaines sources évaluent à quelques millions de francs Djibouti (par mois). Le sieur Ali Abayazid a de qui tenir puisqu’il a été à l’école d’un ancien ministre et ambassadeur à Bruxelles, Mohamed Moussa Chehem, qui ne passe pas pour un modèle d’intégrité, et qu’il est actuellement protégé par un certain Djama Mahamoud Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti.

Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent

Notre concitoyen et gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, par ailleurs beau-frère du président Ismaël Omar Guelleh, Djama Mahamoud Haïd, qui nous a pourtant interpellés par ses tweets, se mure encore dans le silence face à nos questions. En bons démocrates, nous n’en poursuivons pas moins nos questions. Aujourd’hui, c’est sur le troisième tweet que nous interrogeons l’influent beau-frère. Revoici le tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales». Nos lecteurs le remarquent, ce tweet suggère que son auteur détient des informations précises et qu’il sait que des Djiboutiens fortunés ont des comptes secrets dans des banques de Genève en Suisse. Nous lui demandons qui sont ces Djiboutiens. Nous lui demandons aussi pourquoi ils n’ont pas confiance dans les banques djiboutiennes dont il exerce la supervision en tant que patron de la Banque centrale de Djibouti. Autre question, quel effet lui fait-il de prendre connaissance de cette défiance ? S’il pense qu’il s’agit plutôt de l’argent mal acquis que l’on cherche à mettre à l’abri, pourquoi n’agit-il pas au lieu de se contenter d’un tweet vague ? Nous lui demandons enfin s’il ne fait pas lui-même partie de ces Djiboutiens fortunés qui cachent de l’argent à l’étranger. Pourquoi ne publiez-vous pas votre fortune, cher concitoyen, vous qui occupez un poste financièrement sensible et qui donnez des leçons de patriotisme économique ? De combien êtes-vous riche et depuis quand ? Nous vous attendons, concitoyen.

Message de condoléances

Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du MRD, adressent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Ahmed Assoweh Rirache, décédé en Belgique jeudi 29 novembre 2012. Allah accueille en son Paradis Éternel ce démocrate djiboutien. Amin.

Erratum

Le sieur Béchir, qui rédige le bulletin peu connu sur la place publique du fantomatique parti Union des partisans de la réforme (UPR), dont la création a été suscitée par le RPP au pouvoir dont il est l’un des satellites, s’appelle Béchir Maki et non Béchir Omar Abdoulkader. Il n’est donc pas le frère du procureur Maki Omar Abdoulkader mais politiquement et familialement proche de lui. Cette petite coquille ne dispense pas notre concitoyen Béchir de cesser ses agissements du ventre au détriment de la jeunesse et de la région de Tadjourah.

Lire dans la prochaine édition de La Voix de Djibouti :

En raison de la densité de notre présent numéro de LVD, nous avons décidé de reporter à la semaine prochaine la publication de l’interview que nous a accordée la grande Tawakkol Karman, journaliste et activiste pro-démocratie yéménite, qui avait été hautement distinguée par le Prix Nobel de la Paix 2011. Que nos lecteurs veuillent bien nous en excuser.
   

Edition n° 148 du 30 décembre 2012

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 30 décembre 2012)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com et le site www.lavoixdedjibouti. Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime : http://lavoixdedjibouti.mirror.tengu.ch

 

Urgent : La santé est au bord du gouffre !!!

Par un citoyen indigné

Depuis la nomination par décret en mai 2011 de ce jeune ministre à la Santé, Ali Yacoub Mahamoud, il se complait dans la fonction de Ministre, peu importe les défis à relever en matière de santé qui sont son dernier souci.

Pour illustrer le propos, l'unique banque de sang existant sur toute l'étendue du territoire national sera incessamment fermée pour la simple raison que les réactifs et autres produits sont en rupture de stock. Pour preuve, le dernier échantillon de 91 poches a été testé et aucun prélèvement ou transfusion de sang ne sera plus possible. Si éventuellement, l'ordre était donné, pour camoufler ce problème de santé publique, de continuer d’effectuer un prélèvement sanguin sans test préalable, ceci serait considéré comme un acte criminel contre notre propre population.

Quant à l'hôpital de référence qu'est l'hôpital Peltier, il se meurt. Il suffit de faire un tour dans les services hospitaliers où il y a un manque criant de produits de base. Ainsi, va la santé sous Ali yacoub. Pourtant ce jeune Ministre est bardé de diplômes selon son autobiographie figurant sur son album-photos pour ne pas dire le site du Ministère de la santé : www.santegouv.dj. Apparemment, la mégalomanie est contagieuse.

Vu notre système de santé défaillant, aggravé par l’incompétence notoire de ce jeune ministre de la Santé, pour nous distraire, la dernière recette trouvée est d'envoyer des invitations pour le mercredi 26 Décembre à toutes les entreprises privées pour une journée intitulée «Portes ouvertes de l'hôpital Régional d’Arta». Ce dernier a été inauguré en grande pompe par le président de la République il y a de cela 3 mois sans pourtant disponibiliser toutes les ressources nécessaires en personnel ainsi que les services de spécialités que doivent comporter un hôpital digne de ce nom.

A ce jour, cet hôpital est fonctionnel uniquement pendant les heures de travail, c'est-à-dire de 7 à 14 heures.

Qu'en est-il de l'hôpital Régional d'Ali Sabieh ? La fin du chantier est prévue pour Juin 2013 et l'opérationnalisation de ses activités pour Juillet 2013. Mais les travaux sont suspendus et ce qui est sûr et certain, c’est que, au rythme d’Ali Yacoub, rien ne se fera à ces dates. Il faut espérer le prochain train. Entre temps, les Assajogs et les Okarois attendront.

Malheureusement, pour ce ministre, faire de la politique c’est paraître à la télévision ou organiser des ateliers ainsi que des journées portes ouvertes. Or, on le voit, ce n’est pas cela qui sauve notre système de santé.

Hélas, tout ceci est la stricte réalité et la population en souffre énormément. A suivre.

Le dispensaire de Grande Doudah toujours fermé


Le chantier du dispensaire de Grande Doudah est achevé depuis deux ans, après deux longues années de travaux. Pourtant, il n’est toujours pas opérationnel. Les malades restent sans assistance médicale tandis que les gardiens ne sont pas payés depuis deux ans Le régime maintient cet équipement sanitaire fermé, probablement pour l’inaugurer dans le cadre du tapage pour les élections législatives du 22 Février 2013.

A Yoboki, DAF et le MRD sont les bienvenus, pas le régime

Le parti unique au pouvoir depuis l’Indépendance, le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), et le régime qui en est issu, s’agitent à l’approche des élections législatives du 22 février 2013. Le vice-président du RPP et ministre de la Défense, Abdoulkader Kamil Mohamed, court dans tous les sens. C’est ainsi qu’il s’est rendu vendredi 28 décembre 2012 à Yoboki dans la région de Dikhil en compagnie du ministre de l’Éducation nationale, Moussa Ahmed Hassan, et de la sous-ministre de la Pauvreté, Zahra Youssouf Kayad, tous deux originaires de Dikhil, pour dérouler le discours habituel du mensonge et de la mauvaise foi. Les Yobokois n’y sont pas allés par quatre chemins : ils ont blanchi les flancs de leurs collines d’une éloquente «Bienvenue à DAF» (initiales de Daher Ahmed Farah, président du parti d’opposition MRD dont le retour d’exil est imminent) et ont ostensiblement boycotté la délégation du RPP. Le sieur Abdoulkader Kamil Mohamed a quand même tenté le dialogue, mais rien n’y a fait. Devant la détermination des Yobokois, les dignitaires de l’État-RPP ont dû rebrousser chemin, tout penauds.

Bravo aux Yobokois pour cette leçon de liberté et ce choix de la dignité.

A Ambouli aussi, le RPP est indésirable

Au quartier Ambouli de la capitale, une autre délégation du RPP conduite par le même Abdoulkader Kamil Mohamed, a été éconduite samedi 29 décembre au soir, y compris par les rares membres de l’annexe locale du RPP. Pire, la visite de la délégation a été marquée par des jets de pierres. Décidément, le RPP est partout vomi par le peuple djiboutien.

Des concours qui n’en sont pas


Le niveau du chômage étant ce qu’il est, c’est-à-dire massif, chaque concours attire un nombre impressionnant de candidats. Mais aucun concours ne semble organisé de manière honnête. Tous font l’objet de critiques sévères quant à leur équité. Parmi les critiques, il y a le reproche que beaucoup de celles et ceux qui sont retenus n’ont même pas passé le concours et apparaissent brusquement sur la liste des sélectionnés, à la place des vrais admis. Il nous a semblé édifiant de faire un bref tour des plus récents de ces vrais faux concours. En septembre 2012, sur un millier de candidats, le concours de recrutement des élèves instituteurs, qui s’est déroulé aux collèges d’enseignement fondamental d’Ambouli et de Palmeraie, n’a retenu que 50 personnes dont une majorité de bacheliers. Pourtant, les licenciés étaient nombreux parmi les candidats ayant composé. Encore en septembre 2012, un concours de recrutement de futurs pompiers du Port, auquel se seraient présentés plus de 2000 personnes, n’a retenu que 35 candidats et non les meilleurs. Quant au concours d’infirmiers, il a déplacé pas moins de 800 candidats, toujours en septembre 2012, à l'université de Djibouti. Résultats non exempts de critiques : 150 reçus. La palme de l’injustice revient au concours de recrutement d’officiers de police. Plus de 1500 candidats, venus de toutes les régions du pays, se massés le 10 décembre 2012, comme des réfugiés, après une longue marche à pied, à l’École de police de Nagad, pour déposer leurs dossiers de candidature. Ils se sont vus convoqués pour le 15 décembre 2012 en vue des épreuves de la sélection. Lorsqu’ils ont paru au rendez-vous du 15 décembre 2012 à Nagad, il leur a été répondu que le concours était reporté au 25 décembre 2012. Les candidats venus des régions de l’intérieur, ont alors protesté, demandant à passer le concours dans leurs chefs-lieux respectifs pour ne pas avoir à attendre la nouvelle date dans les rues de la capitale. Ils ont été chassés à coups de gaz lacrymogène. Tous les candidats ont fini par se présenter le 25 décembre 2012 à Nagad. Ils se sont encore vus renvoyés au 3 janvier 2013. L’objectif de ces reports successifs est, vous l’avez deviné, de décourager le maximum de candidats et de pouvoir distribuer un maximum de places selon des critères népotiques.

Le CDC de Doudah-Damerjog reste un fantôme


Le Centre de développement communautaire (CDC) de Doudah-Damerjog, qui a été récemment inauguré sous l’œil d’une caméra de la Radiotélévision de Djibouti (RTD), par le jeune et zélé sous-ministre de la Jeunesse et des Sports, Djama Elmi Okieh, ne fonctionne toujours pas. Il faut dire que le sous-ministre subordonne l’accès à ce logement de trois pièces utilisé comme CDC au paiement d’une somme de 300 francs Djibouti, ce que refusent les jeunes de la région, durement frappés par le chômage. Résultat : les portes du lieu demeurent quasiment closes. Mais le loyer, lui, tombe dans les poches du propriétaire choisi par le sous-ministre.

Route d’Arta : des chauffeurs se plaignent


Plusieurs chauffeurs de poids lourds, qui empruntent la route d’Arta (Route nationale numéro 1) en direction d’Éthiopie, se plaignent d’être rackettés par certains gendarmes opérant sur cet axe routier très fréquenté. Voilà qui rappelle que le phénomène de la corruption est fortement ancré à tous les niveaux du régime.

Réseau mobile G3 + : une inauguration mascarade de plus ?

Jeudi 27 décembre 2012, le chef de l’État, Ismaël Omar Guelleh, a inauguré en grande pompe, dans la capitale, ce qu’il a appelé le nouveau service d’Internet mobile G3+ dont le siège technique a été construit dans la zone industrielle de Gabode, non loin de sa résidence privée de Haramouss. Les médias officiels ont, comme d’ordinaire, rivalisé de mots encenseurs et autres flagorneries. Seulement voilà, selon des informations dignes de foi, cette inauguration serait une mascarade de plus car le réseau mobile G3+ serait loin d’être opérationnel. Il semblerait même que les experts de Sony Ericsson qui devait opérationnaliser le réseau aient quitté le pays, lassés par la mauvaise gestion ambiante. Alors une inauguration mascarade de plus ? A suivre.

Le CDC du Quartier 7, théâtre d’un mensonge grossier

Samedi 29 décembre 2012 au soir, au Centre de développement communautaire (CDC) du Quartier 7, le sous-ministre de la Jeunesse et des Sports, Djama Elmi Okieh, a déplacé de nombreuses mères de famille par une promesse de distribution de vivres. Poussées par le besoin, quelques dizaines d’entre elles sont venues. Mais elles n’ont pas reçu les vivres promis, d’où leur accès de colère. De fait, pour organiser une de ces animations douteuses dont il raffole, le jeune sous-ministre n’a pas trouvé mieux que de lancer une promesse mensongère de vivres à des victimes de cette malgouvernance dont il est l’un des responsables.

Trop, c’est trop !

Le cimetière du PK12 : des efforts fournis, du chemin à faire

Depuis qu’un budget Enterrements a été instauré par le ministre des Biens Waqfs et des Affaires musulmanes, Hamoud Abdi Sultan, notamment par prélèvement à la source d’une somme de 200 francs Djibouti sur les salaires des travailleurs, le principal cimetière de la capitale, appelé Cimetière PK12, a été aménagé. Il a été doté de moyens matériels dont des pelles mécaniques et d’un personnel. Les tombeaux sont creusés à l’avance (de 10 à 14 par jour), numérotés et marqués du nom du défunt, des allées pour piétons et des pistes pour véhicules permettent de circuler entre les tombeaux. De plus, il a été clôturé. Mais, parce qu’il y a un mais, le mur de clôture en dur qui a été érigé au sud, l’ouest étant limité par la centrale de concassage de l’ami Lootha d’Ismaël Omar Guelleh, gêne la future extension du cimetière dont la capacité d’accueil va être bientôt dépassée compte tenu du rythme auquel les Djiboutiens meurent sous ce régime qui les affame, les assoiffe et les bâillonne. Les employés du cimetière voient arriver entre 5 et 10 corps par jour en été et entre 3 et 6 en saison fraîche, soit une moyenne mensuelle de 225 décès par mois en été et de 135 décès par mois en saison fraîche. Autant dire du monde à l’échelle de la capitale et du pays entier qui compte environ 800 000 habitants.

Le cimetière du PK12 risque donc fort d’être bientôt saturé. A moins que les Djiboutiens disent NON à la misère qui les livre trop tôt à la mort.

Le Model attend toujours d’être légalisé

Le nouveau parti politique djiboutien qui a choisi de s’appeler Mouvement pour le développement et la liberté (Model), attend toujours la réponse du ministre de l’Intérieur à sa demande de légalisation. Il s’est écoulé plus d’un mois depuis que le Model a déposé son dossier de légalisation le 29 novembre 2012. Selon certains observateurs, ce silence du ministre Hassan Darar Houffaneh traduit l’embarras du régime qui, comme souvent, manque d’arguments légaux à opposer au dossier d’un parti dont la volonté d’indépendance le dérange.

Saba et Salaam Bank : une course aux étages qui inquiète

Saba Bank s’est fait construire un siège de deux étages devant la grande surface Nougaprix. Une concurrente, Salaam Bank, a commencé à se faire ériger, juste à côté, un siège de 9 étages sur une surface plus large de 1300 mètres-carrés. Comme piquée au vif, Saba fait rajouter de nouveaux étages sur les deux existants de son siège, d’où l’inquiétude de certains qui se demandent si les fondations pour deux étages de cet immeuble vont supporter les niveaux supplémentaires.

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti


Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indhabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

-Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

-Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

-Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

-Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Messages de condoléances du MRD

Le président du MRD, Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du parti adressent leurs sincères condoléances :

-à la famille de Feu Habiba Omar Sougueh, née en 1951 à Randa en République de Djibouti et mère de cinq filles et d’un garçon. Cette démocrate active et courageuse était l’épouse de notre valeureux camarade Aden Guedi Dideh, ancien indépendantiste, ancien député et membre fondateur et dirigeant du PRD devenu MRD dont il reste l’une des figures emblématiques. Allah accueille cette digne concitoyenne qu’était Feu Habiba Omar Sougueh en Son Paradis Éternel et donne à son solide époux et à ses enfants la force de surmonter l’épreuve que constitue sa perte. Amin. Notre attachant camarade Aden Guedi Dideh remercie vivement toutes les personnes, proches ou non, venues les soutenir, lui et ses enfants, en cette douloureuse circonstance.

-à la famille de Feu Sahra Mohamoud Absieh, la quarantaine, membre de la grande famille Absieh de Dikhil. Elle était née à Dikhil et vivait à Balbala en banlieue de la capitale. Elle laisse un fils et un époux. Nos condoléances vont à tous les Absieh dont le dynamique Mohamed Houssein Absieh du MRD et bien d’autres concitoyens de qualité, et à tous les Osman Hachi, l’autre grande famille de Dikhil dont elle était proche et qui compte en son sein des cadres de valeur du MRD tels que Abdoulfatah Omar Osman, Aden Osman Hachi ou encore Ibrahim Osman Hachi. Allah accueille la défunte en son Paradis Éternel. Amin.


Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),

Président du MRD

Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011

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«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»

De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.

Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.

Le Renouveau Djiboutien :

D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.

Daher Ahmed Farah (DAF) :

Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.

Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.

Le Renouveau Djiboutien :

La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?

Daher Ahmed Farah :

Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.

Le Renouveau Djiboutien :

Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?

Daher Ahmed Farah :

Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.

Le Renouveau Djiboutien :

Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?

Daher Ahmed Farah :

La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.

Le Renouveau Djiboutien :

Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.

Le Renouveau Djiboutien :

Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.

Daher Ahmed Farah :

Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques.

Le Renouveau Djiboutien :

Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?

Daher Ahmed Farah :

Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée.

Le Renouveau Djiboutien :

Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?

Daher Ahmed Farah :

Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.

Le Renouveau Djiboutien :

Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.

Le Renouveau Djiboutien:

Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?

Daher Ahmed Farah :

Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama.

Le Renouveau Djiboutien :

Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011.

Le Renouveau Djiboutien :

Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?

Daher Ahmed Farah :

Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.

Le Renouveau Djiboutien :

L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.

Le Renouveau Djiboutien :

Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?

Daher Ahmed Farah :

C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.

Le Renouveau Djiboutien :

Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?

Daher Ahmed Farah :

Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience.

Le Renouveau Djiboutien :

Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?

Daher Ahmed Farah :

Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.

Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.

Le Renouveau Djiboutien :

Merci, Monsieur le président.

Daher Ahmed Farah :

C’est moi qui vous remercie.

Trois dossiers de partis politiques, une seule autorisation

Depuis quelques mois, l’envie de créer un parti politique, s’est emparé de certains compatriotes djiboutiens. Certains semblent plutôt encouragés par le régime, d’autres, non. Une première formation, qui s’est baptisée Centre des démocrates unifiés (CDU), présidé par Omar Elmi Khaireh, ancien indépendantiste aujourd’hui rallié au régime, a obtenu sa légalisation en septembre 2012, tandis qu’une autre formation ayant pour président-fondateur un ancien notaire qui a été un temps actif dans les rangs de l’opposition, Djama Abdourahman Djama dit Andoleh, attend tranquillement sa légalisation. Il est une troisième création de parti politique qui retient notre attention : Mouvement pour le développement et la liberté (Model). Il s’agit d’une formation dont le dossier de légalisation, déposé jeudi 29 novembre 2012 par un groupe de cadres djiboutiens, composé en majorité d’oulémas (religieux), se heurte à l’hostilité du régime. L’indépendance d’esprit que manifestent les fondateurs ne semble point plaire au président Guelleh qui cherche vainement le moyen de les faire renoncer à leur initiative. Les offres habituelles d’argent public et de promotion professionnelle ne fonctionnent pas. Les proposions de sièges de député au titre du parti au pouvoir, le vomi RPP, non plus. Pas plus que les menaces et autres intimidations verbales. Probablement encouragés par le Printemps arabe, ces Djiboutiens maintiennent fermement leur demande de légalisation du parti, et la Loi les y autorise. D’où l’hostilité du régime dont l’accès de peur et de violence face à tout ce qui résiste, n’est jamais loin. A suivre.

Quand le Trésor public affiche l’insolvabilité de l’État de Djibouti

Nous l’écrivons depuis des mois, l’argent public vient à manquer en République de Djibouti, asséché par la corruption tous azimuts qui caractérise ce régime. De sorte que l’État ne parvient plus à payer ses salariés, ce que vient de rendre public le Trésor national en affichant une note annonçant la suspension du paiement de toutes les factures de fournisseurs jusqu‘à la fin de l’année 2012. Ce, dans l’espoir de payer, avec le peu d’argent public qui échappe à la corruption, les salaires des agents de l’administration. Nombre de ces derniers, notamment au ministère des Affaires étrangères, connaissent en effet des retards de salaires.

Les commerçants de la place Harbi se plaignent

A la Place Mahamoud Harbi de la capitale, les commerçants n’en peuvent plus. Ils sont harcelés de toutes parts par le régime qui est en mal d’argent suite aux ponctions massives qu’opère la corruption autorisée sur les deniers publics. «Pas un jour ne se passe sans que des agents de l’administration ne viennent nous demander de payer, nous confie un commerçant. Patente, bénéfice, voirie…les appellations fiscales changent, mais pas l’injonction à payer, alors que nous sommes en règle».

Halte à la corruption et au racket qu’elle entraîne et place à la bonne gestion !

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti

Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

Ø Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

Ø Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

Ø Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

Ø Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Dikhil : le racket au timbre de la carte nationale d’identité

Selon nos informations, le préfet de Dikhil, Mohamed Cheiko Hassan, un habitué de nos colonnes, fait payer 8000 francs Djibouti de timbre aux administrés qui viennent se faire délivrer leur carte nationale d’identité. Au lieu des 2000 francs Djibouti légaux. Soit 6000 francs de racket par carte demandée. Halte au racket !

Recrutement des élèves instituteurs session 2012 :

Un curieux concours

La semaine dernière, ont été publiés sur le site internet du Centre de formation du personnel de l’éducation nationale (CFPEN), les résultats du concours de recrutement des élèves instituteurs, session 2012. Des résultats bien curieux. Ce qui est curieux dans ce concours c’est que plus le diplôme détenu par les candidats était élevé (il le reste), plus leurs chances de réussite se sont révélées faibles. Ainsi, des bacheliers ont surclassé des titulaires de licence. Est-ce à dire que trois ans d’études universitaires ont abouti à une sérieuse baisse de niveau chez ces candidats titulaires d’une licence ? Ou les lauréats bacheliers ont bénéficié de fuites d’épreuves, comme le murmurent certains ? Lien du site du CFPEN: http://www.cfpen.dj/index.php?option=com_content&task=view&id=32&Itemid=63).

Ali Abayazid, directeur-adjoint de la BCI dans la tourmente

Ali Abayazid Moussa, le plutôt jeune directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti (BCI), principal établissement bancaire de notre pays, dont l’actionnaire majoritaire est une banque française, la Banque régionale d’escompte et de dépôt (BRED), laquelle en détient 51%, serait dans la tourmente, accusé de corruption. Il lui serait notamment reproché par la BRED de s’être octroyé un vrai faux loyer au titre d’une parcelle de terrain nu lui appartenant et sise au quartier Salines-Ouest de la capitale, parcelle qu’il aurait fait passer pour le siège d’une antenne de la BCI. La supercherie lui aurait rapporté un loyer mensuel substantiel que certaines sources évaluent à quelques millions de francs Djibouti (par mois). Le sieur Ali Abayazid a de qui tenir puisqu’il a été à l’école d’un ancien ministre et ambassadeur à Bruxelles, Mohamed Moussa Chehem, qui ne passe pas pour un modèle d’intégrité, et qu’il est actuellement protégé par un certain Djama Mahamoud Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti.

Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent

Notre concitoyen et gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, par ailleurs beau-frère du président Ismaël Omar Guelleh, Djama Mahamoud Haïd, qui nous a pourtant interpellés par ses tweets, se mure encore dans le silence face à nos questions. En bons démocrates, nous n’en poursuivons pas moins nos questions. Aujourd’hui, c’est sur le troisième tweet que nous interrogeons l’influent beau-frère. Revoici le tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales». Nos lecteurs le remarquent, ce tweet suggère que son auteur détient des informations précises et qu’il sait que des Djiboutiens fortunés ont des comptes secrets dans des banques de Genève en Suisse. Nous lui demandons qui sont ces Djiboutiens. Nous lui demandons aussi pourquoi ils n’ont pas confiance dans les banques djiboutiennes dont il exerce la supervision en tant que patron de la Banque centrale de Djibouti. Autre question, quel effet lui fait-il de prendre connaissance de cette défiance ? S’il pense qu’il s’agit plutôt de l’argent mal acquis que l’on cherche à mettre à l’abri, pourquoi n’agit-il pas au lieu de se contenter d’un tweet vague ? Nous lui demandons enfin s’il ne fait pas lui-même partie de ces Djiboutiens fortunés qui cachent de l’argent à l’étranger. Pourquoi ne publiez-vous pas votre fortune, cher concitoyen, vous qui occupez un poste financièrement sensible et qui donnez des leçons de patriotisme économique ? De combien êtes-vous riche et depuis quand ? Nous vous attendons, concitoyen.

Message de condoléances

Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du MRD, adressent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Ahmed Assoweh Rirache, décédé en Belgique jeudi 29 novembre 2012. Allah accueille en son Paradis Éternel ce démocrate djiboutien. Amin.

Erratum

Le sieur Béchir, qui rédige le bulletin peu connu sur la place publique du fantomatique parti Union des partisans de la réforme (UPR), dont la création a été suscitée par le RPP au pouvoir dont il est l’un des satellites, s’appelle Béchir Maki et non Béchir Omar Abdoulkader. Il n’est donc pas le frère du procureur Maki Omar Abdoulkader mais politiquement et familialement proche de lui. Cette petite coquille ne dispense pas notre concitoyen Béchir de cesser ses agissements du ventre au détriment de la jeunesse et de la région de Tadjourah.

Lire dans la prochaine édition de La Voix de Djibouti :

En raison de la densité de notre présent numéro de LVD, nous avons décidé de reporter à la semaine prochaine la publication de l’interview que nous a accordée la grande Tawakkol Karman, journaliste et activiste pro-démocratie yéménite, qui avait été hautement distinguée par le Prix Nobel de la Paix 2011. Que nos lecteurs veuillent bien nous en excuser.
   

Edition n° 147 du 23 décembre 2012

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 23 décembre 2012)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com et le site www.lavoixdedjibouti. Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime : http://lavoixdedjibouti.mirror.tengu.ch

 

Le président du MRD, Daher Ahmed Farah, reçu à l’Élysée et au Parlement européen

A l’approche de son retour d’exil à Djibouti, le populaire président du MRD, Daher Ahmed Farah (DAF), a successivement été reçu au Parlement européen à Bruxelles et au Palais de l’Élysée à Paris. D’abord, le président DAF a rencontré le vice-président du Parlement européen, Monsieur Miguel Angel Martinez Martinez, mardi 18 décembre 2012 à 16 heures à Bruxelles. Les deux responsables se sont entretenus durant près d’une heure de la situation politique et socio-économique préoccupante que connaît Djibouti. Ils ont ainsi abordé le problème de la liberté et de la transparence des élections à Djibouti, question qui prend une acuité particulière à l’approche des prochaines législatives du 22 février 2013. De même, le retour d’exil de DAF à Djibouti a été au menu des discussions. A cet entretien, a assisté un autre démocrate européen, observateur des questions djiboutiennes.


DAF et le vice-président du Parlement européen, Miguel Angel Martinez Martinez


Après Bruxelles, le président du plus ancien parti d’opposition à Djibouti, le PRD devenu MRD, a été reçu au Palais présidentiel de l’Élysée à Paris où il a notamment rencontré Monsieur Thomas Mélonio, à la fois Conseiller Afrique du Président français, Monsieur François Hollande, et Responsable Afrique du Parti socialiste français. A cet entretien, qui a duré près d’une heure, et auquel un représentant de la Direction Afrique et Océan indien du Ministère français des Affaires étrangères (Quai d’Orsay) était présent, DAF était accompagné d’une autre personnalité de l’opposition djiboutienne.

18 décembre 2012 : Les démocrates djiboutiens ont manifesté à Bruxelles et à Paris

Comme chaque année, pour marquer la date du 18 décembre, qui commémore le massacre du 18 décembre 1991 à Arhiba mais aussi toutes les autres tueries qui l’ont précédé ou suivi, les démocrates djiboutiens manifestent. Cette année, ils ont organisé un rassemblement à Bruxelles, devant le siège de la Commission européenne, rue de la Loi, et à Paris devant l’ambassade de Djibouti à Paris. L’une comme l’autre de ces manifestations se sont déroulées dans l’après-midi. Les manifestants étaient nombreux à Bruxelles où le président du MRD, Daher Ahmed Farah, a pris la parole contre la violence arbitraire, avant d’aller rencontrer le vice-président du Parlement européen non loin de là. Pour sa part, le président du FRUD, Mohamed Kadamy Youssouf, s’est exprimé à la manifestation de Paris à laquelle il participait.

Des problèmes en cascade à Ali-Sabieh


Détournements de l’aide alimentaire. A Ali-Sabieh, chef-lieu du district du même nom, les habitants se plaignent de détournements récurrents de l’aide alimentaire internationale qui transite par le sous-ministère de la Solidarité. Ils dénoncent la commercialisation d’une large partie de cette aide via des réseaux liés à ce sous-ministère. Excédées par ces détournements, cinq mères de famille sont descendues d’Ali-Sabieh mercredi 19 décembre 2012. Elles ont manifesté contre ces vols de l’aide alimentaire devant le ministère de l’Intérieur. En vain. Aucune réaction du ministère n’est intervenue, de sorte que les détournements de vivres peuvent continuer sous les yeux de leurs destinataires malmenés par la faim.

Iljano, usine des eaux d’Ali-Sabieh, se meurt. La pauvre usine des eaux d’Ali-Sabieh, Iljano, se meurt dans l’indifférence du régime. Elle ne parvient pas à payer ses salariés depuis quatre mois, alors que la production, elle, se poursuit. Pourtant, ils ne sont pas nombreux, ces salariés, puisqu’ils sont seulement au nombre de quarante. Que se passe-t-il alors ? Où va l’argent que l’on tire de la vente des bouteilles d’eau estampillées Iljano ?

Sept camionneurs se plaignent de vol de sable par les autorités locales. Pas moins de sept camionneurs ali-sabiens ont raconté à La Voix de Djibouti que leurs camions-bennes avaient été arrêtés et vidés de leur contenu de sable samedi 22 décembre 2012 par le commandant de la brigade locale de gendarmerie, un certain adjudant-chef Bogoreh. Et ce, sur instructions du préfet, Mohamed Waberi Assoweh, pourtant enfant du pays. Les camionneurs ajoutent que ce sable avait été revendu à certains particuliers.

Le directeur des impôts ferme les commerces d’Ali-Sabieh. Décidément, le régime n’aime pas Ali-Sabieh. Pas plus qu’il n’aime d’ailleurs Tadjourah, Obock, Dikhil, Arta/Wéa, ou encore les quartiers populaires de la capitale. Outre les difficultés d’Iljano, les détournements de l’aide alimentaire et autres abus des représentants locaux de l’État RPP, voici que tous les petits commerces populaires du chef-lieu, c’est-à-dire les activités de subsistance, ont été fermés dimanche 16 décembre 2012 sur instructions du directeur général des Impôts, Gouled Ahmed Youssouf. Sous prétexte que ces commerces n’ont pas payé leurs impôts et qu’il leur faut régler au moins l’impôt de 2012 majoré de pénalités de retard. Mais en ont-ils d’abord les moyens ? Ont-ils été dûment sensibilisés et la fiscalité adaptée à leurs réalités ? Cette descente du fisc est-elle une commande d’en haut lieu, ou plutôt une initiative personnelle et sans discernement du directeur général des impôts ? En tout cas, cette opération musclée perturbe sérieusement la vie locale, aggravant le mécontentement déjà réel des Ali-Sabiens. A suivre.

A Tadjourah, la colère ne cesse de monter

A Tadjourah, où les habitants se sentent méprisés par le régime, qui les marginalise dans les rares offres locales d’emplois, la colère gronde de plus en plus fort. Jeunes en tête, la population dit et redit son indignation face à ce mépris irresponsable. «Que certains ne soient pas étonnés si s’amplifient les départs des jeunes vers le maquis pour rejoindre le FRUD et prendre les armes», a confié à La Voix de Djibouti un observateur averti de la région. Il s’agit là d’une perspective lourde de conséquences lorsque l’on sait que la région d’Obock est déjà en état d’insurrection larvée. Il y a urgence au Nord du pays. Et le Sud, on le sait, n’est guère mieux loti.

A problèmes urgents, réactions urgentes et sensées. Non du pourrissement facile et dangereux.


Incidents entre chômeurs et ouvriers éthiopiens dans la capitale

Une entreprise étrangère privée travaillant pour le Camp Lemonnier, camp militaire américain, a récemment fait venir des ouvriers et du matériel de chantier éthiopiens. Les chômeurs djiboutiens, très nombreux et souvent qualifiés, n’ont pas compris pourquoi ces emplois ne leur avaient pas été proposés. Ils se sont alors regroupés devant le Camp Lemonnier où ils se sont attaqués à coups de bâtons et de cailloux aux travailleurs éthiopiens. La police est intervenue pour protéger les Ethiopiens. Selon un haut fonctionnaire djiboutien qui a requis l’anonymat, ces derniers ne seraient même pas munis de permis de travail.

Ces incidents, qui peuvent se répéter, témoignent du désespoir des trop nombreux chômeurs djiboutiens à qui rien n’est épargné.

Tribune libre :

L'écœurement des Assajogs

A l'approche des élections législatives, le pouvoir ne lésine pas sur les moyens pour soi-disant dompter les Assajogs. Ces derniers jours, la population Assajog vit cloitrée chez elle. C'est mal connaître la bravoure, la dignité et la fierté de la population de cette région qu'est Ali-Sabieh.

Pour corroborer cette thèse retournons à l'histoire de notre pays. Oh ! Combien de ces hommes héroïques sont issus de cette région et qui ont contribué à notre indépendance. Certains y ont sacrifié leurs vies et se trouvent sous d'autres cieux. Une équipe diligentée par le Directeur des impôts appuyée par la brigade de la gendarmerie sous la demande expresse du trésorier de la région fait des incursions dans les boutiques et autres «lieux de commerce».

A l'heure actuelle les activités économiques sont suspendues, on voit partout des cadenas. Même le photographe de la place qui reçoit des clients pendant les fêtes de l'Aïd est concerné et voit sa petite salle sous scellé. Peu des gens auraient payé leurs patentes, d’où des pénalités pour les années 2011 et 2012.

Cet état des choses est inadmissible et se passe sous le regard impuissant du Préfet, du conseil régional et des députés de la région. Pire, ces responsables n'étaient même pas informés. Les maigres ressources de cette population ont été dépouillées par des corbeaux venus d'ailleurs.

En outre, nous convenons que s'acquitter de ses patentes et autres impôts sont des actes de citoyenneté. Mais il est à souligner que dans cette affaire, les degrés de responsabilités se situent à plusieurs niveaux : le pouvoir en place n'a pas lésiné sur la terreur et les personnes chargées de cette activité d'Etat ont failli à leurs missions, donc démission d'un système. Manque de préparation, de communication et d'information à travers les médias (aucun communiqué émanant de la Direction des impôts, ni du trésorier local n'a été publié ou diffusé à la Radio-Télévision). Non implication des responsables locaux : préfet, conseil régional et autres.

Nous nous associons à la souffrance que vit actuellement la population Assajog. Nous demandons de ne pas aggraver la situation déjà pénible de la population des régions qui sont durement touchées par la pauvreté en leur épargnant ces impôts et pénalités. A bon entendeur salut.

Et nous condamnons fermement les actes posés par ces prédateurs.

Un citoyen indigné

Interview du président du MRD, Daher Ahmed Farah, au nouveau bimensuel le Temps.

A quelques semaines de son retour d’exil à Djibouti, le président du MRD, Daher Ahmed Farah (DAF), a accordé une interview au Temps. Revoici cette interview, qui a déjà été publiée jeudi 20 décembre 2012 à Djibouti.

Le Temps : Monsieur le président,  nous apprenons la nouvelle de votre retour d’exil à Djibouti. Pouvez-nous nous en dire un peu plus ?

DAF : Djibouti est mon pays. Je l’aime infiniment. Je l’ai servi depuis l’âge de raison, d’une manière ou d’une autre, à un niveau ou à un autre. J’ai été contraint de le quitter début 2004. Mais l’exil ne m’a pas empêché de poursuivre la lutte pour la liberté et la justice. Je l’ai fait sous d’autres cieux, de mon mieux, avec les moyens du bord, avec mes camarades du MRD et du reste de l’opposition, en gardant le contact avec l’intérieur. Je rentre aujourd’hui, je rentre plus exactement entre les 10 et 15 janvier 2013, même si ce n’est pas sans risques pour ma sécurité, parce que l’état du pays l’exige. La situation de notre précieux bout de pays a encore empiré à tous points de vue, elle est très préoccupante, très dangereuse, y compris pour ceux qui nous gouvernent. Vous savez, si une maison brûle, le feu affecte tous ses occupants, quelle que soit la place que les uns et les autres y occupent. Mon retour est donc un retour pour, non un retour contre.

Le Temps : Comment pensez-vous que la situation puisse être redressée, que notre pays puisse être sauvé ?

DAF : La solution est en nous ! Cela peut vous paraître banal, évident, mais j’y insiste. J’y insiste parce que j’ai l’impression que, sous le poids des difficultés, cette évidence est parfois perdue de vue chez certains d’entre nous. Nous sommes la solution. Et parce que nous sommes la solution à nos problèmes, nous devons nous armer de confiance en nous-mêmes, tendre la main les uns aux autres, agir ensemble, cultiver l’unité et nous montrer imaginatifs. Confiance en nous, unité, réflexion féconde et action, telles me semblent les clés du changement heureux auquel nous aspirons. Le tout, de manière éclairée, responsable, pacifique, toujours au service de l’intérêt général.

Le Temps : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’Opposition djiboutienne ?

DAF : L’Opposition djiboutienne se bat depuis des années pour le changement démocratique, et c’est tout à son honneur. Il lui faut, il nous faut, tirer des leçons de cette longue expérience pour mieux faire, mieux agir, c’est-à-dire mieux répondre aux défis. Et la première des leçons à tirer est que nous devons toujours nous rassembler, toujours resserrer nos liens, toujours renforcer notre cohésion. L’heure est plus que jamais au sursaut collectif et au salut national.

Le Temps : Souvent, l’on vous demande si vous avez un message pour le peuple djiboutien, en avez-vous un pour le président Ismaël Omar Guelleh ?

DAF : Au président Ismaël Omar Guelleh, je dirais que les opposants djiboutiens, que je connais quand même un peu, ne sont pas des monstres mûs par je ne sais quelle malveillance personnelle. Qu’il ne se sente pas personnellement visé mais comprenne que si nous le pointons du doigt c’est parce qu’il détient la réalité de tout le pouvoir d’État et qu’il y a de graves problèmes dans ce pays, des problèmes qui affectent directement ses concitoyens, les Djiboutiens, au quotidien, de jour comme de nuit, dans tous les domaines de la vie. J’exagère ? Le président Guelleh ne me croirait-il pas ? Alors, qu’il fasse un tour au Quartier 4, où il a longtemps vécu, aux autres quartiers populaires de la capitale et de province, qu’il s’assoie avec les gens, partage leur quotidien fait de pauvreté, de faim, de soif, de maladie... Qu’il subisse avec eux les piqures des moustiques, le silence forcé, la violence quotidienne de l’appareil répressif qui affirme agir sous ses ordres pour étouffer toute expression un tant soit peu libre, la douleur de la mort qui emporte chaque jour les jeunes et moins jeunes que lui livre la misère, qu’il entende les frustrations de ses concitoyens, leurs angoisses. Qu’il mesure les grondements du fleuve de rancœurs qui gonfle et qui, si rien n’est fait, va fatalement déborder du lit de la patience légendaire des Djiboutiens. De grâce, président Guelleh, vivez cette expérience avec le pays réel, et vous comprendrez pourquoi ni nous autres opposants ni aucun Djiboutien normalement constitué ne peuvent rester indifférents au sort que nous connaissons sous votre régime. Ce n’est pas une question d’ambition politique, de prendre la place de tel ou tel, mais de salut collectif et de refus de la fatalité. Quelqu’un d’autre que vous serait-il à votre place avec les mêmes problèmes que notre attitude à son égard serait ce qu’elle est vis-à-vis de vous, c’est-à-dire d’opposition justifiée. Président, vous êtes un père de famille, avez des enfants que vous aimez et pour qui vous rêvez du meilleur avenir, vous ne pouvez pas laisser des centaines de milliers d’autres enfants dans la misère et la détresse. Vous ne pouvez pas maintenir ce pays, le vôtre, dans cet état. Nous comprenons votre situation, la solitude du pouvoir au long cours, les pressions de l’entourage, les réflexes et les angoisses inhérents, mais vous pouvez toujours réagir, surprendre et faire date. Que vous faut-il alors faire ? Consentir à ce que ce pays soit celui de tous ces filles et fils, de l’égalité des chances, qu’il y ait un État de droit, de démocratie responsable et de progrès harmonieux. Avant qu’il ne soit trop tard. Osez, Président, vous ne le regretterez pas. Le sursaut est encore possible. Voilà pourquoi je vous proposais, dans ma dernière interview, un effort d’introspection et de volonté positive et que je vous rappelais qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Voilà pourquoi je vous redis de ne point suivre la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque, ni les égoïsmes de votre entourage, mais de faire droit aux aspirations démocratiques de votre peuple, de vous ouvrir aux appels de la sagesse, de vous demander quel souvenir d’État laisser à la postérité. Pour ne pas demeurer dans le tout-subjectif, oubliez un instant l’opposant qui prononce ces mots, refrénez un instant la charge négative qu’il peut vous inspirer, et prenez un peu de distance par rapport à la machine que vous avez fabriquée et qui vous entretient dans l’illusion d’éternité. Regardez en face la réalité de votre peuple et surprenez. Allez-y, vous en avez l’âge et la possibilité, et vous ne le regretterez pas.

Le Temps : Un dernier mot sur les élections législatives du 22 février 2013 ?

DAF : Ces élections, j’ai essayé de le faire sentir dans ma dernière interview, seront ce que nous en ferons : soit une mascarade électorale de plus, cautionnée par la participation de l’opposition, soit un tournant dans notre longue lutte responsable pour la démocratie.

Le Temps : Merci, Monsieur le président.

DAF : C’est moi qui vous remercie.

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti


Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

-Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

-Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

-Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

-Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),

Président du MRD

Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011

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«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»

De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.

Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.

Le Renouveau Djiboutien :

D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.

Daher Ahmed Farah (DAF) :

Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.

Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.

Le Renouveau Djiboutien :

La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?

Daher Ahmed Farah :

Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.

Le Renouveau Djiboutien :

Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?

Daher Ahmed Farah :

Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.

Le Renouveau Djiboutien :

Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?

Daher Ahmed Farah :

La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.

Le Renouveau Djiboutien :

Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.

Le Renouveau Djiboutien :

Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.

Daher Ahmed Farah :

Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques.

Le Renouveau Djiboutien :

Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?

Daher Ahmed Farah :

Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée.

Le Renouveau Djiboutien :

Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?

Daher Ahmed Farah :

Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.

Le Renouveau Djiboutien :

Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.

Le Renouveau Djiboutien:

Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?

Daher Ahmed Farah :

Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama.

Le Renouveau Djiboutien :

Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011.

Le Renouveau Djiboutien :

Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?

Daher Ahmed Farah :

Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.

Le Renouveau Djiboutien :

L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.

Le Renouveau Djiboutien :

Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?

Daher Ahmed Farah :

C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.

Le Renouveau Djiboutien :

Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?

Daher Ahmed Farah :

Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience.

Le Renouveau Djiboutien :

Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?

Daher Ahmed Farah :

Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.

Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.

Le Renouveau Djiboutien :

Merci, Monsieur le président.

Daher Ahmed Farah :

C’est moi qui vous remercie.

Trois dossiers de partis politiques, une seule autorisation

Depuis quelques mois, l’envie de créer un parti politique, s’est emparé de certains compatriotes djiboutiens. Certains semblent plutôt encouragés par le régime, d’autres, non. Une première formation, qui s’est baptisée Centre des démocrates unifiés (CDU), présidé par Omar Elmi Khaireh, ancien indépendantiste aujourd’hui rallié au régime, a obtenu sa légalisation en septembre 2012, tandis qu’une autre formation ayant pour président-fondateur un ancien notaire qui a été un temps actif dans les rangs de l’opposition, Djama Abdourahman Djama dit Andoleh, attend tranquillement sa légalisation. Il est une troisième création de parti politique qui retient notre attention : Mouvement pour le développement et la liberté (Model). Il s’agit d’une formation dont le dossier de légalisation, déposé jeudi 29 novembre 2012 par un groupe de cadres djiboutiens, composé en majorité d’oulémas (religieux), se heurte à l’hostilité du régime. L’indépendance d’esprit que manifestent les fondateurs ne semble point plaire au président Guelleh qui cherche vainement le moyen de les faire renoncer à leur initiative. Les offres habituelles d’argent public et de promotion professionnelle ne fonctionnent pas. Les proposions de sièges de député au titre du parti au pouvoir, le vomi RPP, non plus. Pas plus que les menaces et autres intimidations verbales. Probablement encouragés par le Printemps arabe, ces Djiboutiens maintiennent fermement leur demande de légalisation du parti, et la Loi les y autorise. D’où l’hostilité du régime dont l’accès de peur et de violence face à tout ce qui résiste, n’est jamais loin. A suivre.

Quand le Trésor public affiche l’insolvabilité de l’État de Djibouti

Nous l’écrivons depuis des mois, l’argent public vient à manquer en République de Djibouti, asséché par la corruption tous azimuts qui caractérise ce régime. De sorte que l’État ne parvient plus à payer ses salariés, ce que vient de rendre public le Trésor national en affichant une note annonçant la suspension du paiement de toutes les factures de fournisseurs jusqu‘à la fin de l’année 2012. Ce, dans l’espoir de payer, avec le peu d’argent public qui échappe à la corruption, les salaires des agents de l’administration. Nombre de ces derniers, notamment au ministère des Affaires étrangères, connaissent en effet des retards de salaires.

Les commerçants de la place Harbi se plaignent

A la Place Mahamoud Harbi de la capitale, les commerçants n’en peuvent plus. Ils sont harcelés de toutes parts par le régime qui est en mal d’argent suite aux ponctions massives qu’opère la corruption autorisée sur les deniers publics. «Pas un jour ne se passe sans que des agents de l’administration ne viennent nous demander de payer, nous confie un commerçant. Patente, bénéfice, voirie…les appellations fiscales changent, mais pas l’injonction à payer, alors que nous sommes en règle».

Halte à la corruption et au racket qu’elle entraîne et place à la bonne gestion !

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti

Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

Ø Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

Ø Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

Ø Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

Ø Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Dikhil : le racket au timbre de la carte nationale d’identité

Selon nos informations, le préfet de Dikhil, Mohamed Cheiko Hassan, un habitué de nos colonnes, fait payer 8000 francs Djibouti de timbre aux administrés qui viennent se faire délivrer leur carte nationale d’identité. Au lieu des 2000 francs Djibouti légaux. Soit 6000 francs de racket par carte demandée. Halte au racket !

Recrutement des élèves instituteurs session 2012 :

Un curieux concours

La semaine dernière, ont été publiés sur le site internet du Centre de formation du personnel de l’éducation nationale (CFPEN), les résultats du concours de recrutement des élèves instituteurs, session 2012. Des résultats bien curieux. Ce qui est curieux dans ce concours c’est que plus le diplôme détenu par les candidats était élevé (il le reste), plus leurs chances de réussite se sont révélées faibles. Ainsi, des bacheliers ont surclassé des titulaires de licence. Est-ce à dire que trois ans d’études universitaires ont abouti à une sérieuse baisse de niveau chez ces candidats titulaires d’une licence ? Ou les lauréats bacheliers ont bénéficié de fuites d’épreuves, comme le murmurent certains ? Lien du site du CFPEN: http://www.cfpen.dj/index.php?option=com_content&task=view&id=32&Itemid=63).

Ali Abayazid, directeur-adjoint de la BCI dans la tourmente

Ali Abayazid Moussa, le plutôt jeune directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti (BCI), principal établissement bancaire de notre pays, dont l’actionnaire majoritaire est une banque française, la Banque régionale d’escompte et de dépôt (BRED), laquelle en détient 51%, serait dans la tourmente, accusé de corruption. Il lui serait notamment reproché par la BRED de s’être octroyé un vrai faux loyer au titre d’une parcelle de terrain nu lui appartenant et sise au quartier Salines-Ouest de la capitale, parcelle qu’il aurait fait passer pour le siège d’une antenne de la BCI. La supercherie lui aurait rapporté un loyer mensuel substantiel que certaines sources évaluent à quelques millions de francs Djibouti (par mois). Le sieur Ali Abayazid a de qui tenir puisqu’il a été à l’école d’un ancien ministre et ambassadeur à Bruxelles, Mohamed Moussa Chehem, qui ne passe pas pour un modèle d’intégrité, et qu’il est actuellement protégé par un certain Djama Mahamoud Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti.

Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent

Notre concitoyen et gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, par ailleurs beau-frère du président Ismaël Omar Guelleh, Djama Mahamoud Haïd, qui nous a pourtant interpellés par ses tweets, se mure encore dans le silence face à nos questions. En bons démocrates, nous n’en poursuivons pas moins nos questions. Aujourd’hui, c’est sur le troisième tweet que nous interrogeons l’influent beau-frère. Revoici le tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales». Nos lecteurs le remarquent, ce tweet suggère que son auteur détient des informations précises et qu’il sait que des Djiboutiens fortunés ont des comptes secrets dans des banques de Genève en Suisse. Nous lui demandons qui sont ces Djiboutiens. Nous lui demandons aussi pourquoi ils n’ont pas confiance dans les banques djiboutiennes dont il exerce la supervision en tant que patron de la Banque centrale de Djibouti. Autre question, quel effet lui fait-il de prendre connaissance de cette défiance ? S’il pense qu’il s’agit plutôt de l’argent mal acquis que l’on cherche à mettre à l’abri, pourquoi n’agit-il pas au lieu de se contenter d’un tweet vague ? Nous lui demandons enfin s’il ne fait pas lui-même partie de ces Djiboutiens fortunés qui cachent de l’argent à l’étranger. Pourquoi ne publiez-vous pas votre fortune, cher concitoyen, vous qui occupez un poste financièrement sensible et qui donnez des leçons de patriotisme économique ? De combien êtes-vous riche et depuis quand ? Nous vous attendons, concitoyen.

Message de condoléances

Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du MRD, adressent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Ahmed Assoweh Rirache, décédé en Belgique jeudi 29 novembre 2012. Allah accueille en son Paradis Éternel ce démocrate djiboutien. Amin.

Erratum

Le sieur Béchir, qui rédige le bulletin peu connu sur la place publique du fantomatique parti Union des partisans de la réforme (UPR), dont la création a été suscitée par le RPP au pouvoir dont il est l’un des satellites, s’appelle Béchir Maki et non Béchir Omar Abdoulkader. Il n’est donc pas le frère du procureur Maki Omar Abdoulkader mais politiquement et familialement proche de lui. Cette petite coquille ne dispense pas notre concitoyen Béchir de cesser ses agissements du ventre au détriment de la jeunesse et de la région de Tadjourah.

Lire dans la prochaine édition de La Voix de Djibouti :

En raison de la densité de notre présent numéro de LVD, nous avons décidé de reporter à la semaine prochaine la publication de l’interview que nous a accordée la grande Tawakkol Karman, journaliste et activiste pro-démocratie yéménite, qui avait été hautement distinguée par le Prix Nobel de la Paix 2011. Que nos lecteurs veuillent bien nous en excuser.
   

Edition n° 146 du 16 décembre 2012

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 16 décembre 2012)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com et le site www.lavoixdedjibouti. Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime : http://lavoixdedjibouti.mirror.tengu.ch

Bonne nouvelle :

Le président du MRD, Daher Ahmed Farah, rentre au pays

La Voix de Djibouti (LVD) est en mesure de répondre à une question qui brûle les lèvres des Djiboutiens, celle de savoir si le président du MRD, Daher Ahmed Farah (DAF), rentre bientôt à Djibouti, son pays, et quand. Question légitime car DAF manque à la majorité des Djiboutiens, à en croire par les appels au retour et autres témoignages qui nous parviennent de Djibouti.

De source sûre, ce retour à Djibouti est fixé pour janvier 2013, plus exactement dans la première quinzaine du mois de janvier 2013. Il s’agit, selon nos informations, d’une décision murement réfléchie qui s’inscrit dans l’engagement démocratique et politique du président du MRD. C’est une décision d’autant plus heureuse que, comme nous venons de le souligner, les Djiboutiens réclament majoritairement le retour de DAF à un moment où le pays traverse une situation préoccupante.

Ce retour positivement chargé, ne doit inquiéter personne. C’est un retour pour le pays et non contre une personne ou un groupe.

Bon retour concitoyen DAF. Bon retour à la mère patrie. Bon retour à Djibouti.

Comment le gouvernement organise la faible dose de proportionnelle introduite pour les élections législatives


Sous la pression nationale et internationale, le régime a introduit une faible dose de proportionnelle de 20% dans le mode de scrutin, applicable aux élections législatives du 22 février 2013. Il vient d’en préciser les modalités. Selon les dispositions de la loi modificative qu’il a concoctée et dont nous nous sommes procuré une copie, la liste qui obtient la majorité des suffrages (absolue ou relative), appelée liste majoritaire, gagne 80% des sièges en jeu dans la circonscription électorale concernée. Ainsi, la liste majoritaire dans la circonscription de Djibouti, qui compte 37 des 65 députés qui composent l’Assemblée dite nationale, s’adjugera 80% (ou 0,8) x 37 = 29,6. Soit 30 sièges en arrondissant à l’entier le plus proche, comme le prescrit la loi modificative. A Ali-Sabieh, la liste majoritaire aura 0,8x6 = 4,8 sièges, soit 5 sièges à l’arrondi. A Tadjourah où six sièges sont en jeu, il en sera de même, soit 5 sièges à l’arrondi. A Obock, la liste majoritaire aura 0,8x4 = 3,2 sièges, soit 3 sièges à l’arrondi. A Dikhil, la liste majoritaire se verra attribuer 0,8x12 sièges = 9,6, soit 10 sièges à l’arrondi. Au total, la liste majoritaire obtiendra : 30+5+5+3+10 = 53 sièges. Cela ne laisse que 12 sièges aux listes dites minoritaires qui obtiennent plus de 10% des suffrages exprimés. Celles qui n’obtiennent pas plus de 10%, sont pour leur part éliminées. De plus, si aucune liste minoritaire n’obtient pas plus de 10%, tous les sièges seront attribués à la liste majoritaire. Les sièges, précise la loi modificative, sont attribués aux candidats dans l’ordre de présentation sur la liste.

Outre le faible chiffre (20%) de la dose de proportionnelle, l’on note qu’il n’est même pas nécessaire d’avoir la majorité absolue des suffrages pour gagner 80% des sièges et que la majorité relative suffit. Ainsi, si la liste majoritaire obtient 15 ou 20% des suffrages, elle rafle quand même 80% des sièges, ce qui est peu équitable et peu démocratique. En effet, avec un tel score de 15 ou 20%, la liste majoritaire est minoritaire par rapport à l’ensemble des autres listes auxquelles elle ne laisse que 20% des sièges à se partager. Dès lors, l’introduction de la dose de proportionnelle ne garantit pas une légitimité démocratique suffisante à la liste majoritaire dans telle ou telle circonscription électorale lors des législatives.

En fait, dans le calcul du régime, la liste majoritaire ne peut être que la liste du parti au pouvoir et de ses quelques satellites. Non que le régime du président Guelleh soit populaire et ses candidats favoris, le récent rapport interne sur l’état du RPP au pouvoir qualifie même celui-ci de coquille vide, mais ledit régime table sur la fraude massive (vote multiple, bourrage et ou pré-bourrage des urnes, substitution d’urnes, etc.). Comme d’ordinaire.

La balle est donc dans le camp de l’opposition et des démocrates djiboutiens.

Une famille persécutée sous prétexte d’actes commis par son fils

Une enquête par nous menée révèle une grave situation de persécution où se trouve une famille djiboutienne de la banlieue populeuse de Balbala dans la capitale. Il s’agit de la famille de Nour Mahamoud Ali, un père de famille tranquille. Tout a commencé lorsqu’un fils de la famille, recruté depuis peu dans la police, Osman Nour Mahamoud dit Paki, s’est laissé entraîner dans une confrontation aux jets de pierres contre des garçons d’un autre quartier venus attaquer la demeure familiale. C’était en août 2011. Depuis lors, la famille du jeune homme qui, après un mois de détention, a réussi à fuir Djibouti vers un pays voisin d’où il est clandestinement revenu, a tout subi. En guise de représailles. La mère, Fatouma Miganeh Chireh, a été arrêtée dès 2011, après la fuite de son fils, et détenue deux mois durant. Puis, le père de famille, Nour Mahamoud Ali, a été arrêté, détenu dans une cellule de police du 4ème arrondissement et battu. A nouveau, la mère du jeune homme et sa sœur Nima Nour Mahamoud ont été arrêtées et détenues au centre de retenue administrative de Nagad. Enfin, son frère Omar Nour Mahamoud, qui devait passer son baccalauréat en juin 2012, a subi une arrestation arbitraire suivie d’une détention dans une cellule du 5ème arrondissement. Il en a été perturbé dans ses études. Et comme si cela ne suffisait pas, la maison familiale a été attaquée, notamment à la grenade lacrymogène, par la police et sérieusement dégradée. Des officiers de police qui se reconnaîtront, ont même confisqué de nombreux documents à cette famille : des diplômes (certificat d’études primaires, brevet de l’enseignent fondamental, baccalauréat…), huit actes de naissance des enfants, des passeports, divers papiers administratifs, etc.

En février 2012, le père de famille a écrit au chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, ainsi qu’à de nombreuses autres autorités telles que le procureur de la République, Maki Omar Abdoulkader, le procureur général de la République, Djama Souleiman Ali, le ministre de la Justice, Ali Farah Assoweh, et le médiateur de la République, Souleiman Miyir Ali. En vain. Il n’a obtenu aucune suite. Les documents familiaux ne lui ont pas été restitués, pas plus que les intimidations n’ont cessé. Aujourd’hui, la famille souffre. Elle souffre beaucoup des effets psychologiques de l’arbitraire policier, de sorte que quatre garçons dont celui recherché sont tombés en dépression.

Nous lançons un appel général pressant pour que cesse cet arbitraire, que tous les documents saisis à tort soient restitués à cette famille et que les dommages qu’elle a subis soient réparés. A suivre.

70 infirmiers arbitrairement licenciés par le ministre Ali Yacoub Mahamoud

Le ministre Ali Yacoub Mahamoud, un de ces jeunes appétits négatifs qui défraient la chronique à Djibouti, vient encore de s’illustrer en licenciant de la Santé publique pas moins de 70 infirmiers. Il s’agit de jeunes infirmiers diplômés d’État, qui travaillent depuis plusieurs mois à la Santé publique sans toucher de salaire bien qu’étant officiellement recrutés. Pour protester contre leur sort, ces paramédicaux ont manifesté mercredi 12 décembre 2012 à la Cité ministérielle dans la capitale, Cité qui abrite le ministère de la Santé publique et celui de l’Économie et des Finances. Arrêtés sur le champ par des gendarmes, ces jeunes gens ont été jetés en détention dans différentes brigades de la gendarmerie dans la capitale. Certains, comme ceux qui se sont retrouvés à la brigade d’Ambouli, ont été torturés et contraints sous la douleur à signer un papier par lequel ils renoncent à leurs salaires pour une période de deux ans. Pire, samedi 15 décembre, une décision de licenciement collectif a été infligée à tous les 70 infirmiers par le ministre de la Santé Publique, Ali Yacoub Mahamoud. Ainsi va la Santé publique sous ce régime. A suivre.

Encore des familles de militaires expulsées de leur cité

Encore une cité militaire d’habitations vendue par le régime à des privés. Après la Cité Roms du Boulevard De Gaulle, cédée à un commerçant djiboutien, après la Cité Gabode II de la Route de l’Aéroport, vendue à des hommes d’affaires somaliens, voici venu le tour de la Cité militaire d’habitations située à l’entrée de l’Aéroport international de Djibouti. Ce quartier, qui abrite des familles de militaires djiboutiens, est connu sous l’appellation populaire de Cité GNA, sigle du colonial Groupement nomade autonome devenu Groupement commando des frontières (GCF) à l’Indépendance avant d’être absorbé par les groupements militaires actuels de l’Armée de terre. Selon nos informations, cette cité a été cédée au prix fort à des commerçants de la région par le pouvoir en place. De sorte que la centaine de familles qui vivaient là, ont été expulsées samedi 15 décembre 2012. A suivre.

Quartier 7 Jagabuldhuq privée d’eau par la malgouvernance

Le Quartier populaire numéro 7 connaît une sévère pénurie d’eau potable, surtout dans son secteur le plus ancien populairement connu sous l’appellation de Jagabuldhuq. Ce manque d’eau fait suite à la dégradation d’une canalisation locale importante, fragilisée par l’usure du temps et le manque d’entretien. Le service technique de l’Office national des eaux et de l’assainissement de Djibouti (ONEAD), établissement au nom ronflant et à la gestion désastreuse, que dirige un de ces jeunes à l’appétit négatif, Youssouf Mirgane Barkhat, ne parvient pas à réparer cette conduite d’eau. Il faut dire que les techniciens de l’ONEAD manquent de moyens matériels de travail. Les ressources de l’établissement sont si lourdement ponctionnées par la corruption qu’il ne reste plus grand-chose pour la mission normale de service public. «Nous sommes des sinistrés de la cupidité et de la mauvaise gestion publique», s’exclame une mère de famille de Djagabuldhuq interrogée par La Voix de Djibouti. A suivre.

Ce trou aussi béant que dangereux qui perdure sur la Route d’Arta

Depuis quelques mois, un trou béant défigure le carrefour Route d’Arta/Avenue Gamal Abdo Nasser dans la partie populaire et populeuse de la capitale. Le trou est apparu avant le mois sacré du Ramadan et rien n’a été fait pour le combler. Il en résulte que la circulation, qui est dense à cet endroit, est perturbée et accroit les risques d’accident. Voilà une autre illustration du mépris du régime à l’égard de la population djiboutienne.

La population de Tadjourah a encore boycotté le président Guelleh

Rien n’y a fait, les habitants de Tadjourah ne décolèrent pas contre le régime et ses méfaits. Ils restent profondément indignés : le mécontentement est profond et ne cessera qu’avec l’avènement d’un changement démocratique et d’une bonne gouvernance. Alors, pour donner l’impression d’un accueil populaire et ne pas perdre la face en présence du nouveau Premier ministre éthiopien, Hailé Mariam Desalegn, venu assister à ce que Guelleh appelle le lancement des travaux d’un port en eaux profondes à Tadjourah, l’occupant du Palais d’Escale a ordonné à ses ministres, députés et autres hauts fonctionnaires, ceux issus de la région de Tadjourah mais aussi les autres, de se déplacer le 12 décembre 2012 dans la Ville Blanche avec leurs épouses, subordonnés et autres proches. Ce n’est donc pas la population de Tadjourah qui a accueilli en ce 12 décembre 2012 le chef de l’État et sa délégation, hormis le Sultan et ses lieutenants qui se sont sentis obligés d’être là par respect pour la tradition d’hospitalité érigée en règle coutumière, mais des non-habitants.

Voilà qui rappelle que, à Tadjourah comme ailleurs, le président Ismaël Omar Guelleh ne peut se prévaloir de légitimité populaire.

Cette enseignante qui fait ce qu’elle veut à l’Université de Djibouti

Des témoignages concordants recueillis par La Voix de Djibouti font état de ce qu’une professeure d’anglais de l’Université de Djibouti, Fatouma Mahdi, qui est par ailleurs doyenne du département d’anglais, se comporte de manière irresponsable. Elle s’absente comme elle veut, laissant ses étudiants en rade, que ce soit en enseignement du jour ou en cours du soir. Sans compter l’arrogance dont elle fait montre dans ses rapports avec les étudiants. Face à elle, et parce qu’il la sait solidement protégée par le régime, le président de l’Université semble impuissant. «Il n’émet ni remarque ni sanction», nous confie l’une de nos sources.

Voilà qui est indigne d’une enseignante d’université.

Un séminaire pour rire ou une vraie action contre la corruption ?

Dimanche 9 décembre 2012, au moment où nous bouclions notre dernière édition de La Voix de Djibouti (LVD), le chef de l’État, Ismaël Omar Guelleh, ouvrait un séminaire dit de lutte contre la corruption. La corruption, il est vrai, est devenue un fléau préoccupant, d’une ampleur sans précédent, dans notre pays. Déjà présent sous son prédécesseur, le mal s’est considérablement aggravé sous l’actuel occupant du Palais d’Escale. Au point que tous les rapports internationaux sur notre pays dénoncent d’une manière ou d’une autre le phénomène: des organismes aussi divers que la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, le Fonds monétaire international (FMI), ou encore la Banque mondiale, pointent la corruption à Djibouti. Le dernier cri d’alarme en date émane du Fonds mondial de lutte contre le SIDA qui a publié le 29 octobre 2102 un rapport accablant pour le régime du président Guelleh. Ce rapport établit que pas moins de 8 669 873 dollars USA (1 538 902 458 francs Djibouti) ont été détournés par le régime djiboutien du dictateur Guelleh sur les 23 millions et 100 000 dollars versés à Djibouti jusqu’en juin 2012 par le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Cela représente environ 35,5% du total décaissé. Autant de rapports que confirment ce que nous constatons et dénonçons chaque semaine dans ces modestes colonnes. C’est d’ailleurs sous la pression internationale, notamment des bailleurs de fonds, que le président Guelleh vient de prendre un texte de loi dit anti-corruption et qu’il a lancé l’idée de ce séminaire sur la corruption. Mais le discours (écrit ou et oral) est une chose, l’action, une autre. Des textes au contenu positif, il en existe dans ce pays, mais ils ne sont jamais appliqués. La Constitution du 4 septembre 1992 en est une qui proclame l’adhésion de la République de Djibouti à la Déclaration universelle des droits de l’Homme et à la charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples ainsi qu’aux principes de la démocratie pluraliste. Il en est de même au plan international où l’État de Djibouti est signataire de la plupart (pour ne pas dire plus) des traités et conventions internationaux, notamment en matière de libertés et de droits de l’Homme. Dans la pratique, cependant, rien de tel ne se fait par les gouvernants qui foulent constamment au pied ces dispositions et engagements.

Aussi la question se pose-t-elle sérieusement de savoir quel crédit accorder à ce séminaire dit de lutte contre la corruption et au texte de droit qui le sous-tend. Un show de plus, un autre spectacle pour rire ? Ou une affaire sérieuse ? Les observateurs, pour en avoir vu bien d’autres, penchent pour la première réponse et font peu de cas de cette initiative présidentielle. «C’est juste pour la consommation internationale, mais les bailleurs de fonds ne sont plus dupes», entend-on ici et là. Nous sommes tentés de penser la même chose à LVD tant Ismaël Omar Guelleh nous a habitués aux promesses non tenues et à la politique du pire. Même si nous savons qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, comme le disait le président DAF dans sa dernière interview, nous n’avons aucun signe sérieux de la part du chef de l’État sur quoi fonder le moindre espoir d’amélioration. Le président Guelleh saura-t-il pour une fois démentir les sceptiques et faire amende honorable ? L’avenir tout proche le dira.

Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent

Toujours pas le moindre mot du sieur Djama Mahamoud Haïd, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, à nos questions sur ses tweets. Nous n’en poursuivons pas moins nos interpellations. Aujourd’hui, nous l’interrogeons sur le tweet suivant : «@Djama_Haid: L'inertie et le manque d'habileté en négoce des djiboutiens devrait prochainement être compenser par l'afflux de commerçants de la region». Nous demandons à Djama sur quoi il se fonde pour avancer une telle affirmation. En quoi les Djiboutiens manquent-ils d’habileté en négoce et font-ils preuve d’inertie ? Quelle base objective légitimerait un tel jugement ? N’est-ce pas trop facile pour Djama de blâmer les Djiboutiens, de les faire passer pour des médiocres congénitaux en affaires, lorsque le régime, dont il est l’un des principaux piliers, ne les aide en rien ou presque concernant l’entrée et l’action en affaires, et que la vie des affaires est verrouillée (dans les faits) au profit d’une minorité de cooptés ? Loin de nous, la moindre idée de dénier le droit de critique au gouverneur, mais il lui faut être conséquent et aller jusqu’au bout de son raisonnement en disant pourquoi, si problème il y a. Qui est à blâmer pour la situation du commerce à Djibouti, sieur Djama : les coupables dont vous êtes ou les victimes que sont les autres Djiboutiens ? Avançons pour relever un élément plus grave dans cette affirmation : le sieur Djama annonce l’afflux de commerçants de la région pour compenser ce qu’il appelle «l’inertie» et le «manque d’habileté en négoce» des Djiboutiens. Non seulement il juge les Djiboutiens mauvais en affaires mais il les décrète bons pour la marginalisation commerciale par des ressortissants de la région. N’est-ce pas doublement insultant à l’égard des Djiboutiens, ses propres compatriotes ? Et si, avant de distribuer les bons et mauvais points, vous commenciez, vous Djama, par vous laisser évaluer ? Vous pourriez, au vu de la note obtenue, retourner par exemple à l’école primaire pour essayer d’apprendre les règles de base de la langue que vous employez, le français, que vous n’avez visiblement jamais pu assimiler. Rien que dans le tweet que nous commentons, nous comptons quatre fautes : «Djiboutiens» et non «djiboutiens», «devraient» et non «devrait», «compensés» et non «compenser», «région » et non «region». Nous vous attendons, gouverneur Djama Mahamoud Haïd, pour des réponses pertinentes à nos questions.

Nous signalons à nos lecteurs que, après le gouverneur Djama, nous allons nous intéresser aux tweets d’autres dignitaires du régime. A suivre.


J’apostrophe !!!

(Tribune libre)

De temps à autre un homme se dresse en ce monde,

Étale sa fortune, son pouvoir et proclame : c’est moi !!

Sa gloire ne vit que l’espace d’un rêve fêlé

Déjà la mort se dresse et proclame : c’est moi !!

Omar Khayyâm

J’ai écrit cette lettre ouverte au président Guelleh et à ses sbires qui se cachent la réalité de ce monde en pensant que l’éternité leur est réservée, loin de là !!! Chaque règne croît puis décline, emporté à jamais par sa fin logique. Il n’est pas raisonnable de se soustraire à la volonté du peuple parce que son désir et sa soif de liberté se manifestent le moment venu avec une rage d’autant plus forte que refoulée depuis tant d’années. La haine l’emporte sur la raison si l’injustice n’est pas traitée à temps. Il y a une faculté propre à la race humaine, l’espoir. Qui prive d’espoir quelqu’un, un individu ou un collectif, s’attire sa haine et tous ses effets négatifs.

La meilleure des causes qui vaut la peine de faire des sacrifices même au prix de sa vie ou de celui de plusieurs centaines voire des milliers de vies, est celle de la liberté. On a vu, dans les récents évènements du «Printemps arabe», la rage avec laquelle s’est exprimé le désir du peuple face à l’oppression et au joug qu’exerçaient les dictateurs arabes. Ils ont usurpé à leur peuple la liberté dans tous ses états, liberté d’expression, d’opinion, etc. Il est donc normal de se dire que ce qui est arrivé à Feu Kadhafi peut un jour sonner à ta porte si tu persistes dans l’usurpation. Ce qui sévit dans notre pays, est terrible. On en voit chaque jour les méfaits : des razzias autorisées sur les biens de l’État et d’autrui sont commises au nez et à la barbe de tout le monde. Quelques-uns envient les coupables ou font mine de les ignorer alors qu’ils devraient se tordre de dégoût parce que c’est leurs biens qu’ils sont en train de piller. Affrontez votre peur en vous demandant à quelle échelle vous allez combattre, à quel front vous allez commencer votre lutte. Boycottez les discours du régime, zappez les sérénades des démagogues qui vouent un culte à un semblable. Harame !!!! Harame !!!!

Notre prophète (SAW), lors des séances de nomination d’un responsable, choisissait parmi ses compagnons celui qui se cachait derrière les autres. Il dédaignait ceux qui se lançaient sans appréhender la lourdeur des tâches. Il procédait de la sorte parce que celui qui se cachait le faisait en connaissance de cause, parce qu’il mesurait le poids des devoirs et des droits à exercer vis-à-vis de ses administrés. Aujourd’hui, le président Guelleh nomme ministres celles et ceux qui louent à chaque discours sa personne, font du zèle sans trop savoir où ça va les mener. La vertu et l’honneur sont bradés aux dépens du profit éphémère, de la corruption et du vice. Vous avez une responsabilité, vous les administrateurs, vis-à-vis de vos sœurs et frères, c’est-à-dire de vos compatriotes qui souffrent de misère dans les quartiers, qui sont délaissés dans le malheur. Vous devez penser à leur devenir et assumer les responsabilités qui vous sont confiées avec sagesse et droiture parce que, après la sentence et le jugement des humains, s’en viendra celui divin, une tombe sombre sera votre seule demeure et un linceul votre seule parure. Pensez-y !!!

Je dénonce aussi ce discours alimenté par le régime djiboutien qui essaie de faire croire à certains Djiboutiens qu’un dirigeant digne de gouverner notre destinée n’est pas encore «né». Foutaise !!! C’est de la chimère!!! On a vu et vécu ce régime en long et en large. Alors pourquoi ne pas en changer et essayer autre chose ? Il faut être lucide, et c’est l’un des fondements de notre religion, gardant à l’esprit que SEUL DIEU régit la destinée de ce monde, guide nos pas dans les méandres de l’inconnu. On ne connait rien de ce que demain sera, mais on peut y contribuer. Confions donc à d’autres d’entre nous les rênes du pays et voyons s’ils peuvent changer les choses, s’ils peuvent être bons et justes, tout en étant vigilants. N’ayez pas peur du changement, c’est avec ce système que les Occidentaux ont forgé leurs avancées.

Avec la démocratie, tu choisis le candidat que tu veux et tu le renvoies s’il ne remplit pas ses fonctions dans la légalité et la loyauté envers son peuple. Sache qu’un peuple crée un dictateur quand il acquiesce à ses faits et gestes, de la même manière qu’il peut le chasser en se soulevant, ou en s’exprimant avec son bulletin de vote en cas de démocratie. Tous les Djiboutiens et Djiboutiennes, qu’ils soient intellectuels, étudiants, fonctionnaires, médecins, ouvriers, femmes de ménage, doivent se demander à qui est ce pays. A qui incombe-t-il la lourde responsabilité de changer les choses, de raviver cet espoir? De se mettre à la quête d’une démocratie au sens propre ? D’un État de droit ?

Nous sommes tous dépositaires de ce cher pays qui est le nôtre, celui qui est à l’étranger tout autant que celui qui est au pays, nous devons nous soucier de son devenir, nous devons tous être des « icisiens »* et pas des «ailleursiens»*. Il est encore temps de penser le modèle de pays que nous souhaitons, un pays où nos enfants auront l’égalité des chances dans tous les domaines peu importe leur appartenance clanique ou ethnique, ou la qualité prévaudra sur le clientélisme, où les dividendes seront distribués à tous les citoyens équitablement, où la jeunesse sera au centre des préoccupations en termes d’éducation, de santé, d’emploi, etc. Un pays qui sera gouverné dans la démocratie et le respect des droits de chacun et de chacune, où les libertés de chaque citoyen seront préservées en accord avec les lois de notre constitution dans les actes et dans les faits, où la transparence dans la gestion des deniers de l’État, c’est-à-dire de l’argent des contribuables, sera assurée, où chaque citoyen pourra avoir accès à l’information publique auprès des autorités compétentes (cour des comptes, par exemple), tout en visant à fortifier la confiance entre le peuple et l’exécutif ainsi qu’un allégement des prérogatives du Président, abolissant l’hégémonie du parti unique. Nous voulons un tel pays, ou au contraire un pays exsangue, criblé de dettes extérieures, où l’absolutisme reste au pouvoir, où une minorité de sangsues jouissent des fruits de vos labeurs, où la fracture sociale disjoint ceux d’en haut, les graisseux opportunistes, et ceux des bas-fonds, les vrais citoyens rabougris par la faim. Ces deux options se présentent déjà à vos portes, faites le bon choix, faites le choix dont vos enfants vous seront reconnaissants parce que leurs mères et leurs pères auront fait partie de ceux qui auront dit NON au système en place. Ne les décevez pas, la vérité est venue dans vos maisons, bouchez-vous les oreilles aux promesses fades et sans lendemain de ces individus en perdition que sont les sbires du régime.

En attendant, que la lutte continue et que Dieu bénisse notre chère patrie.

Amin.

Le citoyen loquace

*Les icisiens sont les citoyens qui aiment leur pays et agissent pour son salut. Les ailleursiens sont les arrivistes, les opportunistes, les sans-foi-ni-loi, qui ne font que profiter de notre pays et prospèrent au détriment de l’immense majorité des Djiboutiens.


Témoignage: Abus et Victimes

(Tribune libre, 2ème Partie)

Par Abdolkarim Abdi Guedi

C’est encore moi, Abdolkarim Abdi Guedi. J'ouvre, dans cette 2ème partie, le dossier J2_KBA. J2_KBA est l'immatriculation de l'aéronef de notre cher président Ismaël Omar Guelleh, ce dossier consiste à équiper l'avion en renforçant ou en mastiquant avec de la poudre d'aluminium et d’autres substances tous les réservoirs du Boeing pour minimiser l'impact contre une éventuelle attaque. Cette méthode est souvent utilisée pour les avions de chasse de dernière génération.  J’en reste là pour l’heure. Sinon, je confirme que qui que vous soyez et en quoi que ce soit vous intervenez, si la belle-famille de Guelleh vous mord, vous êtes un hors-la-loi et privé de tous vos droits. En effet, ils ont oublié la mort et le changement du temps.  Dieu l’Exalté a dit : N'oppressez et ne soyez opprimés.  Je dis non à cette oppression aveugle qui ne pense qu’à s'enrichir. Mais toutes ces victimes d’abus et de crimes auront une justice juste.  Toutes les licences monnayées par le protégé directeur de l’aviation civile, je les publierai. A suivre dans la 3ème partie, suite du J2_KBA et autres.

Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),

Président du MRD

Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011

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«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»

De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.

Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.

Le Renouveau Djiboutien :

D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.

Daher Ahmed Farah (DAF) :

Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.

Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.

Le Renouveau Djiboutien :

La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?

Daher Ahmed Farah :

Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.

Le Renouveau Djiboutien :

Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?

Daher Ahmed Farah :

Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.

Le Renouveau Djiboutien :

Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?

Daher Ahmed Farah :

La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.

Le Renouveau Djiboutien :

Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.

Le Renouveau Djiboutien :

Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.

Daher Ahmed Farah :

Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques.

Le Renouveau Djiboutien :

Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?

Daher Ahmed Farah :

Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée.

Le Renouveau Djiboutien :

Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?

Daher Ahmed Farah :

Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.

Le Renouveau Djiboutien :

Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.

Le Renouveau Djiboutien:

Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?

Daher Ahmed Farah :

Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama.

Le Renouveau Djiboutien :

Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011.

Le Renouveau Djiboutien :

Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?

Daher Ahmed Farah :

Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.

Le Renouveau Djiboutien :

L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.

Le Renouveau Djiboutien :

Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?

Daher Ahmed Farah :

C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.

Le Renouveau Djiboutien :

Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?

Daher Ahmed Farah :

Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience.

Le Renouveau Djiboutien :

Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?

Daher Ahmed Farah :

Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.

Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.

Le Renouveau Djiboutien :

Merci, Monsieur le président.

Daher Ahmed Farah :

C’est moi qui vous remercie.

Trois dossiers de partis politiques, une seule autorisation

Depuis quelques mois, l’envie de créer un parti politique, s’est emparé de certains compatriotes djiboutiens. Certains semblent plutôt encouragés par le régime, d’autres, non. Une première formation, qui s’est baptisée Centre des démocrates unifiés (CDU), présidé par Omar Elmi Khaireh, ancien indépendantiste aujourd’hui rallié au régime, a obtenu sa légalisation en septembre 2012, tandis qu’une autre formation ayant pour président-fondateur un ancien notaire qui a été un temps actif dans les rangs de l’opposition, Djama Abdourahman Djama dit Andoleh, attend tranquillement sa légalisation. Il est une troisième création de parti politique qui retient notre attention : Mouvement pour le développement et la liberté (Model). Il s’agit d’une formation dont le dossier de légalisation, déposé jeudi 29 novembre 2012 par un groupe de cadres djiboutiens, composé en majorité d’oulémas (religieux), se heurte à l’hostilité du régime. L’indépendance d’esprit que manifestent les fondateurs ne semble point plaire au président Guelleh qui cherche vainement le moyen de les faire renoncer à leur initiative. Les offres habituelles d’argent public et de promotion professionnelle ne fonctionnent pas. Les proposions de sièges de député au titre du parti au pouvoir, le vomi RPP, non plus. Pas plus que les menaces et autres intimidations verbales. Probablement encouragés par le Printemps arabe, ces Djiboutiens maintiennent fermement leur demande de légalisation du parti, et la Loi les y autorise. D’où l’hostilité du régime dont l’accès de peur et de violence face à tout ce qui résiste, n’est jamais loin. A suivre.

Quand le Trésor public affiche l’insolvabilité de l’État de Djibouti

Nous l’écrivons depuis des mois, l’argent public vient à manquer en République de Djibouti, asséché par la corruption tous azimuts qui caractérise ce régime. De sorte que l’État ne parvient plus à payer ses salariés, ce que vient de rendre public le Trésor national en affichant une note annonçant la suspension du paiement de toutes les factures de fournisseurs jusqu‘à la fin de l’année 2012. Ce, dans l’espoir de payer, avec le peu d’argent public qui échappe à la corruption, les salaires des agents de l’administration. Nombre de ces derniers, notamment au ministère des Affaires étrangères, connaissent en effet des retards de salaires.

Les commerçants de la place Harbi se plaignent

A la Place Mahamoud Harbi de la capitale, les commerçants n’en peuvent plus. Ils sont harcelés de toutes parts par le régime qui est en mal d’argent suite aux ponctions massives qu’opère la corruption autorisée sur les deniers publics. «Pas un jour ne se passe sans que des agents de l’administration ne viennent nous demander de payer, nous confie un commerçant. Patente, bénéfice, voirie…les appellations fiscales changent, mais pas l’injonction à payer, alors que nous sommes en règle».

Halte à la corruption et au racket qu’elle entraîne et place à la bonne gestion !

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti

Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

Ø Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

Ø Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

Ø Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

Ø Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Dikhil : le racket au timbre de la carte nationale d’identité

Selon nos informations, le préfet de Dikhil, Mohamed Cheiko Hassan, un habitué de nos colonnes, fait payer 8000 francs Djibouti de timbre aux administrés qui viennent se faire délivrer leur carte nationale d’identité. Au lieu des 2000 francs Djibouti légaux. Soit 6000 francs de racket par carte demandée. Halte au racket !

Recrutement des élèves instituteurs session 2012 :

Un curieux concours

La semaine dernière, ont été publiés sur le site internet du Centre de formation du personnel de l’éducation nationale (CFPEN), les résultats du concours de recrutement des élèves instituteurs, session 2012. Des résultats bien curieux. Ce qui est curieux dans ce concours c’est que plus le diplôme détenu par les candidats était élevé (il le reste), plus leurs chances de réussite se sont révélées faibles. Ainsi, des bacheliers ont surclassé des titulaires de licence. Est-ce à dire que trois ans d’études universitaires ont abouti à une sérieuse baisse de niveau chez ces candidats titulaires d’une licence ? Ou les lauréats bacheliers ont bénéficié de fuites d’épreuves, comme le murmurent certains ? Lien du site du CFPEN: http://www.cfpen.dj/index.php?option=com_content&task=view&id=32&Itemid=63).

Ali Abayazid, directeur-adjoint de la BCI dans la tourmente

Ali Abayazid Moussa, le plutôt jeune directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti (BCI), principal établissement bancaire de notre pays, dont l’actionnaire majoritaire est une banque française, la Banque régionale d’escompte et de dépôt (BRED), laquelle en détient 51%, serait dans la tourmente, accusé de corruption. Il lui serait notamment reproché par la BRED de s’être octroyé un vrai faux loyer au titre d’une parcelle de terrain nu lui appartenant et sise au quartier Salines-Ouest de la capitale, parcelle qu’il aurait fait passer pour le siège d’une antenne de la BCI. La supercherie lui aurait rapporté un loyer mensuel substantiel que certaines sources évaluent à quelques millions de francs Djibouti (par mois). Le sieur Ali Abayazid a de qui tenir puisqu’il a été à l’école d’un ancien ministre et ambassadeur à Bruxelles, Mohamed Moussa Chehem, qui ne passe pas pour un modèle d’intégrité, et qu’il est actuellement protégé par un certain Djama Mahamoud Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti.

Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent

Notre concitoyen et gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, par ailleurs beau-frère du président Ismaël Omar Guelleh, Djama Mahamoud Haïd, qui nous a pourtant interpellés par ses tweets, se mure encore dans le silence face à nos questions. En bons démocrates, nous n’en poursuivons pas moins nos questions. Aujourd’hui, c’est sur le troisième tweet que nous interrogeons l’influent beau-frère. Revoici le tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales». Nos lecteurs le remarquent, ce tweet suggère que son auteur détient des informations précises et qu’il sait que des Djiboutiens fortunés ont des comptes secrets dans des banques de Genève en Suisse. Nous lui demandons qui sont ces Djiboutiens. Nous lui demandons aussi pourquoi ils n’ont pas confiance dans les banques djiboutiennes dont il exerce la supervision en tant que patron de la Banque centrale de Djibouti. Autre question, quel effet lui fait-il de prendre connaissance de cette défiance ? S’il pense qu’il s’agit plutôt de l’argent mal acquis que l’on cherche à mettre à l’abri, pourquoi n’agit-il pas au lieu de se contenter d’un tweet vague ? Nous lui demandons enfin s’il ne fait pas lui-même partie de ces Djiboutiens fortunés qui cachent de l’argent à l’étranger. Pourquoi ne publiez-vous pas votre fortune, cher concitoyen, vous qui occupez un poste financièrement sensible et qui donnez des leçons de patriotisme économique ? De combien êtes-vous riche et depuis quand ? Nous vous attendons, concitoyen.

Message de condoléances

Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du MRD, adressent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Ahmed Assoweh Rirache, décédé en Belgique jeudi 29 novembre 2012. Allah accueille en son Paradis Éternel ce démocrate djiboutien. Amin.

Erratum

Le sieur Béchir, qui rédige le bulletin peu connu sur la place publique du fantomatique parti Union des partisans de la réforme (UPR), dont la création a été suscitée par le RPP au pouvoir dont il est l’un des satellites, s’appelle Béchir Maki et non Béchir Omar Abdoulkader. Il n’est donc pas le frère du procureur Maki Omar Abdoulkader mais politiquement et familialement proche de lui. Cette petite coquille ne dispense pas notre concitoyen Béchir de cesser ses agissements du ventre au détriment de la jeunesse et de la région de Tadjourah.

Lire dans la prochaine édition de La Voix de Djibouti :

En raison de la densité de notre présent numéro de LVD, nous avons décidé de reporter à la semaine prochaine la publication de l’interview que nous a accordée la grande Tawakkol Karman, journaliste et activiste pro-démocratie yéménite, qui avait été hautement distinguée par le Prix Nobel de la Paix 2011. Que nos lecteurs veuillent bien nous en excuser.
   

Edition n° 144 du 02 décembre 2012

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 02 décembre 2012)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com

et le site www.lavoixdedjibouti.com

Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime www.lavoixdedjibouti.rsf.org

Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),

Président du MRD

Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011

«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»

De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.

Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.

Le Renouveau Djiboutien :

D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.

Daher Ahmed Farah (DAF) :

Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.

Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.

Le Renouveau Djiboutien :

La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?

Daher Ahmed Farah :

Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.

Le Renouveau Djiboutien :

Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?

Daher Ahmed Farah :

Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.

Le Renouveau Djiboutien :

Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?

Daher Ahmed Farah :

La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.

Le Renouveau Djiboutien :

Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.

Le Renouveau Djiboutien :

Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.

Daher Ahmed Farah :

Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques.

Le Renouveau Djiboutien :

Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?

Daher Ahmed Farah :

Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée.

Le Renouveau Djiboutien :

Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?

Daher Ahmed Farah :

Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.

Le Renouveau Djiboutien :

Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.

Le Renouveau Djiboutien:

Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?

Daher Ahmed Farah :

Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama.

Le Renouveau Djiboutien :

Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011.

Le Renouveau Djiboutien :

Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?

Daher Ahmed Farah :

Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.

Le Renouveau Djiboutien :

L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.

Le Renouveau Djiboutien :

Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?

Daher Ahmed Farah :

C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.

Le Renouveau Djiboutien :

Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?

Daher Ahmed Farah :

Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience.

Le Renouveau Djiboutien :

Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?

Daher Ahmed Farah :

Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.

Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.

Le Renouveau Djiboutien :

Merci, Monsieur le président.

Daher Ahmed Farah :

C’est moi qui vous remercie.

Trois dossiers de partis politiques, une seule autorisation

Depuis quelques mois, l’envie de créer un parti politique, s’est emparé de certains compatriotes djiboutiens. Certains semblent plutôt encouragés par le régime, d’autres, non. Une première formation, qui s’est baptisée Centre des démocrates unifiés (CDU), présidé par Omar Elmi Khaireh, ancien indépendantiste aujourd’hui rallié au régime, a obtenu sa légalisation en septembre 2012, tandis qu’une autre formation ayant pour président-fondateur un ancien notaire qui a été un temps actif dans les rangs de l’opposition, Djama Abdourahman Djama dit Andoleh, attend tranquillement sa légalisation. Il est une troisième création de parti politique qui retient notre attention : Mouvement pour le développement et la liberté (Model). Il s’agit d’une formation dont le dossier de légalisation, déposé jeudi 29 novembre 2012 par un groupe de cadres djiboutiens, composé en majorité d’oulémas (religieux), se heurte à l’hostilité du régime. L’indépendance d’esprit que manifestent les fondateurs ne semble point plaire au président Guelleh qui cherche vainement le moyen de les faire renoncer à leur initiative. Les offres habituelles d’argent public et de promotion professionnelle ne fonctionnent pas. Les proposions de sièges de député au titre du parti au pouvoir, le vomi RPP, non plus. Pas plus que les menaces et autres intimidations verbales. Probablement encouragés par le Printemps arabe, ces Djiboutiens maintiennent fermement leur demande de légalisation du parti, et la Loi les y autorise. D’où l’hostilité du régime dont l’accès de peur et de violence face à tout ce qui résiste, n’est jamais loin. A suivre.

Quand le Trésor public affiche l’insolvabilité de l’État de Djibouti

Nous l’écrivons depuis des mois, l’argent public vient à manquer en République de Djibouti, asséché par la corruption tous azimuts qui caractérise ce régime. De sorte que l’État ne parvient plus à payer ses salariés, ce que vient de rendre public le Trésor national en affichant une note annonçant la suspension du paiement de toutes les factures de fournisseurs jusqu‘à la fin de l’année 2012. Ce, dans l’espoir de payer, avec le peu d’argent public qui échappe à la corruption, les salaires des agents de l’administration. Nombre de ces derniers, notamment au ministère des Affaires étrangères, connaissent en effet des retards de salaires.

Les commerçants de la place Harbi se plaignent

A la Place Mahamoud Harbi de la capitale, les commerçants n’en peuvent plus. Ils sont harcelés de toutes parts par le régime qui est en mal d’argent suite aux ponctions massives qu’opère la corruption autorisée sur les deniers publics. «Pas un jour ne se passe sans que des agents de l’administration ne viennent nous demander de payer, nous confie un commerçant. Patente, bénéfice, voirie…les appellations fiscales changent, mais pas l’injonction à payer, alors que nous sommes en règle».

Halte à la corruption et au racket qu’elle entraîne et place à la bonne gestion !

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti

Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

Ø Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

Ø Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

Ø Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

Ø Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Dikhil : le racket au timbre de la carte nationale d’identité

Selon nos informations, le préfet de Dikhil, Mohamed Cheiko Hassan, un habitué de nos colonnes, fait payer 8000 francs Djibouti de timbre aux administrés qui viennent se faire délivrer leur carte nationale d’identité. Au lieu des 2000 francs Djibouti légaux. Soit 6000 francs de racket par carte demandée. Halte au racket !

Recrutement des élèves instituteurs session 2012 :

Un curieux concours

La semaine dernière, ont été publiés sur le site internet du Centre de formation du personnel de l’éducation nationale (CFPEN), les résultats du concours de recrutement des élèves instituteurs, session 2012. Des résultats bien curieux. Ce qui est curieux dans ce concours c’est que plus le diplôme détenu par les candidats était élevé (il le reste), plus leurs chances de réussite se sont révélées faibles. Ainsi, des bacheliers ont surclassé des titulaires de licence. Est-ce à dire que trois ans d’études universitaires ont abouti à une sérieuse baisse de niveau chez ces candidats titulaires d’une licence ? Ou les lauréats bacheliers ont bénéficié de fuites d’épreuves, comme le murmurent certains ? Lien du site du CFPEN: http://www.cfpen.dj/index.php?option=com_content&task=view&id=32&Itemid=63).

Ali Abayazid, directeur-adjoint de la BCI dans la tourmente

Ali Abayazid Moussa, le plutôt jeune directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti (BCI), principal établissement bancaire de notre pays, dont l’actionnaire majoritaire est une banque française, la Banque régionale d’escompte et de dépôt (BRED), laquelle en détient 51%, serait dans la tourmente, accusé de corruption. Il lui serait notamment reproché par la BRED de s’être octroyé un vrai faux loyer au titre d’une parcelle de terrain nu lui appartenant et sise au quartier Salines-Ouest de la capitale, parcelle qu’il aurait fait passer pour le siège d’une antenne de la BCI. La supercherie lui aurait rapporté un loyer mensuel substantiel que certaines sources évaluent à quelques millions de francs Djibouti (par mois). Le sieur Ali Abayazid a de qui tenir puisqu’il a été à l’école d’un ancien ministre et ambassadeur à Bruxelles, Mohamed Moussa Chehem, qui ne passe pas pour un modèle d’intégrité, et qu’il est actuellement protégé par un certain Djama Mahamoud Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti.

Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent

Notre concitoyen et gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, par ailleurs beau-frère du président Ismaël Omar Guelleh, Djama Mahamoud Haïd, qui nous a pourtant interpellés par ses tweets, se mure encore dans le silence face à nos questions. En bons démocrates, nous n’en poursuivons pas moins nos questions. Aujourd’hui, c’est sur le troisième tweet que nous interrogeons l’influent beau-frère. Revoici le tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales». Nos lecteurs le remarquent, ce tweet suggère que son auteur détient des informations précises et qu’il sait que des Djiboutiens fortunés ont des comptes secrets dans des banques de Genève en Suisse. Nous lui demandons qui sont ces Djiboutiens. Nous lui demandons aussi pourquoi ils n’ont pas confiance dans les banques djiboutiennes dont il exerce la supervision en tant que patron de la Banque centrale de Djibouti. Autre question, quel effet lui fait-il de prendre connaissance de cette défiance ? S’il pense qu’il s’agit plutôt de l’argent mal acquis que l’on cherche à mettre à l’abri, pourquoi n’agit-il pas au lieu de se contenter d’un tweet vague ? Nous lui demandons enfin s’il ne fait pas lui-même partie de ces Djiboutiens fortunés qui cachent de l’argent à l’étranger. Pourquoi ne publiez-vous pas votre fortune, cher concitoyen, vous qui occupez un poste financièrement sensible et qui donnez des leçons de patriotisme économique ? De combien êtes-vous riche et depuis quand ? Nous vous attendons, concitoyen.

Message de condoléances

Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du MRD, adressent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Ahmed Assoweh Rirache, décédé en Belgique jeudi 29 novembre 2012. Allah accueille en son Paradis Éternel ce démocrate djiboutien. Amin.

Erratum

Le sieur Béchir, qui rédige le bulletin peu connu sur la place publique du fantomatique parti Union des partisans de la réforme (UPR), dont la création a été suscitée par le RPP au pouvoir dont il est l’un des satellites, s’appelle Béchir Maki et non Béchir Omar Abdoulkader. Il n’est donc pas le frère du procureur Maki Omar Abdoulkader mais politiquement et familialement proche de lui. Cette petite coquille ne dispense pas notre concitoyen Béchir de cesser ses agissements du ventre au détriment de la jeunesse et de la région de Tadjourah.

Lire dans la prochaine édition de La Voix de Djibouti :

En raison de la densité de notre présent numéro de LVD, nous avons décidé de reporter à la semaine prochaine la publication de l’interview que nous a accordée la grande Tawakkol Karman, journaliste et activiste pro-démocratie yéménite, qui avait été hautement distinguée par le Prix Nobel de la Paix 2011. Que nos lecteurs veuillent bien nous en excuser.

Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),

Président du MRD

Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011

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«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»

De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.

Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.

Le Renouveau Djiboutien :

D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.

Daher Ahmed Farah (DAF) :

Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.

Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.

Le Renouveau Djiboutien :

La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?

Daher Ahmed Farah :

Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.

Le Renouveau Djiboutien :

Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?

Daher Ahmed Farah :

Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.

Le Renouveau Djiboutien :

Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?

Daher Ahmed Farah :

La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.

Le Renouveau Djiboutien :

Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’expression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.

Le Renouveau Djiboutien :

Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.

Daher Ahmed Farah :

Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques.

Le Renouveau Djiboutien :

Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?

Daher Ahmed Farah :

Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée.

Le Renouveau Djiboutien :

Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?

Daher Ahmed Farah :

Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.

Le Renouveau Djiboutien :

Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner?

Daher Ahmed Farah :

C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.

Le Renouveau Djiboutien:

Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?

Daher Ahmed Farah :

Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama.

Le Renouveau Djiboutien :

Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011.

Le Renouveau Djiboutien :

Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?

Daher Ahmed Farah :

Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.

Le Renouveau Djiboutien :

L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.

Le Renouveau Djiboutien :

Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?

Daher Ahmed Farah :

C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.

Le Renouveau Djiboutien :

Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?

Daher Ahmed Farah :

Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience.

Le Renouveau Djiboutien :

Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?

Daher Ahmed Farah :

Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.

Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.

Le Renouveau Djiboutien :

Merci, Monsieur le président.

Daher Ahmed Farah :

C’est moi qui vous remercie.

Trois dossiers de partis politiques, une seule autorisation

Depuis quelques mois, l’envie de créer un parti politique, s’est emparé de certains compatriotes djiboutiens. Certains semblent plutôt encouragés par le régime, d’autres, non. Une première formation, qui s’est baptisée Centre des démocrates unifiés (CDU), présidé par Omar Elmi Khaireh, ancien indépendantiste aujourd’hui rallié au régime, a obtenu sa légalisation en septembre 2012, tandis qu’une autre formation ayant pour président-fondateur un ancien notaire qui a été un temps actif dans les rangs de l’opposition, Djama Abdourahman Djama dit Andoleh, attend tranquillement sa légalisation. Il est une troisième création de parti politique qui retient notre attention : Mouvement pour le développement et la liberté (Model). Il s’agit d’une formation dont le dossier de légalisation, déposé jeudi 29 novembre 2012 par un groupe de cadres djiboutiens, composé en majorité d’oulémas (religieux), se heurte à l’hostilité du régime. L’indépendance d’esprit que manifestent les fondateurs ne semble point plaire au président Guelleh qui cherche vainement le moyen de les faire renoncer à leur initiative. Les offres habituelles d’argent public et de promotion professionnelle ne fonctionnent pas. Les proposions de sièges de député au titre du parti au pouvoir, le vomi RPP, non plus. Pas plus que les menaces et autres intimidations verbales. Probablement encouragés par le Printemps arabe, ces Djiboutiens maintiennent fermement leur demande de légalisation du parti, et la Loi les y autorise. D’où l’hostilité du régime dont l’accès de peur et de violence face à tout ce qui résiste, n’est jamais loin. A suivre.

Quand le Trésor public affiche l’insolvabilité de l’État de Djibouti

Nous l’écrivons depuis des mois, l’argent public vient à manquer en République de Djibouti, asséché par la corruption tous azimuts qui caractérise ce régime. De sorte que l’État ne parvient plus à payer ses salariés, ce que vient de rendre public le Trésor national en affichant une note annonçant la suspension du paiement de toutes les factures de fournisseurs jusqu‘à la fin de l’année 2012. Ce, dans l’espoir de payer, avec le peu d’argent public qui échappe à la corruption, les salaires des agents de l’administration. Nombre de ces derniers, notamment au ministère des Affaires étrangères, connaissent en effet des retards de salaires.

Les commerçants de la place Harbi se plaignent

A la Place Mahamoud Harbi de la capitale, les commerçants n’en peuvent plus. Ils sont harcelés de toutes parts par le régime qui est en mal d’argent suite aux ponctions massives qu’opère la corruption autorisée sur les deniers publics. «Pas un jour ne se passe sans que des agents de l’administration ne viennent nous demander de payer, nous confie un commerçant. Patente, bénéfice, voirie…les appellations fiscales changent, mais pas l’injonction à payer, alors que nous sommes en règle».

Halte à la corruption et au racket qu’elle entraîne et place à la bonne gestion !

Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti

Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

Ø Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

Ø Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

Ø Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

Ø Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Dikhil : le racket au timbre de la carte nationale d’identité

Selon nos informations, le préfet de Dikhil, Mohamed Cheiko Hassan, un habitué de nos colonnes, fait payer 8000 francs Djibouti de timbre aux administrés qui viennent se faire délivrer leur carte nationale d’identité. Au lieu des 2000 francs Djibouti légaux. Soit 6000 francs de racket par carte demandée. Halte au racket !

Recrutement des élèves instituteurs session 2012 :

Un curieux concours

La semaine dernière, ont été publiés sur le site internet du Centre de formation du personnel de l’éducation nationale (CFPEN), les résultats du concours de recrutement des élèves instituteurs, session 2012. Des résultats bien curieux. Ce qui est curieux dans ce concours c’est que plus le diplôme détenu par les candidats était élevé (il le reste), plus leurs chances de réussite se sont révélées faibles. Ainsi, des bacheliers ont surclassé des titulaires de licence. Est-ce à dire que trois ans d’études universitaires ont abouti à une sérieuse baisse de niveau chez ces candidats titulaires d’une licence ? Ou les lauréats bacheliers ont bénéficié de fuites d’épreuves, comme le murmurent certains ? Lien du site du CFPEN: http://www.cfpen.dj/index.php?option=com_content&task=view&id=32&Itemid=63).

Ali Abayazid, directeur-adjoint de la BCI dans la tourmente

Ali Abayazid Moussa, le plutôt jeune directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti (BCI), principal établissement bancaire de notre pays, dont l’actionnaire majoritaire est une banque française, la Banque régionale d’escompte et de dépôt (BRED), laquelle en détient 51%, serait dans la tourmente, accusé de corruption. Il lui serait notamment reproché par la BRED de s’être octroyé un vrai faux loyer au titre d’une parcelle de terrain nu lui appartenant et sise au quartier Salines-Ouest de la capitale, parcelle qu’il aurait fait passer pour le siège d’une antenne de la BCI. La supercherie lui aurait rapporté un loyer mensuel substantiel que certaines sources évaluent à quelques millions de francs Djibouti (par mois). Le sieur Ali Abayazid a de qui tenir puisqu’il a été à l’école d’un ancien ministre et ambassadeur à Bruxelles, Mohamed Moussa Chehem, qui ne passe pas pour un modèle d’intégrité, et qu’il est actuellement protégé par un certain Djama Mahamoud Haid, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti.

Le beau-frère Djama M. Haïd persiste dans le silence, nos questions continuent

Notre concitoyen et gouverneur de la Banque centrale de Djibouti, par ailleurs beau-frère du président Ismaël Omar Guelleh, Djama Mahamoud Haïd, qui nous a pourtant interpellés par ses tweets, se mure encore dans le silence face à nos questions. En bons démocrates, nous n’en poursuivons pas moins nos questions. Aujourd’hui, c’est sur le troisième tweet que nous interrogeons l’influent beau-frère. Revoici le tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales». Nos lecteurs le remarquent, ce tweet suggère que son auteur détient des informations précises et qu’il sait que des Djiboutiens fortunés ont des comptes secrets dans des banques de Genève en Suisse. Nous lui demandons qui sont ces Djiboutiens. Nous lui demandons aussi pourquoi ils n’ont pas confiance dans les banques djiboutiennes dont il exerce la supervision en tant que patron de la Banque centrale de Djibouti. Autre question, quel effet lui fait-il de prendre connaissance de cette défiance ? S’il pense qu’il s’agit plutôt de l’argent mal acquis que l’on cherche à mettre à l’abri, pourquoi n’agit-il pas au lieu de se contenter d’un tweet vague ? Nous lui demandons enfin s’il ne fait pas lui-même partie de ces Djiboutiens fortunés qui cachent de l’argent à l’étranger. Pourquoi ne publiez-vous pas votre fortune, cher concitoyen, vous qui occupez un poste financièrement sensible et qui donnez des leçons de patriotisme économique ? De combien êtes-vous riche et depuis quand ? Nous vous attendons, concitoyen.

Message de condoléances

Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du MRD, adressent leurs sincères condoléances à la famille et aux proches de Feu Ahmed Assoweh Rirache, décédé en Belgique jeudi 29 novembre 2012. Allah accueille en son Paradis Éternel ce démocrate djiboutien. Amin.

Erratum

Le sieur Béchir, qui rédige le bulletin peu connu sur la place publique du fantomatique parti Union des partisans de la réforme (UPR), dont la création a été suscitée par le RPP au pouvoir dont il est l’un des satellites, s’appelle Béchir Maki et non Béchir Omar Abdoulkader. Il n’est donc pas le frère du procureur Maki Omar Abdoulkader mais politiquement et familialement proche de lui. Cette petite coquille ne dispense pas notre concitoyen Béchir de cesser ses agissements du ventre au détriment de la jeunesse et de la région de Tadjourah.

Lire dans la prochaine édition de La Voix de Djibouti :

En raison de la densité de notre présent numéro de LVD, nous avons décidé de reporter à la semaine prochaine la publication de l’interview que nous a accordée la grande Tawakkol Karman, journaliste et activiste pro-démocratie yéménite, qui avait été hautement distinguée par le Prix Nobel de la Paix 2011. Que nos lecteurs veuillent bien nous en excuser.
   

Edition n° 143 du 25 novembre 2012

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 25 novembre  2012)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com

et le site www.lavoixdedjibouti.com

Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime www.lavoixdedjibouti.rsf.org

Visite du président du MRD à Washington et à Ottawa


Le dynamique président du Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement (MRD), Daher Ahmed Farah (DAF), a effectué une visite d'une semaine à Ottawa et à Washington, capitales respectives du Canada et des États-Unis d'Amérique, du 14 au 20 novembre 2012. Au cours de cette visite, le leader du MRD, parti d'opposition le plus redouté du régime mais aussi le plus ancien à Djibouti où il a été fondé en septembre 1992 sous l'appellation de Parti du renouveau démocratique (PRD), a rencontré de hauts responsables américains à Washington mais aussi des membres actifs de la diaspora djiboutienne du Canada et des États-Unis d'Amérique. Avec les uns comme avec les autres, DAF s'est entretenu de la situation préoccupante de notre pays, Djibouti, où des élections législatives sont prévues pour le 22 février 2013.

Nous publierons dans les tout prochains jours une longue interview du président du MRD au micro de Mohamed Houssein Absieh.


Le MRD rencontre Tawakkol Karman, Prix Nobel 2011 de la Paix


Le MRD a rencontré à Ottawa au Canada la co-récipiendaire du Prix Nobel de la Paix 2011, Tawakkol Karman, journaliste yéménite distinguée pour son courage et son rôle non-violent dans la révolution qui a débuté dans son pays en 2011. C'est le 21 novembre 2012, lors d'une visite dans la capitale canadienne où elle était venue délivrer une conférence au centre d'études en politiques internationales de l'université d'Ottawa sur le thème «les femmes et la lutte pour la paix et la justice dans le monde», que Monsieur Ali Salem Omar, directeur de cabinet du président du MRD, a rencontré Madame Tawakkol Karman. Ali Salem Omar s'est entretenue avec elle. Mieux, et pour le compte de La Voix de Djibouti, il lui a proposé une interview à laquelle le Prix Nobel s'est volontiers prêtée, interview que nous publierons dans notre édition de la semaine prochaine.


Le journaliste et défenseur des droits de l'Homme Houssein Ahmed Farah libéré


Notre correspondant à Djibouti, Houssein Ahmed Farah, qui est aussi défenseur des droits de l'Homme et cadre du parti d'opposition MRD, a été libéré dimanche 18 novembre 2012 vers 13 heures par la cour d'appel de Djibouti. Selon son avocat sur place, Maître Zakaria Abdillahi, secondé à l'intérieur par Maître Foulieh et à l'extérieur par Maître Nzepa d'Avocats Sans Frontières (ASF), il s'agit d'une mise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire décidée par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Djibouti. Laquelle avait été saisie d'une quatrième demande de mise en liberté provisoire. A la Voix de Djibouti, nous sommes convaincus que notre confrère Houssein Ahmed Farah a été arbitrairement détenu près de trois mois de demi, une détention qui fait d'ailleurs l'objet d'une saisine par Reporters Sans Frontières (RSF) du Groupe de travail des Nations-Unies sur la détention arbitraire.

Reste que cette libération, même provisoire, nous soulage. Aussi remercions-nous vivement toutes les organisations, tous les médias et toutes les personnalités qui se sont mobilisés pour que Houssein Ahmed Farah sorte de prison. Nous remercions particulièrement Reporters Sans Frontières (RSF), Avocats Sans Frontières (ASF), la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), la Voix de l'Amérique et Radio France International (RFI).

Arrêté le 8 août 2012 par la police et placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Gabode le 11 août 2012, Houssein Ahmed Farah aura passé 102 jours en détention. Durant sa détention, il n'a pas bénéficié d'une assistance médicale appropriée à son état de santé fragile (il est diabétique) et les visites de ses proches étaient limitées. De plus, il a été privé de l'assistance d'un avocat durant sa garde à vue et les premiers jours d'incarcération à la prison centrale de Gabode.

Nous publions en fin de journal les réactions de RSF et de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) ainsi que de certains médias internationaux.


La chambre d'accusation refuse la mainlevée à deux autres journalistes de LVD


Le jour même où elle a accordé la liberté provisoire à Houssein Ahmed Farah, la chambre d'accusation de la cour d'appel de Djibouti a rejeté la demande de mainlevée introduite par deux autres collaborateurs de La Voix de Djibouti (LVD), Mohamed Ibrahim Waiss et Moustapha Abdourahman Houssein. Tous deux ont été co-détenus durant quatre mois en 2011 avec Houssein Ahmed Farah, Farah Abadid Hildid, Abdillahi Aden Ali et Houssein Robleh Dabar, et ils sont depuis lors en liberté provisoire sous contrôle judiciaire, sans que leur dossier n'ait avancé d'un iota. Ils sont donc arbitrairement limités dans leur liberté. Précédemment, c'était Farah Abadid Hildid qui s'était vu refuser la mainlevée de la liberté provisoire à laquelle il est soumis comme Mohamed Ibrahim Waiss, Moustapha Abdourahman Houssein et les autres depuis le 23 juin 2011.


Détournement massif d'argent public au Port de Djibouti


Et le vol massif des deniers publics par les protégés du régime de se poursuivre de plus belle. Après nos révélations (cf notre flash info du 20 novembre 2012) portant sur le détournement de plus de 8 millions de dollars américains destinés à la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, nous sommes aujourd'hui en mesure de vous révéler un autre vol massif qui frappe, lui, le Port autonome de Djibouti (PAID), établissement public que dirige le demi-frère du dictateur Guelleh, Saad Omar Guelleh. Selon nos informations, le vol dépasse largement la centaine de millions de francs Djibouti. Le montant de 125 millions de francs Djibouti est d'ores et déjà connu. Il a été détourné, apprend-on, par un agent du service de comptabilité que coiffe la Direction administrative et financière (DAF). Cet agent, un certain A, s'était tout simplement ouvert un compte au nom d'une société bidon baptisée EXPAIDIA, appellation créée à partir du sigle PAID qui est celui du Port. Puis il détournait les chèques à l'ordre du Port qu'il était censé comptabiliser en transformant le sigle PAID en EXPAIDIA et en les déposant sur le compte de sa société bidon. Le chèque le plus important était de 35 millions de francs Djibouti et le moins important de 5 millions. Et l'argent de couler à flot sur ce compte. Et le jeune homme de s'enrichir à vue d’œil et d'arroser qui il veut. Sans que, ajoute-t-on, aucun responsable de la DAF ou de la direction générale du Port ne trouve rien à redire.

Voilà qui n'est pas sans poser question. Comment se fait-il, en effet, que cela ait été si facilement possible et à une telle ampleur sous les yeux des différents responsables du Port ? L'agent incriminé n'a-t-il pas bénéficié de complicités en haut lieu du PAID ? Il semble que l'enquête ouverte en interne ait permis de découvrir d'autres sommes détournées et qu'elle se poursuive encore. Étonné par l'ampleur des premiers dégâts mis au jour, le président de l'Autorité des Ports et Zones franches, Aboubaker Omar Hadi, aurait demandé des explications au directeur du PAID, Saad Omar Guelleh, qui lui aurait opposé un silence méprisant.

Il apparaît qu'avec la nomination de Saad Omar Guelleh à sa tête, le PAID est plus que jamais un lieu familial où l'on se donne du «adeero (oncle ou neveu paternel), abtio (oncle ou neveu maternel), habo (tante ou nièce maternelle), edo (tante ou nièce paternelle), hooyo (maman), etc. A suivre.


Un véhicule présidentiel affecté au détournement des mineures


Sous le dictateur Guelleh, rien ne nous est épargné. Vraiment rien. Moralement comme matériellement. C'est ainsi que la répression tous azimuts et la prédation effrénée de l'État et du pays s'accompagnent d'une débauche sans précédent chez les voleurs d'État et de pays de tout poil. Avec l'argent volé au peuple, ces individus sans foi ni loi cherchent à assouvir leurs pulsions les plus basses. Et c'est la jeunesse innocente et fragilisée par la misère qui en fait les frais. En témoigne ce véhicule Nissan Patrol tout terrain immatriculé A, c'est-à-dire affecté aux services de la présidence de la République, qui fait les sorties des collèges et des lycées de la capitale avec une valise d'argent pour attirer adolescentes et autres jeunes dans les lits des pervers du régime. Il s'agit de l'ancien véhicule de fonction d'Aden Robleh Awaleh, président du Parti national démocratique (PND), à qui il a été retiré lorsqu'il a mis fin à son ralliement politique au régime.

Les agents qui circulent à bord de ce service raisonnent en termes de marchandises sexuelles et livrent de nombreux hauts dignitaires dont certains en fonction à la présidence de la République (ou plutôt de la dictature), des ministres et autres sbires. Ainsi va le pays sous Guelleh. A suivre.


Fonds mondial de lutte contre le SIDA : des millions de dollars détournés par le régime djiboutien


Comme nous en avons rendu compte dans notre flash info du 20 novembre 2012, un rapport d'audit que La Voix de Djibouti s'est procuré, établit que 8 669 873 dollars USA (1 538 902 458 francs Djibouti) ont été détournés par le régime djiboutien du dictateur Guelleh sur les 23 millions et 100 000 dollars versés à Djibouti jusqu'en juin 2012 par le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Cela représente environ 35,5% du total décaissé. Selon ce rapport, l'argent détourné l'a été selon la ventilation suivante :

-Fraude, abus et gaspillage : 755 553 $, soit 134 110 657,5 francs Djibouti,

-Dépenses non admissibles : 2 475 185 $, soit 439 345 337.5 francs Djibouti,

-Dépenses injustifiées ou insuffisamment justifiées : 5 439 135 $, soit 965 446 462.5 francs Djibouti.

Sur les 8 669 873 dollars USA, 475 094 (84 329 185 francs Djibouti) ont été remboursés par le gouvernement djiboutien, qui reconnaît ainsi ce vol massif, ce qui ramène le total à 8 194 779 $, soit près de 8 millions 200 000, chiffre que nous avons cité dans notre flash info.

S'agissant des responsabilités, le rapport pointe du doigt trois fonctionnaires qu'il cible particulièrement. Il s'agit du secrétaire exécutif du programme national de lutte contre le sida à Djibouti, Omar Ali Ismaël Yabeh, fils d'un ancien préfet et ancien maire de Djibouti surnommé Ali Marecane, d'un conseiller technique en poste au ministère de la santé au moment des faits et d'un autre haut agent de l'État. A l'évidence, de tels détournements massifs et de longue durée ne peuvent avoir été perpétrés à l'insu des plus hautes autorités de l'État. Le ministre de la Santé de l'époque, Abdallah Abdillahi Miguil, en poste de mai 2005 à mai 2011, n'a pas caché en privé, en réaction à des accusations officieuses le visant, qu'il n'était pas question de payer seul pour ce vol de grande échelle qui, selon lui, implique jusqu'au sommet de l'État. «Où est passé l'argent du SIDA? Demandez à papa et à maman», aurait-il dit plus d'une fois, suggérant que la plus grande part des fonds onusiens avait atterri dans les poches du couple présidentiel. Du reste, loin d'être inquiété, le ministre Miguil a été nommé ambassadeur de Djibouti en Chine, ce qui est une manière d'acheter son silence.

Sur ce rapport onusien, nous reviendrons encore dans nos prochaines éditions.


Ce que les jeunes de Tadjourah reprochent à l'AFT


Les jeunes indignés de Tadjourah reprochent à l'Association des femmes de Tadjourah (AFT), que dirige la députée Hasna Hassantou, de ne pas notamment utiliser à bon escient les fonds destinés à la lutte contre les mutilations sexuelles dans la région. Cependant, la députée n'est pas la seule personne fidèle au régime à Tadjourah. Le pouvoir compte ici de jeunes gens zélés prêts à toutes les compromissions pour gravir les échelons. Le procureur de la République, Maki Omar Abdoulkader, et son frère Béchir, proche d'un fantomatique parti allié au pouvoir, l'Union des partisans de la réforme (UPR), en sont. Les jeunes de Tadjourah, écrasés par le déni de liberté et la misère matérielle, ne les portent pas dans leur cœur.


Les poteaux électriques attribués au gigolo de gendre du dictateur Guelleh introuvables


A ce jour, les poteaux électriques qui étaient censés sortir de terre et fonctionner à l'énergie solaire pour éclairer les rues de Balbala en banlieue de la capitale, projet offert pour la bagatelle de trois millions de dollars américains (532 500 000 francs Djibouti) au gigolo de gendre du chef de l'État, prénommé Tomy, restent à venir. Le vrai faux entrepreneur n'a ni adresse ni patente, ni savoir-faire. Il aurait d'ailleurs disparu de la circulation à Djibouti après avoir empoché les premiers décaissements du projet : lui et son épouse (et fille du couple présidentiel) sont signalés à Paris où ils seraient en train de s'amuser avec cet argent public.

La population de Wadi à Obock se plaint d'un chef militaire


Les habitants de la localité de Wadi dans la région d'Obock se plaignent du chef militaire local, un lieutenant, qui se reconnaîtra. Selon nos informations, l'officier harcèle et brutalise la population. Nous disons halte aux abus ! A suivre.


La leçon de dignité de la ministre somalienne des Affaires étrangères, Fauzia Yusuf Hadji Adan, à la première dame de Djibouti, Kadra Mahamoud Haïd


Ah si le ridicule tuait...! C'est le 16 novembre 2012 à la résidence du couple dictatorial à Haramouss dans la capitale djiboutienne. La première dame de Djibouti, Kadra Mahamoud Haïd, épouse du dictateur Guelleh, qui fait feu de tout bois pour faire la fête, profite de la tenue à Djibouti de la conférence des ministres des Affaires étrangères de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) pour s'organiser une soirée dansante et mangeante. Au milieu de sa courette de courtisanes, d'instruments de musique et d'artistes amuseurs. Elle y invite la ministre des Affaires étrangères et vice-première ministre de la Somalie, Madame Fauzia Yusuf Hadji Adan, venue participer à la conférence de l'OCI au titre du gouvernement du nouveau président somalien, Hassan Cheik Mahamoud. Mais pas son homologue du Pakistan, autre femme ministre des Affaires étrangères participant à la conférence.

C'est par le bourrage des ventres que débute la soirée. Et il y en a jusqu'au dégoût. A mille lieues de la faim qui tenaille les quartiers populaires de la capitale djiboutienne, non loin de là. Palais et panses s'activent longuement. La ministre somalienne peine à cacher sa gêne devant tant de gaspillage. Puis s'anime la piste de danse, Kadra et ses courtisanes se trémoussant au son et au rythme d'une musique endiablée. A ce spectacle d'insouciance et d'inconscience de la première dame de Djibouti, une femme de plus de 60 ans qui s'amuse comme une enfant gâtée au détriment de son peuple qui a faim et soif à plus de 80%, Fauzia Yusuf Hadji Adan tombe des nues. Elle n'en croit ni ses yeux ni ses oreilles. De sorte que lorsque Kadra Mahamoud Haïd l'invite à danser, elle dit fermement non. Ce refus fait scandale aux yeux des courtisanes de la première dame de Djibouti qui insistent auprès de la ministre pour la faire danser. Madame Fauzia, pourtant plus jeune en âge que Kadra, est inébranlable, leur répondant par cette phrase qui en dit sur le décalage en termes de dignité entre elle et Kadra : «Avec quel cœur voulez-vous, sœurs, que je puisse danser et fêter, compte tenu de mon âge et de la situation de mon pays?» Avec quel cœur en effet ? Peu après, à minuit, la ministre Fauzia Yusuf Hadji Adan quitte les lieux et rentre à son hôtel, laissant Kadra et ses courtisanes à leur fête, une fête d'autant plus honteuse qu'à une centaine de mètres de là se poursuit le deuil de Feu Aboubaker Elmi Ahmed dit Elmi Sanjab (ou Lesterel), voisin du couple dictatorial. La soirée s'achève vers deux heures. Sans respect pour la mémoire du défunt voisin.

Voilà une leçon de dignité donnée à Kadra Mahamoud Haïd par Fauzia Yusuf Hadji Adan. Pas sûr, cependant, que cela apporte un supplément de dignité et de conscience à notre première dame.

Le beau-frère Djama M. Haïd ne répond pas, nous continuons


Après la découverte de certains de ses tweets, nous avons, dans notre édition du 11 novembre 2011, posé quelques questions au gouverneur de la banque centrale de Djibouti et beau-frère du chef de l'État, Djama Mahamoud Haïd. Ces questions portaient sur le premier de ces tweets qui était ainsi libellé : «@Djama_Haid: Le président IOG est un homme juste, toutes les composantes de notre société ont droit à l'équité des chances dans tous les domaines (DMH). Le gouverneur de la banque centrale n'a toujours pas répondu.

Pour autant, ce silence gêné ne nous empêche pas de poursuivre nos questions au sieur Djama. Cette semaine, c'est sur le second tweet que nous l'interrogeons. Le tweet est le suivant: «Le manque de créativité, de volontarisme et d'esprit entrepreneurial des nationaux fortunés contribue fortement à la stagnation économique». Voici nos questions. Qu'appelez-vous manque de créativité, de volontarisme et d'esprit entrepreneurial ? Êtes-vous sûr d'avoir réfléchi à ces notions avant de les utiliser pour décrire le contexte djiboutien ? Ne pensez-vous pas que le problème de notre économie réside ailleurs ? N'est-ce pas plutôt par manque de confiance en l'environnement institutionnel dont vous êtes l'un des principaux décideurs que les Djiboutiens fortunés n'investissent pas dans leur pays ? Que faites-vous de concret pour rassurer les investisseurs djiboutiens et les inciter à investir à Djibouti ? Pensez-vous que de vous livrer vous-même à des activités d'affairisme, en abusant directement ou indirectement de votre position de pouvoir, soit la meilleure manière de rassurer les investisseurs ? En investissement l'argent mal acquis à Djibouti hors de Djibouti, comme en témoigne l'usine de Coca cola que vous avez récemment inaugurée à Hargueissa, pensez-vous contribuer à la prospérité de votre pays, celui auquel vous devez tout, Djibouti ? Un tel comportement prédateur ne vous disqualifie-t-il pas en matière de leçons à donner ? Au total, ne projetez-vous pas sur les autres vos propres turpitudes, même si vous n'êtes pas le seul à le faire dans ce régime d'un autre âge ?

A la semaine prochaine, concitoyen, sur ce tweet : «@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales».


Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti


Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n'en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

* Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d'opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

* Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d'opposition FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

* Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d'opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

* Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

 

 

Réactions internationales à la libération de Houssein Ahmed Farah


RSF : Le journaliste Houssein Ahmed Farah enfin libéré

Publié le mardi 20 novembre 2012


Reporters sans frontières a appris avec soulagement la libération, le 18 novembre 2012, du journaliste Houssein Ahmed Farah. Le correspondant du site d'informations La Voix de Djibouti était détenu depuis plus de trois mois.

"Grâce à l'acharnement de son avocat, Houssein Ahmed Farah est enfin sorti de prison. Une demande de remise en liberté était déposée chaque semaine, sans succès jusqu'alors. Savoir notre confrère à l'air libre est un grand soulagement. Il ne s'agit cependant que d'une remise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire. Nous demandons que les charges qui pèsent contre lui soient complètement abandonnées", a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

"Le traitement de son dossier par la justice djiboutienne continue de nous préoccuper, de même que les tentatives d'intimidation qui visent depuis quelques jours Maître Zakaria Abdillahi, son avocat".

Houssein Ahmed Farah était incarcéré depuis le 11 août, à la prison centrale de Gabode, malgré un état de santé précaire et bien qu'aucune des charges retenues contre lui n'ait été prouvée. Il est accusé de s'être soustrait à un contrôle judiciaire et d'avoir distribué de fausses cartes d'électeurs d'un parti politique dissout par décret présidentiel.

FIDH/OMCT : APPEL URGENT - L'OBSERVATOIRE

Nouvelles informations

DJI 002 / 1112 / OBS 105.2

Libération provisoire/

Harcèlement judiciaire

Djibouti

21 novembre 2012

L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d'intervenir de toute urgence sur la situation suivante à Djibouti.

Nouvelles informations :

L'Observatoire a été informé de sources fiables de la libération provisoire de M. Houssein Ahmed Farah, journaliste pour La Voix de Djibouti, membre de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) et du parti d'opposition Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), ainsi que de la poursuite du harcèlement judiciaire à son encontre.

Selon les informations reçues, le 18 novembre 2012, la chambre d'accusation de la Cour d'appel de Djibouti a décidé de placer M. Houssein Ahmed Farah en liberté provisoire sous contrôle judiciaire, apportant ainsi une réponse favorable à sa quatrième demande de libération provisoire. L'arrêt de la chambre d'accusation n'ayant pas été communiqué à ce jour, les avocats ignorent les motifs exacts de cette décision. L'Observatoire rappelle que M. Houssein Ahmed Farah était maintenu arbitrairement en détention préventive à la prison centrale de Gabode depuis le 11 août 2012 sur la base d'accusations manifestement infondées, sans qu'aucune instruction n'ait été menée (voir rappel des faits).

Cependant, le même jour, la chambre d'accusation a également décidé de maintenir la procédure judiciaire, malgré les réquisitions du parquet général lui demandant son annulation. En attendant la rédaction de l'arrêt de la chambre d'accusation, les avocats de M. Farah vont introduire un pourvoi sur la nullité de la procédure.

L'Observatoire rappelle également que les accusations portées contre M. Houssein Ahmed Farah seraient liées à son prétendu soutien au « mouvement » des étudiants et lycéens, qui ont manifesté dans les rues de Djibouti les 5 et 18 février 2011 pour contester les conditions non transparentes de l'organisation des élections présidentielles d'avril 2011 ainsi que la légalité de l'amendement constitutionnel d'avril 2010. Lors de ces manifestations, qui ont été sévèrement réprimées, plusieurs dizaines de lycéens, étudiants et membres de l'opposition avaient alors été arrêtés, et certains demeurent toujours détenus arbitrairement à la prison de Gabode.

L'Observatoire salue la libération provisoire de M. Houssein Ahmed Farah et remercie toutes les personnes, organisations et institutions qui sont intervenues en sa faveur.

Néanmoins, l'Observatoire s'inquiète de la poursuite du harcèlement judiciaire à son encontre, en ce que les accusations manifestement infondées portées contre lui ne semblent viser qu'à sanctionner ses activités de défense des droits de l'Homme. L'Observatoire appelle donc une fois de plus les autorités de Djibouti à mettre un terme aux poursuites visant M. Houssein Ahmed Farah, en ce que ces actes ne semblent étayés par aucun élément de preuve valable.

Rappel des faits :

Les 5 et 18 février 2011, des étudiants et lycéens, ont manifesté dans les rues de Djibouti  pour contester les conditions non transparentes de l'organisation des élections présidentielles d'avril 2011 ainsi que la légalité de l'amendement constitutionnel d'avril 2010.

Plusieurs défenseurs des droits de l'Homme, dont MM. Jean-Paul Noël Abdi, président de la LDDH, décédé entre temps, Farah Abadid Hildid , membre de la LDDH et journaliste pour La Voix de Djibouti, et Hassan Amine Ahmed, également membre du conseil national du Parti djiboutien pour le développement (PDD), avaient été visés par une vague de détentions arbitraires et de harcèlement judiciaire[1] . À ce jour, aucun n'est détenu mais les charges de "participation à un mouvement insurrectionnel" contre M. Farah Abadid Hildid restent pendantes.

Le 8 août 2012, M. Houssein Ahmed Farah a été arrêté puis transféré et placé en détention à la prison centrale de Gabode le 11 août. M. Farah est accusé de s'être soustrait au contrôle judiciaire auquel il était soumis depuis le 23 juin 2011 suite à des accusations de "participation à un mouvement insurrectionnel" remontant au mois de février 2011, un chef d'accusation au titre duquel il avait passé plus de quatre mois en détention préventive et pour lequel il encourt jusqu'à quinze ans de réclusion criminelle et une amende de 7 000 000 francs djiboutiens (environ 27 222 euros) (articles 145 et 146.4 du Code pénal)[2]. Il est également poursuivi pour "faux et usage de faux"pour avoir soi-disant distribué de fausses cartes d'électeurs d'un parti politique dissout par décret présidentiel[3]. Cependant, ces accusations paraissent toutes deux infondées, d'autant que le 15 septembre 2012, deux témoins ont déclaré au juge d'instruction avoir signé sous la contrainte un document mettant en cause M. Houssein Ahmed Farah et préparé à l'avance par les enquêteurs de police.

Le 16 août 2012, la chambre d'accusation a rejeté la demande de mise en liberté provisoire introduite par M. Houssein Ahmed Farah. Ce dernier a alors fait appel de cette décision. Le 30 octobre 2012, la Cour suprême de Djibouti a étudié ce recours et mis sa décision en délibéré pour le 5 novembre.

Le 5 novembre 2012, la Cour suprême de Djibouti a reporté au 11 novembre 2012 son verdict au sujet du recours introduit par M. Houssein Ahmed Farah contre le rejet par la chambre d'accusation, le 16 août 2012, de sa demande de mise en liberté provisoire. Par ailleurs, le 4 novembre 2012, la chambre d'accusation avait rejeté une autre demande de mise en liberté provisoire introduite suite au premier rejet.

Le 11 novembre 2012, la Cour suprême de Djibouti a rejeté le premier recours introduit par M. Houssein Ahmed Farah contre le rejet par la chambre d'accusation, le 16 août 2012, de sa demande de mise en liberté provisoire.

Pendant sa garde à vue et son placement sous mandat de dépôt, ainsi que durant les quelques jours qui ont suivi, M. Farah n'a pas pu bénéficier de l'assistance d'un avocat. De plus, il n'a pu recevoir de visite au cours des premières semaines de sa détention. Enfin, bien que son état de santé soit préoccupant et nécessite un traitement spécifique, le journaliste n'a bénéficié d'aucune assistance médicale appropriée pendant toute la durée de sa détention.

Actions requises :

L'Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités de Djibouti en leur demandant de:

i. Garantir en toutes circonstances l'intégrité physique et psychologique de M. Houssein Ahmed Farah et de tous les défenseurs des droits de l'Homme à Djibouti ;

ii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement - y compris judiciaire - à l'encontre de M. Houssein Ahmed Farah ainsi que de l'ensemble des défenseurs des droits de l'Homme à Djibouti;

iii. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l'Homme, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à:

- son article 1 qui dispose que "chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l'Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international" ;

- son article 6(b), qui dispose que "chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres: a) De détenir, rechercher, obtenir, recevoir et conserver des informations sur tous les droits de l'homme et toutes les libertés fondamentales en ayant notamment accès à l'information quant à la manière dont il est donné effet à ces droits et libertés dans le système législatif, judiciaire ou administratif national; b) Conformément aux instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme et autres instruments internationaux applicables, de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l'homme et toutes les libertés fondamentales;

- et son article 12.2, qui prévoit que "l'État prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d'autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l'exercice légitime des droits visés dans la [...] Déclaration " ;

iv. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l'Homme ratifiés par Djibouti.

Adresses :

Prière d'écrire également aux représentations diplomatiques de Djibouti dans vos pays respectifs.

***

Paris-Genève, le 21 novembre 2012

Merci de bien vouloir informer l'Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L'Observatoire, programme de la FIDH et de l'OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l'Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.

Pour contacter l'Observatoire, appeler La Ligne d'Urgence:

[1]Cf. appels urgents de l'Observatoire DJI 001 / 0212 / OBS 015, diffusé le 2 février 2012, DJI 001 / 0212 / OBS 015.1, diffusé le 3 février 2012, DJI 002 / 0811 / OBS 106.1, diffusé le 4 mai 2012, et DJI 002 / 0811 / OBS 106.2, diffusé le 10 mai 2012.

[2]Cf. appel urgent de l'OMCT DJI 160211, diffusé le 16 février 2011: http://www.omct.org/fr/urgent-campaigns/urgent-interventions/djibouti/2011/02/d21122/

[3]L'article 265 du Code pénal sanctionne le faux et usage de faux de trois ans d'emprisonnement et d'une amende de 1 000 000 francs djiboutiens (environ 4 321 euros).

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RFI

Maître Zacharia Abdellahi, avocat de Houssein Ahmed Farah

«Nous avons fait plusieurs demandes pour que les charges soient abandonnées».

Écouter (01:06)

http://www.rfi.fr/sites/rfi.fr/modules/maison/rfi_player/images/play.png

Djibouti: liberté provisoire pour Houssein Ahmed Farah

La Cour suprême de Djibouti a finalement accepté de mettre en liberté provisoire Houssein Ahmed Farah, mardi 20 novembre 2012. Journaliste, membre de la Ligue djiboutienne des droits de l'homme et chef du MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement). Il était en prison depuis le 8 août dernier et s'était vu refuser plusieurs demandes de libération conditionnelle. S'il est toujours accusé de s'être soustrait à un contrôle judiciaire, ainsi que d'avoir participé à un mouvement insurrectionnel et d'avoir distribué de fausses cartes d'électeurs, son avocat évoque tout de même un soulagement.

AFP : Djibouti-média-droits Homme
RSF salue la libération d'un journaliste de la Voix de Djibouti


NAIROBI, 20 nov 2012 (AFP) - L'organisation de défense des médias Reporters sans frontières (RSF) a salué la libération d'un journaliste du site d'information La Voix de Djibouti, incarcéré depuis le mois d'août. "Grâce à l'acharnement de son avocat, Houssein Ahmed Farah est enfin sorti de prison," se félicite RSF. "Une demande de remise en liberté était déposée chaque semaine, sans succès jusqu'alors." Précisant toutefois qu'il ne s'agissait que "d'une remise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire," l'organisation demande, dans un communiqué, que les charges qui pèsent contre le journaliste, "à la santé précaire", soient "complètement abandonnées". Toujours selon RSF, le journaliste est accusé de "s'être soustrait à un contrôle judiciaire" et "d'avoir distribué de fausses cartes d'électeurs d'un parti politique dissout par décret présidentiel".

Djibouti, dont le président Ismaël Omar Guelleh a été réélu à une écrasante majorité en 2011 à l'issue d'une élection boycottée par une partie de l'opposition, a décroché l'une des dernières places dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse de RSF : 159e sur 179.

DJIBOUTI -

Article publié le : samedi 10 novembre 2012 - Dernière modification le : mercredi 21 novembre 2012

 

RFI

Djibouti: le journaliste Houssein Ahmed Farah attend la décision de la Cour suprême pour une liberté provisoire

La Cour suprême djiboutienne devra décider, dimanche 11 novembre, si elle accepte ou non la demande de liberté provisoire du journaliste Houssein Ahmed Farah, incarcéré depuis le 8 août dernier. Membre également de la ligue des droits de l'homme et d'un parti d'opposition, le MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), le journaliste fait l'objet de harcèlement judiciaire. Des ONG internationales de défense des droits de l'homme se mobilisent et demandent aux autorités djiboutiennes de mettre un terme aux poursuites qu'elles jugent infondées. Pour la FIDH, cette affaire est symptomatique d'une dégradation de la situation des droits de l'homme à Djibouti.

Florent Geel

Responsable Afrique à la FIDH

«C'est le énième cas de défenseur des droits de l'homme, de journaliste ou même d'opposants politiques qui sont harcelés judiciairement.»

Écouter (01:07)

Plus

10/11/2012 par Carine Frenk

Djibouti

 

   

Edition n° 142 du 18 novembre 2012

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 18 novembre  2012)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com

et le site www.lavoixdedjibouti.com

Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime www.lavoixdedjibouti.rsf.org

Un prisonnier meurt à la sinistre prison de Gabode


Comme l’ont annoncé les médias du régime, la sinistre prison de Gabode a été le théâtre d’une autre mort ces jours-ci. En effet, un détenu du nom d’Abdoulkader Deheyeh Ismaël a été retrouvé mort dans sa cellule le 12 novembre 2012. Les circonstances de la mort de ce détenu n’ont pas encore été éclaircies, même si une certaine rumeur a trop vite conclu au suicide par pendaison. Notre petite enquête ne nous permet pas encore de répondre à la question du pourquoi et du comment de cette mort brutale.

L’Association des femmes de Tadjourah rejetée par la population


La population de Tadjourah, soutenue par son Sultan, Abdoulkader Houmed Mohamed, continue de rejeter le régime et ses suppôts. C’est ainsi que l’Association des femmes de Tadjourah (AFT), que préside une députée locale du pouvoir, Madame Hasna Hassantou, est rejetée par les habitants. L’AFT et ses dirigeantes, qui sont autant de clientes du régime, sont donc indésirables à Tadjourah. C’est un autre coup dur pour le pouvoir du dictateur Guelleh qui se voit vomi de toutes parts.

Djibouti-ville: Le voisinage de la Cite Hodane I pollué


Les quartiers populaires du voisinage de la Cite Hodane I dans la capitale se plaignent d’une grave pollution liée aux eaux usées provenant de cette citée. En effet, les eaux usées, dont le système d’évacuation ne fonctionne pas, s’infiltrent dans le sol et ressortent dans les habitations des quartiers situés en contrebas. Cela fait peser, on l’imagine, de sérieux risques de santé sur les modestes habitants des maisons touchées.


Les lycéens de Dikhil-ville protestent contre leurs terribles conditions d’études

Parmi les nombreuses victimes de la malgouvernance du dictateur Guelleh, figurent les lycéens de Dikhil-ville, chef-lieu du district du même nom. Tant au niveau matériel que pédagogique, tant en termes de nombre d’enseignants que de qualité professorale, la situation du lycée de Dikhil-ville est catastrophique. «Nous manquons de trop de choses : manuels, enseignants de qualité, respect, etc.», répètent les élèves.


Les services de l’ONEAD devenus inaccessibles


Le directeur de l’Office national des eaux et de l’assainissement de Djibouti (ONEAD), Youssouf Mirgane Barkhat, a décidé de tout simplement fermer aux usagers les services de cet établissement public. Les accès de l’ONEAD sont donc verrouillés, ce qui fait que les usagers désireux de rencontrer tel ou tel service pour telle ou telle raison, ne savent plus quoi faire. Ce verrouillage vient s’ajouter a une offre d’eau impropre à la consommation et qui cause bien des problèmes de santé. Ainsi va l’ONEAD.


L'Observatoire: Djibouti: Rejet de la demande de mise en liberté provisoire de M. Houssein Ahmed Farah

APPEL URGENT - L'OBSERVATOIRE

Nouvelles informations

DJI 002 / 1112 / OBS 104.1

Détention arbitraire /

Harcèlement judiciaire

Djibouti

14 novembre 2012

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante à Djibouti.

Nouvelles informations :

L'Observatoire a été informé de sources fiables du rejet par la Cour suprême de la demande de mise en liberté provisoire de M. Houssein Ahmed Farah, journaliste pour La Voix de Djibouti, membre de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) et du parti d'opposition Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD).

Selon les informations reçues, le 11 novembre 2012, la Cour suprême de Djibouti a rejeté le recours introduit par M. Houssein Ahmed Farah contre le rejet par la chambre d'accusation, le 16 août 2012, de sa demande de mise en liberté provisoire. À ce jour, les avocats de M. Farah n'ont pas eu connaissance des motifs de cette décision et attendent de recevoir l'arrêt de la Cour suprême de Djibouti. L'Observatoire rappelle que M. Farah est maintenu arbitrairement en détention préventive à la prison centrale de Gabode depuis le 11 août 2012 sur la base d'accusations manifestement infondées, sans qu'aucune instruction n'ait été menée (voir rappel des faits).

Les accusations portées contre M. Houssein Ahmed Farah seraient liées à son prétendu soutien au "mouvement" des étudiants et lycéens, qui ont manifesté dans les rues de Djibouti les 5 et 18 février 2011 pour contester les conditions non transparentes de l'organisation des élections présidentielles d'avril 2011 ainsi que la légalité de l'amendement constitutionnel d'avril 2010. Lors de ces manifestations, qui ont été sévèrement réprimées, plusieurs dizaines de lycéens, étudiants et membres de l'opposition avaient alors été arrêtés, et certains demeurent toujours détenus arbitrairement à la prison de Gabode.

Trois autres défenseurs des droits de l'Homme, MM. Jean-Paul Noël Abdi, président de la LDDH, décédé entre temps, Farah Abadid Hildid , membre de la LDDH et journaliste pour La Voix de Djibouti, et Hassan Amine Ahmed, également membre du conseil national du Parti djiboutien pour le développement (PDD), avaient également été visés par cette vague de détentions arbitraires et de harcèlement judiciaire depuis le 9 février 2011[1] . À ce jour, aucun n'est détenu mais les charges de “participation à un mouvement insurrectionnel” contre M. Farah Abadid Hildid restent pendantes.

L'Observatoire exprime sa vive préoccupation quant à l'état de santé de M. Houssein Ahmed Farah, dont les conditions de détention font craindre qu'il ne s'aggrave, d'autant que M. Farah n'a bénéficié d'aucune assistance médicale appropriée depuis son arrestation et que des actes de mauvais traitements à l'encontre des défenseurs des droits de l'Homme en détention sont régulièrement rapportés.

L'Observatoire appelle donc une fois de plus les autorités de Djibouti à libérer M. Houssein Ahmed Farah de manière immédiate et inconditionnelle et à mettre un terme aux poursuites à son encontre ainsi qu'à celles à l'encontre de M. Farah Abadid Hildid, en ce que ces actes ne semblent viser qu'à sanctionner leurs activités de défense des droits de l'Homme et ne semblent étayés par aucun élément de preuve valable.

Rappel des faits :

Le 8 août 2012, M. Houssein Ahmed Farah a été arrêté puis transféré et placé en détention à la prison centrale de Gabode le 11 août. M. Farah est accusé de s'être soustrait au contrôle judiciaire auquel il était soumis depuis le 23 juin 2011 suite à des accusations de “participation à un mouvement insurrectionnel” remontant au mois de février 2011, un chef d'accusation au titre duquel il avait passé plus de quatre mois en détention préventive et pour lequel il encourt jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle et une amende de 7 000 000 francs djiboutiens (environ 27 222 euros) (articles 145 et 146.4 du Code pénal)[2] . Il est également poursuivi pour “faux et usage de faux”pour avoir soi-disant distribué de fausses cartes d'électeurs d'un parti politique dissout par décret présidentiel[3]. Cependant, ces accusations paraissent toutes deux infondées, d'autant que le 15 septembre 2012, deux témoins ont déclaré au juge d'instruction avoir signé sous la contrainte un document mettant en cause M. Houssein Ahmed Farah et préparé à l'avance par les enquêteurs de police.

Le 16 août 2012, la chambre d'accusation a rejeté la demande de mise en liberté provisoire introduite par M. Houssein Ahmed Farah. Ce dernier a alors fait appel de cette décision. Le 30 octobre 2012, la Cour suprême de Djibouti a étudié ce recours et mis sa décision en délibéré pour le 5 novembre.

Le 5 novembre 2012, la Cour suprême de Djibouti a reporté au 11 novembre 2012 son verdict au sujet du recours introduit par M. Houssein Ahmed Farah contre le rejet par la chambre d'accusation, le 16 août 2012, de sa demande de mise en liberté provisoire. Par ailleurs, le 4 novembre 2012, la chambre d'accusation avait rejeté une seconde demande de mise en liberté provisoire introduite suite au premier rejet.

Pendant sa garde à vue et son placement sous mandat de dépôt, ainsi que durant les quelques jours qui ont suivi, M. Houssein Ahmed Farah n’a pas pu bénéficier de l'assistance d’un avocat. De plus, il n'a pu recevoir de visite au cours des premières semaines de sa détention. Enfin, bien que son état de santé soit préoccupant et nécessite un traitement spécifique, le journaliste n’a bénéficié d'aucune assistance médicale appropriée depuis son arrestation.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités de Djibouti en leur demandant de:

i. Garantir en toutes circonstances l'intégrité physique et psychologique de MM. Houssein Ahmed Farah, Farah Abadid Hildid, Hassan Amine Ahmed et de tous les défenseurs des droits de l'Homme à Djibouti ;

ii. Libérer de manière immédiate et inconditionnelle M. Houssein Ahmed Farah, en ce que sa détention ne semble viser qu'à sanctionner ses activités de défense des droits de l'Homme ;

iii. Garantir à M. Houssein Ahmed Farah l’accès immédiat et inconditionnel à un avocat de son choix et aux membres de sa famille ainsi que luigarantir un examen médical immédiat par un médecin de son choix, conformément, entre autres, à l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus des Nations unies;

iv. Mettre un terme à toute forme de harcèlement - y compris judiciaire - à l'encontre de MM. Houssein Ahmed Farahet Farah Abadid Hildid ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme à Djibouti;

v. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à:

- son article 1 qui dispose que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international” ;

- son article 6(b), qui dispose que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres: a) De détenir, rechercher, obtenir, recevoir et conserver des informations sur tous les droits de l'homme et toutes les libertés fondamentales en ayant notamment accès à l'information quant à la manière dont il est donné effet à ces droits et libertés dans le système législatif, judiciaire ou administratif national; b) Conformément aux instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme et autres instruments internationaux applicables, de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l'homme et toutes les libertés fondamentales;

- et son article 12.2, qui prévoit que “l’État prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la [...] Déclaration ” ;

vi. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par Djibouti.

Adresses :

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques de Djibouti dans vos pays respectifs.

***

Paris-Genève, le 14 novembre 2012

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.

Pour contacter l ’Observatoire, appeler La Ligne d ’Urgence:

[1]Cf. appels urgents de l’Observatoire DJI 001 / 0212 / OBS 015, diffusé le 2 février 2012, DJI 001 / 0212 / OBS 015.1, diffusé le 3 février 2012, DJI 002 / 0811 / OBS 106.1, diffusé le 4 mai 2012, et DJI 002 / 0811 / OBS 106.2, diffusé le 10 mai 2012.

[2]Cf. appel urgent de l’OMCT DJI 160211, diffusé le 16 février 2011: http://www.omct.org/fr/urgent-campaigns/urgent-interventions/djibouti/2011/02/d21122/

[3]L'article 265 du Code pénal sanctionne le faux et usage de faux de trois ans d'emprisonnement et d'une amende de 1 000 000 francs djiboutiens (environ 4 321 euros).

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Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti


Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n’en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

-Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

-Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

-Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

-Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.


Condoléances


Le président du MRD, Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du parti adressent leurs sincères condoléances aux familles et aux proches de Feu Houssein Aden Doualeh, ancien député et commerçant djiboutien, décédé mardi 13 novembre 2012 en Ethiopie, et de Feu Aboubaker Elmi Ahmed dit Elmi Sanjab, fils très apprécié de Djibouti-ville et entrepreneur honnête, décédé mercredi 14 novembre 2012 à Djibouti.

Allah les accueille tous deux en son Paradis Éternel.  Amin.

   

Edition n° 141 du 11 novembre 2012

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 11 novembre  2012)

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La Cour suprême refuse la liberté provisoire à Houssein Ahmed Farah

Aujourd’hui dimanche 11 novembre 2012, après trois renvois, la Cour suprême de Djibouti, que préside Madame Kadidja Abeba, rejette à son tour la demande de mise en liberté provisoire du journaliste et défenseur des droits de l’Homme Housein Ahmed Farah. Nous ignorons pour l’heure les motifs de ce rejet du pourvoi introduit par Houssein Ahmed Farah contre la décision similaire de la chambre d’accusation de la cour d’appel.

Houssein croupit à la prison centrale de Gabode depuis le 11 août 2012, soit trois mois. Sans jugement ni interrogatoire au fond digne de ce nom. C’est donc une détention arbitraire qui le frappe, comme le dénoncent Reporters Sans frontières et la Fédération internationale des ligues des droits de l‘Homme ou FIDH (lire en fin de journal l’appel de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme).

Sur ce rejet, Maître Zakaria Abdillahi, avocat du journaliste et président par intérim de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH), s’est exprimé aujourd’hui vers 16h30 au micro de RFI.  Nous publierons le lien de cette interview dès que possible.

Témoignage: Abus et Victimes   1ere Partie

Je réponds au nom d’Abdolkarim Abdi Guedi, inspecteur de l'aviation civile  victime d’un licenciement tribaliste par le directeur de l’aviation civile hautement protégé par ce régime et beau-frère du président Guelleh. Apres mon licenciement abusif, j’ai adressé ma plainte auprès du ministère du transport, à l'Inspection de travail, au médiateur de la République ainsi qu’au président de la République. Malheureusement, j’ai obtenu un silence radio total. Alors que l'injustice qui a conduit à mon licenciement a démarré le 19/06/2009 suite à un courriel de la part d’un collègue burkinabais me demandant de l’information sur un aéronef immatriculé à Djibouti (J2-LBB). A ce collègue, je répondis qu'un seul avion est sur le registre et que j’allais demander plus d'information à mon supérieur, le directeur. Lorsque j’annonçai à mon directeur ce que j’avais dit au collègue, tout changea à mon égard. Suppression des primes, des droits de congé et suspension de toute formation. Et quelques mois après, une décision brusque de licenciement m'a abattu. En effet, j'avais atterri sur un immense champ de corruption majeure où le directeur de l’aviation civile baignait. Corruption sur les immatriculations, les licences, les AOC, le CDN (certificat de navigabilité) et sur le budget de l'aviation civile : c’était ses ressources de base sans compter les frais de survie des compagnies qui possèdent le CTA de Djibouti. Par ailleurs, Djibouti est le seul pays membre de l'OACI ne disposant d’aucun code de l'aviation permettant de regrouper tous les textes légaux et réglementaires. Un seul texte existe, celui de la création de la direction de l'aviation civile : la loi numéro 116/AN/80 du 30 mars 1980. Haïd refuse catégoriquement et fait obstacle à toute tentative réglementaire pour l'orpheline entité. Par exemple, le projet OACI/DACM qu’il a saboté de peur que ces intérêts personnels soient mis au jour. Ce projet consistait à aider l'Etat djiboutien pour l'élaboration du nouveau code de l'aviation civile et des manuels techniques d'inspection et à former le personnel. Je reviendrai plus longuement sur ce projet et sur cette direction  prise en otage par une seule personne.

Cependant, je comprends que, en mettant en balance, d’un côté, l’intérêt de la République + celui du peuple djiboutien, et, de l’autre, l'intérêt de la famille Haïd, l’intérêt de la famille Haïd ne pèse lourd. Je suis menacé pour que je garde le silence mais je refuse. Je préfère mourir ou passer le reste de ma vie en prison pour une noble cause. Une chose est sure : toutes victimes auront un jour leurs droits. Pour les jeunes victimes de ce régime, veuillez nous faire parvenir sur victimeiog2yahoo.fr. Finalement, je pose une question a Monsieur le président de la République : Jusqu'où comptez-vous dissimulez les abus de votre belle-famille ? A suivre : prochainement le dossier sur J2-KBA, Registrations & licences list, le dossier de l’aéronef du chef de l’Etat et Victime numéro 2.

Abdolkarim Abdi Guedi, Victime 1

Accès de violence au cabinet du ministre de la justice

De source sûre, une réunion du cabinet du ministre de la Justice, Ali Farah Assoweh, a tourné à l’affrontement verbal et physique entre deux barons du coin : l’inamovible secrétaire général du ministère de la Justice, Abdi Ismaël Hersi, et l’inamovible procureur général de la République, Djama Souleiman Ali dit Dhago. C’est une question du ministre pour savoir ce qui bloque une action de formation de nouveaux magistrats qui a produit l’effet de détonateur. A la question, le secrétaire général a répondu que c’était au procureur général de s’expliquer sur ce point, ce que Djama Souleiman Ali n’a pas apprécié qui a rappelé Hersi à la retenue par cette phrase en somali «Xishoo nin weyn baad tahee» («de la retenue, tu es un homme d’âge»). Et Hersi d’exploser de colère et de traiter de tous les noms le procureur général, y compris de bât., de fils de p. et d’enfant de la rue. Et Hersi de se ruer sur Dhago ! Et Dhago de chercher une posture de défense ! Et le ministre de s’interposer ! Et la salle de réunion de sombrer dans la pagaille ! Et le ministre de quitter le lieu, fou de rage, non sans traiter les deux bagarreurs de délinquants ! Sanctions s’ensuivront-elles ? Pas sûr, car l’un et l’autre de ces barons bénéficient de solides protections auprès du couple présidentiel. En tout cas, cette scène de violence en rappelle d’autres en d’autres salles de réunions. Comme par exemple ce scandale en pleine salle du conseil des ministres où Abdillahi Abdillahi Miguil, alors ministre de la Santé, et le premier ministre Dileita Mohamed Dielita, se sont battus jusqu’au sang mardi 4 janvier 2011 sous l’œil d’un certain Ismaël Omar Guelleh. Certains observateurs attribuent cet accès de violence entre Dhago et Hersi à un choc d’appétits autour de sous publics.

Ainsi va l’Etat Guelleh. Ainsi va la Justice à Djibouti.

Djib-Télécom : la corruption produit son pesant de dysfonctionnements techniques

A Djib-Télécom, nous l’avons écrit et réécrit, la corruption bat son plein. La pauvre société d’Etat est mangée de toutes parts, y compris depuis le ministère de tutelle et le palais présidentiel. Les contrats sont légion et souvent…peu sérieux. Résultats : des incompatibilités techniques et des problèmes de qualité à n’en pas finir. C’est ainsi que ces derniers temps, la téléphonie mobile peine à fonctionner correctement, surtout de nuit. Selon nos informations, le problème est lié à une incompatibilité technique entre des équipements chinois commandés par un corrompu et du matériel Sony Ericsson commandé par un autre corrompu. Ainsi va l’Etat Guelleh.

Le RPP fermement rejeté à Tadjourah y compris par le sultan

Jeudi 1er novembre 2012, une délégation de barons du parti au pouvoir, le RPP, s’est rendue à Tadjourah-ville, chef-lieu du district du même nom. Objectif : porter la parole électoraliste du chef de l’Etat. La délégation a été fermement éconduite à la fois par la population et par le sultan Abdoulakder Houmed Mohamed. Elle est rentrée à Djibouti, la mine défaite.

En représailles, les jeunes de Tadjourah tenus à l’écart

En représailles de ce rejet de la délégation du RPP par Tadjourah, et probablement sur instructions venues d’en haut, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Djama Elmi Okieh, dont le comportement ministériel et les mœurs défraient régulièrement la chronique, cherche à tenir la jeunesse de Tadjourah à l’écart des activités de son ministère. Si le ridicule tuait…

Le LIC manque de manuels scolaires

Le lycée industriel et commercial (LIC), manque de manuels scolaires. Où sont-ils passés, ces manuels ? Mystère. Les élèves ne savent pas quoi faire et le ministre Moussa Ahmed Hassan n’en a cure. A suivre.

Ce gendarme qui rackette les automobilistes

Selon nos informations, un gendarme de première classe du PK12, nommé Moussa Okieh, n’y va pas par quatre chemins pour se remplir les poches. En toute impunité, il demande un billet de 1000 francs Djibouti à chaque automobiliste qui emprunte la Route d’Arta depuis la capitale. Halte au racket.

A Dikhil, c’est le chef de secteur ONEAD qui rackette

A Dikhil, le chef local de l’Office national des Eaux et de l’Assainissement (ONEAD) rackette les abonnés en gonflant purement et simplement leurs factures de 1000 francs Djibouti à chaque échéance, somme qui tombe dans sa poche. En cela, apprend-on, l’employé indélicat prend modèle sur le directeur de l’ONEAD, Youssouf Mirghan  Barkat, qui s’est enrichi par la corruption. Halte au racket.

Le beau-frère Djama M. Haïd affirme, nous lui demandons de démontrer

La Voix de Djibouti est récemment tombée sur le compte tweeter d’un certain Djama Mahamoud Haïd, gouverneur de la Banque centrale de Djibouti et surtout beau-frère du chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh : il est le jeune frère et protégé de la première dame Kadra Mahamoud Haïd. Ce personnage que nous avons déjà évoqué dans ces modestes colonnes, retient notre attention non pas par le fait qu’il s’est ouvert un compte tweeter, c’est son droit, même s’il s’est empressé de le suspendre depuis lors, mais par le contenu de ce compte. Morceaux choisis :

«@Djama_Haid: Le président IOG est un homme juste, toutes les composantes de notre société ont droit à l'équité des chances dans tous les domaines. -DMH

@Djama_Haid: Le manque de créativité, de volontarisme et d'esprit entrepreneurial des nationaux fortunés contribue fortement à la stagnation économique.

@Djama_Haid: Il serait judicieux pour le pays que les nationaux fortunés rapatrient leur argents des banques genevoises au profit des banques locales.

@Djama_Haid: L'inertie et le manque d'habileté en négoce des djiboutiens devrait prochainement être compenser par l'afflux de commerçants de la region. »

Au-delà des fautes de français de ces tweet, qui demeurent même après la probable relecture par les petits yeux de son auteur, intéressons-nous à ce qu’ils disent. En commençant par le premier. Le beau-frère Djama y encense son chef d’Etat de beau-frère. Il le qualifie d’homme juste qui traite sur le même pied d’égalité toutes les composantes de la société. Selon lui, le président Guelleh offre «l’équité des chances». Equité des chances ? Comprenez l’égalité des chances : le gouverneur est apparemment pauvre en vocabulaire. Notre commentaire tient en quelques questions au gouverneur. Sur quoi vous fondez-vous, sieur Djama, pour avancer une telle affirmation ? Selon vous, la famille Haïd, la vôtre, élément de l’une des composantes de notre société, est-elle traitée comme les autres ou favorisée au possible ? Pensez-vous, au nom de cette équité que vous évoquez, être, vous-même, à votre place ? Pensez-vous être le meilleur économiste doublé du meilleur banquier du pays, en un mot un expert indispensable, pour occuper depuis 1994 le poste hautement technique de gouverneur de la banque centrale ? Quels diplômes et quelles références aviez-vous au moment de votre nomination à ce poste ? Quelles autres fonctions aviez-vous exercées et avec quels résultats exceptionnels pour sortir à ce point du lot et vous imposer à la fonction de gouverneur de la Banque centrale ? N’y avait-il pas mieux placé que vous pour cet emploi ? Quelle était votre fortune lorsque vous avez été nommé gouverneur ? Et aujourd’hui ? Au plan familial, quelles étaient l’influence et la fortune des Haïd dont vous êtes avant le remariage de votre sœur Kadra avec Ismaël Omar Guelleh et surtout avant que celui-ci ne devienne chef de l’Etat en 1999 ? Et aujourd’hui ? Qu’étaient une Kadra (votre grande sœur), un Djama (vous-même), un Almis (votre grand frère), un Mohamed (votre autre frère), une Chafika (votre autre grande sœur) ? Et que sont-ils aujourd’hui ? Avez-vous connu ou non une ascension fulgurante ? Est-ce alors cela que vous appelez «l’équité des chances» et un président «juste» ? Nous attendons que vous répondiez à ces questions pour nous donner un début de développement probant à votre première affirmation selon laquelle «le président IOG est un homme juste, toutes les composantes de notre société ont droit à l'équité des chances dans tous les domaines». La logique la plus élémentaire voudrait qu’un homme parvenu au niveau de responsabilité qui est le vôtre soit capable de démontrer ce qu’il avance en commençant par répondre sans embarras ni silence à nos quelques questions élémentaires. Si vous n’y répondez-pas, cela voudra dire que vous n’en êtes pas capable, ce qui soulèvera la question du pourquoi. Ne sentez nulle intention maligne de notre part : nous ne faisons que réagir, en tant que concitoyens, aux affirmations que vous avez portées sur la place publique et qui s’adressent à tous les Djiboutiens. Nous vous attendons avant de passer à votre seconde affirmation la semaine prochaine. A suivre.

APPEL URGENT :

L'Observatoire: Djibouti: Poursuite de la détention arbitraire et du harcèlement judiciaire visant M. Houssein Ahmed Farah

DJI 002 / 1112 / OBS 105

Détention arbitraire /

Harcèlement judiciaire

Djibouti

8 novembre 2012

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante à Djibouti.

Description de la situation :

L'Observatoire a été informé de sources fiables de la poursuite de la détention arbitraire et du harcèlement judiciaire visant M. Houssein Ahmed Farah, journaliste pour La Voix de Djibouti, membre de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) et du parti d'opposition Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD).

Selon les informations reçues, le 5 novembre 2012, la Cour suprême de Djibouti a reporté au 11 novembre 2012 son verdict au sujet du recours introduit par M. Houssein Ahmed Farah contre le rejet par la chambre d'accusation, le 16 août 2012, de sa demande de mise en liberté provisoire. Par ailleurs, le 4 novembre 2012, la chambre d'accusation avait rejeté une seconde demande de mise en liberté provisoire introduite suite au premier rejet.

M. Houssein Ahmed Farah a été arrêté le 8 août 2012 avant d'être transféré et placé en détention à la prison centrale de Gabode le 11 août. M. Farah est accusé de s'être soustrait au contrôle judiciaire auquel il était soumis depuis le 23 juin 2011 suite à des accusations de “participation à un mouvement insurrectionnel” remontant au mois de février 2011, un chef d'accusation au titre duquel il avait passé plus de quatre mois en détention préventive et pour lequel il encourt jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle et une amende de 7 000 000 francs djiboutiens (environ 27 222 euros) (articles 145 et 146.4 du Code pénal)[1]. Il est également poursuivi pour “faux et usage de faux” pour avoir soi-disant distribué de fausses cartes d'électeurs d'un parti politique dissout par décret présidentiel [2]. Cependant, ces accusations paraissent toutes deux infondées, d'autant que le 15 septembre 2012, deux témoins ont déclaré au juge d'instruction avoir signé sous la contrainte un document mettant en cause M. Houssein Ahmed Farah et préparé à l'avance par les enquêteurs de police.

Le 16 août 2012, la chambre d'accusation a rejeté la demande de mise en liberté provisoire introduite par M. Houssein Ahmed Farah. Ce dernier a alors fait appel de cette décision. Le 30 octobre 2012, la Cour suprême de Djibouti a étudié ce recours et mis sa décision en délibéré pour le 5 novembre.

Selon les informations reçues, les accusations portées contre M. Houssein Ahmed Farah seraient liées à son prétendu soutien au "mouvement" des étudiants et lycéens, qui ont manifesté dans les rues de Djibouti les 5 et 18 février 2011 pour contester les conditions non transparentes de l'organisation des élections présidentielles d'avril 2011 ainsi que la légalité de l'amendement constitutionnel d'avril 2010. Lors de ces manifestations, qui ont été sévèrement réprimées, plusieurs dizaines de lycéens, étudiants et membres de l'opposition avaient alors été arrêtés, et certains demeurent toujours détenus arbitrairement à la prison de Gabode. L'Observatoire rappelle que trois autres défenseurs des droits de l'Homme, MM. Jean-Paul Noël Abdi, président de la LDDH, décédé entre temps, Farah Abadid Hildid, membre de la LDDH et journaliste pour La Voix de Djibouti, et Hassan Amine Ahmed, défenseur des droits de l’Homme et membre du conseil national du Parti djiboutien pour le développement (PDD), ont également été visés par cette vague de détentions arbitraires et de harcèlement judiciaire depuis le 9 février 2011[3]. À ce jour, aucun n'est détenu mais les charges de “participation à un mouvement insurrectionnel” contre M. Farah Abadid Hildid restent pendantes.

L'Observatoire souligne que, pendant sa garde à vue et son placement sous mandat de dépôt, ainsi que durant les quelques jours qui ont suivi, M. Houssein Ahmed Farah n’a pas pu bénéficier de l'assistance d’un avocat. De plus, il n'a pu recevoir de visite au cours des premières semaines de sa détention. Enfin, bien que son état de santé soit préoccupant et nécessite un traitement spécifique, le journaliste n’a bénéficié d'aucune assistance médicale appropriée depuis son arrestation. L'Observatoire s'indigne de ces conditions de détention et craint que celles-ci n'aggravent plus encore son état de santé, d'autant que des actes de mauvais traitements à l'encontre des défenseurs des droits de l'Homme en détention sont régulièrement rapportés.

L'Observatoire appelle donc les autorités de Djibouti à libérer M. Houssein Ahmed Farah de manière immédiate et inconditionnelle et à mettre un terme aux poursuites à son encontre ainsi qu'à celles à l'encontre de M. Farah Abadid Hildid, en ce que ces actes ne semblent viser qu'à sanctionner leurs activités de défense des droits de l'Homme et ne semblent étayées par aucun élément de preuve valable.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités de Djibouti en leur demandant de:

i. Garantir en toutes circonstances l'intégrité physique et psychologique de MM. Houssein Ahmed Farah, Farah Abadid Hildid, Hassan Amine Ahmed et de tous les défenseurs des droits de l'Homme à Djibouti ;

ii. Libérer de manière immédiate et inconditionnelle M. Houssein Ahmed Farah, en ce que son arrestation et sa détention ne semblent viser qu'à sanctionner ses activités de défense des droits de l'Homme ;

iii. Garantir à M. Houssein Ahmed Farah l’accès immédiat et inconditionnel à un avocat de son choix et aux membres de sa famille ainsi que lui garantir un examen médical immédiat par un médecin de son choix, conformément, entre autres, à l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus des Nations unies;

iv. Mettre un terme à toute forme de harcèlement - y compris judiciaire - à l'encontre de MM. Houssein Ahmed Farah et Farah Abadid Hildid ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme à Djibouti;

v. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à:

- son article 1 qui dispose que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international” ;

- son article 6(b), qui dispose que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres: a) De détenir, rechercher, obtenir, recevoir et conserver des informations sur tous les droits de l'homme et toutes les libertés fondamentales en ayant notamment accès à l'information quant à la manière dont il est donné effet à ces droits et libertés dans le système législatif, judiciaire ou administratif national; b) Conformément aux instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme et autres instruments internationaux applicables, de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l'homme et toutes les libertés fondamentales;

- et son article 12.2, qui prévoit que “l’État prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la [...] Déclaration ” ;

vi. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par Djibouti.

Adresses :

· Son Excellence Ismail Omar Guelleh, Président de la République, Palais Présidentiel, BP 6, Djibouti Ville, République de Djibouti. Tel / Fax : 00 253 21 35 50 49 / 00 253 35 02 01.

· Monsieur Ali Farah Assoweh, Ministre de la Justice, des affaires pénitentiaires et musulmanes, chargé des droits de l’Homme, BP 12, Djibouti Ville, République de Djibouti. Tel: 00 253 21 35 15 06/ Fax: 00 253 35 54 20

· Madame Kadidja Abeba, Présidente de la Cour suprême de Djibouti, Boulevard de la République, Tél: 00 253 21 35 70 27 / 00 253 21 35 92 10

· Monsieur Maki Omar Abdoulkader, Procureur de la République, Tel / Fax : 00 253 (21) 35 69 90.

· Ambassadeur Mohamed Siad Doualeh, Mission permanente de Djibouti auprès de l’Office des Nations unies à Genève, 19 chemin Louis Dunant, 1202 Genève, Suisse, Fax : + 41 22 749 10 91. Email : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

· Ambassade de Djibouti à Bruxelles, 204 avenue F.D. Roosevelt, 1050 Bruxelles, Belgique, Tel :             + 32 2 347 69 67      , Fax : + 32 2 347 69 63 ; Email : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques de Djibouti dans vos pays respectifs.

***

Paris-Genève, le 8 novembre 2012

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :

· E-mail : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

· Tel et fax FIDH : 33 1 43 55 25 18 / 33 1 43 55 18 80

· Tel et fax OMCT : + 41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29

[1] Cf. appel urgent de l’OMCT DJI 160211, diffusé le 16 février 2011: http://www.omct.org/fr/urgent-campaigns/urgent-interventions/djibouti/2011/02/d21122/

[2] L'article 265 du Code pénal sanctionne le faux et usage de faux de trois ans d'emprisonnement et d'une amende de 1 000 000 francs djiboutiens (environ 4 321 euros).

[3] Cf. appels urgents de l’Observatoire DJI 001 / 0212 / OBS 015, diffusé le 2 février 2012, DJI 001 / 0212 / OBS 015.1, diffusé le 3 février 2012, DJI 002 / 0811 / OBS 106.1, diffusé le 4 mai 2012, et DJI 002 / 0811 / OBS 106.2, diffusé le 10 mai 2012.

Lettre d’Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme

Au

Président Ismaël Omar Guelleh

Monsieur le Président,

Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, organisation internationale dotée du statut consultatif auprès de l’ONU, a été informée de sources fiables de la détention arbitraire et harcèlement judiciaire de M. Houssein Ahmed Farah, journaliste pour La Voix de Djibouti, membre de la Ligue Djiboutienne des droits humains (LDDH) et du parti d'opposition Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD).

En effet, selon les informations reçues, M. Houssein Ahmed Farah a été arrêté le 8 août 2012 avant d'être transféré et placé en détention à la prison centrale de Gabode le 11 août.

Il est accusé de s'être soustrait au contrôle judiciaire auquel il était soumis depuis le 23 juin 2011 pour “participation à un mouvement insurrectionnel” en février 2011 (pour la quelle il avait passé plus de quatre mois en détention préventive, il encourt jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle et une amende de 7 000 000 francs djiboutiens selon les articles 145 et 146.4 du Code pénal). Il est aussi poursuivi pour “faux et usage de faux” pour avoir soi-disant distribué de fausses cartes d'électeurs d'un parti politique dissout par décret présidentiel.

Mais ces accusations paraissent infondées, le 15 septembre 2012, deux témoins ont déclaré au juge d'instruction avoir signé sous la contrainte un document mettant en cause M. Houssein Ahmed Farah. Elles seraient liées à son prétendu soutien au "mouvement" des étudiants et lycéens de février 2011 qui a été sévèrement réprimé. Plusieurs personnes ont été arrêtées et certaines demeurent toujours détenues arbitrairement à la prison de Gabode. Nous savons que MM. Jean-Paul Noël Abdi, président de la LDDH, décédé entre temps, Farah Abadid Hildid, membre de la LDDH et journaliste pour La Voix de Djibouti, et Hassan Amine Ahmed, défenseur des droits de l’Homme et membre du conseil national du Parti djiboutien pour le développement (PDD), ont également été visés par ces détentions arbitraires et ce harcèlement judiciaire.

Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme exprime sa plus vive inquiétude quant aux conditions indignes de sa détention : absence d’assistance médicale appropriée alors que son état de santé le nécessite, risques élevés d’actes de mauvais traitement et absence de garanties juridictionnelle telle l’assistance d’un avocat.

Monsieur le Président, nous vous prions instamment de bien vouloir :

§  Garantir en toutes circonstances l'intégrité physique et psychologique de MM. Houssein Ahmed Farah, Farah Abadid Hildid, Hassan Amine Ahmed et de tous les défenseurs des droits de l'Homme à Djibouti ;

§  Libérer de manière immédiate et inconditionnelle M. Houssein Ahmed Farah, en ce que son arrestation et sa détention ne semblent viser qu'à sanctionner ses activités de défense des droits de l'Homme ;

§  Garantir à M. Houssein Ahmed Farah l’accès immédiat et inconditionnel à un avocat de son choix et aux membres de sa famille ainsi que lui garantir un examen médical immédiat par un médecin de son choix, conformément, entre autres, à l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus des Nations unies;

§  Mettre un terme à toute forme de harcèlement - y compris judiciaire - à l'encontre de MM. Houssein Ahmed Farah et Farah Abadid Hildid ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme à Djibouti;

§  Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à ses articles 1, 6(b) et 12.2 et aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par Djibouti.

Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme

16 avenue Berthelot - 69007 Lyon Tél :  00 33 (0)4 37 37 10 11 fax : 00 33 (0)4 78 61 17 45 Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

DJIBOUTI -

Article publié le : samedi 10 novembre 2012 - Dernière modification le : samedi 10 novembre 2012


Djibouti: le journaliste Houssein Ahmed Farah attend la décision de la Cour suprême pour une liberté provisoire

Par RFI


Écouter (01:07)

http://www.rfi.fr/afrique/20121110-djibouti-le-journaliste-houssein-ahmed-farah-attends-decision-cour-supreme-une-libe

La Cour suprême djiboutienne devra décider, dimanche 11 novembre, si elle accepte ou non la demande de liberté provisoire du journaliste Houssein Ahmed Farah, incarcéré depuis le 8 août dernier. Membre également de la ligue des droits de l'homme et d'un parti d'opposition, le MDR (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), le journaliste fait l'objet de harcèlement judiciaire. Des ONG internationales de défense des droits de l'homme se mobilisent et demandent aux autorités djiboutiennes de mettre un terme aux poursuites qu'elles jugent infondées. Pour la FIDH, cette affaire est symptômatique d'une dégradation de la situation des droits de l'homme à Djibouti.


Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti


Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n’en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

-Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

-Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

-Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice ), interpellé en février 2011 et torturé;

-Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

   

Edition n° 140 du 04 novembre 2012

Nouvelles nationales

(Édition LVD écrite du dimanche 4 novembre  2012)

Consultable aussi sur le blog lavoixdedjibouti.blogspot.com

et le site www.lavoixdedjibouti.com

Pour nos lecteurs de Djibouti, le site suivant permet de contourner la censure du régime www.lavoixdedjibouti.rsf.org

Passez à la caisse !!!

 

Par un citoyen

La dernière nouveauté des responsables de l’éducation est la vente des manuels scolaires du primaire jusqu’au collège, ces mêmes manuels que depuis tant d’années les enseignants réclamaient afin de mieux mener leur mission. Hélas ! les pauvres parents sont une fois de plus obligés à plonger la main dans leurs bourses qui s’étiolent de jour en jour. Ces manuels sortis de nulle part sont vendus 300 francs Djibouti la pièce. On sait combien il est difficile pour des parents qui ont 3 ou 4 enfants à l’école de se permettre d’en acheter. A vous de faire le calcul !!! On espérait que les anciens manuels allaient être laissés dans les écoles afin d’être prêtés aux élèves nécessiteux mais loin est la perception des décideurs qui ont ratissé les écoles en les collectant pour soi-disant les donner aux enfants de la brousse. Comme s’il n’y avait pas en ville des familles si pauvres qu’elles ont de la peine à joindre les deux bouts. Une fois de plus, l’absurdité se voit dans ces mesures pécuniaires du gouvernement. On assiste à la fin de la gratuité de l’éducation. Finie la belle époque où l’école était gratuite après la santé.

Face à ces frais de scolarité croissants, il ne faut pas rester silencieux mais prendre la parole et crier haut et fort pour sensibiliser le peuple djiboutien sur la tournure que prennent les choses et qui montre vers quelle éducation le régime pousse nos enfants. La population djiboutienne avait déjà du mal avec le système de santé devenu un parcours du combattant à la fois payant et inefficace mais voilà que s’ajoute l’éducation au palmarès désastreux de la mal-gouvernance du président Guelleh.

Si je parle un peu de la santé, c’est parce que l’on est à une période où, comme disaient les anciens, «Caydhi ma buukoto», ce qui veut dire «Pauvre, ne tombe point malade !!! ». Les soins médicaux sont, pour la majeure partie, devenus financièrement inaccessibles à la population la plus nécessiteuse. S’il arrive à un pauvre d’être opéré, tout, je vous dis tout, est à sa charge : pansements, scalpels, poches de perfusion, etc. La moindre dépense nécessaire pour une opération est facturée aux patients. Je ne parle même pas des frais d’hospitalisation qui viennent gonfler d’autant la facture. Les malades du cœur sont les  plus dépouillés à hauteur de 22. 500 francs Djibouti tous les 3 jours ou 7500 francs Djibouti par jour pour une hospitalisation au pavillon Martial de l’hôpital général Peltier. S’y ajoutent les autres frais : scanner, échographie, etc. Aux dernières nouvelles, un conflit de pouvoir handicape ces jours-ci le bon fonctionnement du service radiologie. Le scanner ne fonctionne plus par manque de spécialiste : le compétent médecin titulaire a été écarté et interdit d’exercer même à son domicile par les responsables de l’hôpital Peltier. Une fois de plus, les pauvres malades paient de leur vie la bêtise de la mal-gouvernance. Pourquoi faire payer les patients alors qu’ils sont d’ores et déjà admis au sein de l’hôpital et officiellement pris en charge?  Où allons-nous ? Telle est ma question aux Djiboutiens qui auront à lire mon article. J’aimerais tant que la bonne gestion des ressources de l’Etat et le sort des Djiboutiens soient la grande préoccupation des décideurs politiques. Je lance un appel pour que soient prises des décisions qui revalorisent le pouvoir d’achat des Djiboutiens, à commencer par une augmentation significative des salaires des fonctionnaires et des autres travailleurs. A ce sujet, j’apprends que les derniers avancements ont été gelés par le Ministère des finances, affaire à suivre.

Pauvres parents, n’ayez point mal au cœur, ne faites pas une crise cardiaque, en calculant vos dépenses scolaires, car une fois à l’hôpital vous aurez à affronter de terribles difficultés financières et médicales.

Chers lecteurs, chers compatriotes, je vous tiendrai au courant du quotidien des Djiboutiens tant que ce régime voudra nous museler. Continuons la lutte, notamment par la parole, l’écriture et la rue. Exprimons notre ras-le-bol. N’ayez pas peur de vous exprimer tant que les choses ne bougeront pas selon la volonté du peuple. Sachez, si vous vous taisez,  que le silence est complice…

La dictature redouble d’abus pendant et après le meeting UAD de l’Aïd-El-Adha

Selon nos informations, le dictateur Guelleh n’arrive pas à digérer la tenue du meeting de protestation que l’UAD a organisé le 26 octobre 2012 dans la capitale à l’occasion de l’Aïd-El-Adha. Comme les Djiboutiens y sont venus nombreux malgré le blocage des artères menant à Avenue Nasser, lieu du meeting, et en dépit des interpellations opérées par la police sur le chemin du rassemblement, il multiplie les abus, arrêtant et massant policiers et gendarmes autour des sièges du MRD et de l’UDJ. C’est ainsi qu’un cadre du MRD, Moussa Omar Wahito, a été interpellé mercredi 31 octobre au soir puis relâché après un interrogatoire musclé alors qu’il venait de quitter le siège du parti. De même, les locaux du MRD et de  l’UDJ à Avenue Nasser ont fait l’objet d’un véritable siège policier et gendarmique vendredi 2 novembre 2012.

Dikhil: Cheik Hamoud Abdi arrêté et jeté à la prison centrale de Gabode

Un religieux de la ville de Dikhil, chef-lieu du district du même nom, Cheik Hamoud Abdi, a été arrêté pour avoir rappelé dans un prêche que l’Etat doit servir l’intérêt général et non des intérêts privés. Mardi 30 octobre 2012, Cheik Hamoud Abdi a été déféré devant le tribunal qui l’a jeté à la sinistre prison centrale de Gabode. C’est un cas flgrant d’abus de pouvoir. Un de plus.

Qaund des ministres organisent une soirée de débauche à Ali-Sabieh

A l’instar de la mauvaise gestion ou de la prédation de l’Etat, la corruption morale est une caractéristique du pouvoir dictatorial en place. Comme si la nomination à un poste ministériel était un permis de débauche. Une soirée organisée jeudi 1er novembre 2012 dans un coin de la ville d’Ali-Sabieh, chef-lieu du district du même nom, connue pour son hostilité au régime et son attachement aux valeurs morales pastorales, en témoigne. Sous prétexte de céléber la journée mondiale de la Jeunesse africaine, trois ministres TIJI (sobriquet peu flatteur donné par le peuple au dernier gouvernement du dictateur Guelleh), à savoir le sous-ministre de la Jeunesse et des Sports, Djama Elmi Okieh, le sous-ministre du Budget, Amarreh Ali Saïd, et le ministre de la Santé, Ali Yacoub Mahamoud, ont attiré des jeunes, majoritairement venus d’autres régions du pays, pour les inciter à la débauche. L’alcool a coulé à flot et les pulsions ont pris le pas sur la retenue, apprend-on. A la grande satisfaction des ministres irresponsables et autres prédateurs qui ont multiplié les abus contre les jeunes pris au piège.

Djib-Télécom sommée de terminer les chantiers laissés en rade par la vraie fausse faillite d’ICC, firme du couple dictatorial

En se déclarant en faillite, Independent Construction Company (ICC), une de ces structures mises en place par le couple présidentiel pour piller les ressources de l’Etat et du pays, a laissé inachevés de nombreux chantiers dont elle a pourtant reçu le financement. Soit des centaines de millions de nos francs. Parmi ces chantiers, il y a les nouveaux locaux de la direction de la Protection civile dont le siège du centre-ville a été cédé à un proche du couple dictatorial. C’est, apprend-on, la société d’Etat Djib-Télécom, vache à lait du couple et de ses proches, qui a été sommée de terminer le chantier à ses frais. Dont exécution.

Maison des jeunes de Damerjog: Loyer avancé mais salaires non payés

Le sous-ministre zélé de la Jeunesse et des Sports, Djama Elmi Okieh, aime bien se distinguer par la mal-action. Il en donne une énième illustration à Damerjog, dans la région côtière du Sud, où il a loué à un proche et au prix fort une habitation pour en faire une maison des jeunes (un centre de développment communautaire ou CDC, selon la terminologie officielle).  Tandis qu’il n’a pas hésité à avancer deux ans de loyer à ce proche, un lieutenant de la Garde dite républicaine surnommé Kanou, il a tout simplement oublié les employés du CDC qui attendent leurs salaires depuis six mois. Bien bas, docteur (le sous-ministre adore se faire appeler docteur).

La famille de l’artiste Nima Djama Miguil ciblée par le régime

La célèbre chanteuse djiboutienne, Nima Djama Miguil, activement engagée dans la lutte pour le changement démocratique à Djibouti, dérange le régime dictatorial en place. Ses chansons antidictatoriales et autres prises de parole donnent des boutons au couple dictatorial et à ses sbires. En représailles, le pouvoir s’en prend à ses proches restés au pays. Privés d’emploi et psychologiquement malmenés, deux de ses frères sont, l’un après l’autre, décédés.  Sa mère, une personne âgée, s’est éteinte à son tour, succombant à la douleur de cette double perte.

Les étudiants djiboutiens au Yémen abandonnés à leur sort

Selon nos informations, les étudiants djiboutiens qui poursuivent leurs études en langue arabe au Yémen voisin, où ils sont environ 200, se trouvent dans une situation de détresse matérielle. Ils n’ont ni bourse, ni soutien financier de l’ambassade de Djibouti au Yémen. Le nouvel ambassadeur, Mohamed Douhour Hersi, personnage sans scrupules, leur a tout simplement fermé les portes de la représentation diplomatique où il se barricade pour ne rien entendre de leurs cris de détresse. A suivre.

Balbala : Le Quartier Qaraawil et 13 Bergers en danger de choléra

Selon des témoignages concordants recueillis par La Voix de Djibouti, le quartier populairement appelé Qaraawil et 13 Bergers, rencontre une situation sanitaire préoccupante suite aux débordements du réseau des eaux usées de la cité voisine dite Luxembourg. Ces eaux usées, où se mêlent matières fécales et liquides pathogènes, sont littéralement aux portes des habitations de ce quartier populaire, ce qui crée des risques graves de choléra. Le mal, qui déjà a sévi l’an passé, refait son apparition, tuant une personne. La Société immobilière de Djibouti (SID), à qui appartient la cité Luxembourg, ne lève pas le petit doigt contre cette défaillance inacceptable du réseau d’assainissement de ses logements. Elle se contente d’encaisser l’argent de la location-vente que lui versent chaque mois les habitants de la cité.

Le couple dictatorial met la main sur un autre immeuble de la capitale

A travers l’insatiable première dame, Kadra Mahamoud Haïd, le couple dictatorial extorque à son propriétaire, par l’intimidation, un bâtiment situé entre l’immeuble Palmier en Zinc et l’hôtel Plein Ciel, au centre-ville de la capitale djiboutienne. Ce bâtiment, qui est parmi les plus anciens et les plus chers de la ville, abrite la société de climatisation, Sotraco, que gère une ancienne star du football djiboutien des années 1960 et 1970, Raphael. La première dame s’approprie l’immeuble pour la modique somme d’environ 35 millions de francs Djibouti et la promesse sur l’honneur (quel honneur !) de régler 85 millions de dette fiscale et fournisseurs de Sotraco, apprend-on. Elle a déjà ordonné le départ des locataires, y compris Sotraco. Cet immeuble appartiendrait, selon nos informations, à une ancienne famille juive de Djibouti.

Reporters sans frontières (http://www.rsf.org/)

Réseau Avocats Sans Frontières

Communiqué de presse

31 octobre 2012

Français (http://fr.rsf.org/djibouti-rsf-et-asf-demandent-la-remise-en-31-10-2012,43624.html)

English version online soon


DJIBOUTI :

RSF et ASF demandent la remise en liberté de Houssein Ahmed Farah

Reporters sans frontières et le réseau Avocats Sans Frontières demandent à la magistrate Kadidja Abeba, présidente de la Cour suprême djiboutienne, d'ordonner enfin la libération de Houssein Ahmed Farah, correspondant du site d'informations La Voix de Djibouti.

Le journaliste, arrêté le 8 août 2012 et détenu depuis le 11 août à la prison centrale de Gabode, a introduit un recours contre le refus de sa demande de liberté provisoire par la chambre d'accusation de la Cour d'appel. La Cour suprême djiboutienne a étudié ce recours le 30 octobre et a mis sa décision en délibéré pour le 5 novembre prochain.

"Voici 84 jours que notre confrère croupit en prison sur la base d'accusations douteuses. Cette situation est à la fois anormale et choquante. Nous demandons que Houssein Ahmed Farah soit remis en liberté provisoire pour qu'il puisse retrouver les siens et comparaître libre", a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

"L'état de santé de Houssein Ahmed Farah demeure précaire et ses conditions de détention l'aggravent encore. C'est pourquoi, aux côtés de Maître Zakaria Abdillahi, nous demandons sa remise en liberté", a pour sa part affirmé François Cantier, Président d'Honneur d'ASF France et Responsable du projet Réseau Avocats Sans Frontières.

Après avoir écrit aux autorités de Djibouti, Reporters sans frontières a saisi, le 18 septembre dernier, le groupe de travail sur la détention arbitraire du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme. Compte tenu de l'état de santé inquiétant du journaliste, l'organisation avait insisté auprès de l'institution onusienne sur la nécessité d'intervenir en urgence.

La situation de Houssein Ahmed Farah a également été citée par Reporters sans frontières dans sa contribution au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, dans le cadre de l'examen périodique universel de Djibouti.

Le journaliste est accusé de s’être soustrait au contrôle judiciaire auquel il était soumis depuis le 23 juin 2011, suite à une accusation non établie de "participation à un mouvement insurrectionnel" qui lui avait valu plus de quatre mois de détention préventive à Gabode, et d’avoir distribué de fausses cartes d’électeurs (sic) d’un parti politique dissout par décret présidentiel, ce qui a été qualifié de "faux et usage de faux". Or, cette seconde accusation n’est pas plus établie que la première. D’ailleurs, deux personnes arrêtées dans le cadre d’une information ouverte le 15 septembre 2012 par le procureur de la République pour charger le journaliste ont témoigné en sa faveur devant la juge d’instruction. Ils ont déclaré avoir été forcés à signer un document préparé à l‘avance par les enquêteurs de police. Ces deux personnes ont été libérées depuis lors.

Plus d'informations sur le cas de Houssein Ahmed Farah : http://fr.rsf.org/djibouti-houssein-ahmed-farah-detenu-a-la-14-08-2012,43218.html.


Ces détenus politiques qui croupissent toujours en prison à Djibouti


Si cinq des détenus politiques (Hassan Amine Ahmed, Ismaël Hassan Aden dit Madheedh, Ismaël Abdillahi Doualeh dit Sitiin, Abdi Osman dit Indabuur et Idriss Mohamed Hamadou) qui croupissaient à la sinistre prison centrale de Gabode depuis août 2011 ont été libérés, si le juge Mohamed Souleiman Cheik Moussa, incarcéré en 2012, a été mis en liberté provisoire, si lors de la fête nationale du 27 juin 2012 a été libéré Mohamed Ahmed Abdillahi, opposant interpellé en mars 2009 à Djibouti-ville, torturé et condamné à 5 ans de prison en juin 2010, le régime n’en détient pas moins des prisonniers politiques. Ces personnes qui croupissent toujours à la sinistre prison de Gabode pour des raisons politiques, sont:

-Mohamed Hassan Robleh, militant du parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le Développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé;

-Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ;

-Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la Justice), interpellé en février 2011 et torturé;

-Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé.

Condoléances

Le président du MRD, Daher Ahmed Farah, le Bureau national ainsi que les militants et sympathisants du parti adressent leurs sincères condoléances aux familles et aux proches de Feu Hassan Djama, demi-frère de la célèbre chanteuse Nima Djama Miguil, de Feu Doualeh Ali dit Ali Hogweneh, frère de Habiba Ali, et de Feu Issa Boulaleh, l’un des doyens de Quartier 6, tous récemment décédés. Allah les accueille en son Paradis Éternel.  Amin.